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“Tout simplement noir”, la comédie qui dynamite les clichés avec JoeyStarr, Eric Judor et Soprano


Tout simplement noir, vraie comédie et faux documentaire, dresse un portrait amer et satirique de la condition noire en France. Rencontre avec son créateur Jean-Pascal Zadi.

C’est l’une des comédies de l’été, et sans doute l’un des films français les plus attendus de l’année. Tourné à la manière d’un documentaire, brouillant les pistes entre fiction et réalité, Tout simplement noir, de Jean-Pascal Zadi et John Wax, réunit une brochette de stars (Fary, Fabrice Eboué, Eric et Ramzy, Claudia Tagbo…) pour dresser un portrait amer et satirique de la condition noire en France.

Jean-Pascal Zadi incarne JP, un acteur raté qui démarche toutes les stars noires du cinéma français pour participer à la première marche de contestation noire française. Dans le style de I Am Still Here avec Joaquin Phoenix ou de la série Curb Your Enthusiasm de Larry David, Zadi mêle l’humour à la gêne pour mieux questionner l’inconscient français.

Jean-Pascal Zadi s’interroge sur les contradictions des artistes noirs qui peinent souvent à fédérer, même au sein de leur propre communauté. Il dénonce aussi le racisme du cinéma français, de ces réalisateurs qui basculent dans le racisme en croyant prêcher la tolérance aux séances de casting humiliantes. Autant de sujets qu’il aborde dans cette interview accordée à BFMTV.com.

Tout simplement noir est votre neuvième réalisation… Quel est votre parcours?

Tout simplement noir est mon premier film qui sort au cinéma. J’ai fait avant d’autres films, auto-produits, qui se vendaient en DVD. C’était un peu ma formation de réalisateur.

Quelle est la genèse de Tout simplement noir?

Ce film est né d’une envie viscérale de raconter la condition noire française, l’identité noire française. J’ai l’impression qu’elle n’est pas assez racontée dans les films – ou pas comme je le voulais, en tout cas. Je suis allé voir Gaumont avec quelques pages. J’avais les fondations du film, l’idée centrale, puis j’ai écrit le scénario et j’ai ajouté les acteurs qui pouvaient correspondre à chaque idée que j’avais envie de défendre.

Vous n’aviez donc l’accord d’aucune star lorsque vous avez pitché le projet?

Exactement, mais vous pensez bien que j’avais fait croire à Gaumont que tout était déjà réglé! (rires) J’avais juste Fabrice Eboué. Je savais qu’il était partant, vu qu’il avait collaboré au scénario. Après, je suis allé voir tout le monde, en leur expliquant les idées qu’ils allaient défendre dans le film: Eric Judor, c’est la difficulté d’être métisse ; Claudia Tagbo, celle d’être une artiste et de se faire critiquer par les gens qui vous ressemblent. Ils ont compris que c’était un projet nécessaire. On n’a pas eu de difficulté pour les réunir.

Pourquoi avoir opté pour le format du faux documentaire, où le rire se mêle à la gêne?

Comme on voulait traiter d’un sujet d’actualité, le prisme du faux documentaire nous a permis d’ancrer encore plus dans le réel notre situation. Ce qui est bien avec le faux documentaire, c’est qu’il permet de laisser vivre les acteurs. Quand on a Ramzy Bedia, Eric Judor, Fabrice Eboué, quoi de plus jouissif que d’avoir une ligne directrice et de les laisser improviser? Il fallait que ça fasse réel, que la frontière entre la réalité et la fiction soient très, très fine. Semer le trouble entre la fiction et la réalité, c’était ça notre kif.

C’était important que la gêne se mêle au rire?

Oui. Avec John Wax, le co-réalisateur, on a abordé différentes strates d’humour. il y a la vanne, la gêne et l’absurde. On ne voulait pas que le film soit tout le temps sur la même ligne d’humour. La gêne, c’est vraiment un truc qu’on adore.

Il y a une scène où Fabrice Éboué reproche à Lucien Jean-Baptiste de ne pas mettre en avant les Noirs dans La Première étoile

Cette phrase est très forte, parce qu’elle synthétise le film. Lucien Jean-Baptiste et Fabrice Éboué sont tous les deux noirs et on se rend compte que même parmi les gens qui ont la même couleur il y a des scissions. Tout n’est pas si simple.

Comme tous les autres acteurs du film, ils font preuve de beaucoup d’autodérision dans cette scène.

Ceux qui ont participé au film devaient avoir du recul. On devait tous essayer de faire notre autocritique et ça a été une grosse force. Beaucoup de gens ont reproché à Lucien Jean-Baptiste de montrer des Noirs qui ne savent pas skier. Fabrice Éboué, on lui a dit que c’était n’importe quoi de vouloir faire une comédie tout en traitant de l’esclavage. Cette scène dans le film leur a permis de se défendre.

Vous donnez aussi la parole aux afro-féministes.

C’est une scène hyper importante. Aujourd’hui, sur la scène médiatique française, les personnes qui prennent la parole publiquement et qui sont au cœur du débat sont des femmes: Rokhaya Diallo, Maboula Soumahoro, Assa Traoré, Aïssa Maïga. Pour moi, c’était très important d’aborder le sujet. Omar Sy, à sa manière, fait aussi partie des personnes qui font avancer les choses par son statut, par ce qu’il a réussi à accomplir, par sa carrière, mais il ne faut pas oublier les afro-féministes. Elles sont très courageuses et très fortes. Elles font parties de cette lutte.

Vous faites aussi appel à Soprano, qui est une figure tutélaire pour beaucoup de jeunes.

L’identité noire française est multiple. Ça va de l’activisme militant de la Brigade Anti-négrophobie jusqu’à Soprano dans The Voice Kids sur TF1. Il n’y a pas qu’une seule manière de militer, de vouloir faire des choses positives. C’était important de montrer tout le spectre du militantisme, tout ce qui se fait dans cette société française quand on est noir.

Eric Judoc, Mathieu Kassovitz, Claudia Tagbo et Soprano dans "Tout simplement noir"
Eric Judoc, Mathieu Kassovitz, Claudia Tagbo et Soprano dans “Tout simplement noir” © Gaumont

Comment est née la scène où Mathieu Kassovitz incarne un réalisateur raciste?

C’est une scène très dérangeante. C’était pour montrer que certaines personnes qui luttent contre le racisme peuvent être pires que les oppresseurs par leurs actes et leurs mots. C’était important de montrer que ce réalisateur joué par Kassovitz ait vraiment l’impression de faire quelque chose de bien. Ça me fait penser à la colonisation : quand les Français arrivent en Afrique, ils annoncent qu’ils vont christianiser et puis sur place il y a les travaux forcés. C’est ce parallèle qui m’intéressait. Le fait que je sois torse nu dans cette scène est aussi très important. Je voulais montrer mon vieux corps dégueulasse, parce que le corps noir est souvent montré dans les expositions comme beau et musclé. Ça nous faisait rire de sortir du cliché du noir musclé.

Vous ne vous épargnez pas dans le film.

C’était important. Si je voulais que les autres aient du second degré, il fallait que je montre l’exemple. Il fallait que je m’assassine pour que les autres acceptent de s’assassiner.

La scène avec Kassovitz est-elle inspirée de choses que vous avez vécues?

Non. J’ai vraiment extrapolé! Je ne suis pas un comédien, mais j’ai déjà fait quelques castings et c’est vrai que j’ai vu des choses qui m’ont quand même marqué et conforté dans le fait que je n’avais pas envie d’être acteur. J’ai déjà passé des castings où je devais jouer le dealer. C’était très gênant. On me demandait de faire un peu plus banlieusard, un peu plus méchant. Ce sont des choses qui marquent, parce que tu es face à des gens qui veulent te faire entrer dans leur fantasme.

Vous mettez en scène dans le film une arrestation très violente, qui résonne d’autant plus à cause de l’actualité récente. Tout simplement noir aurait-il pu être un drame?

C’est vrai que la question nous a effleurés. Finalement, ce qu’on voulait, c’était parler de cette situation-là en France, très tendue, mais pour à la fin partir avec un espoir. C’était important pour moi, pour John, pour Gaumont. Si on avait fini sur l’arrestation, on était dans La Haine. On n’avait pas envie de finir comme ça. Mais on avait envie d’intégrer ce degré de lecture dans le film. Il n’était pas question pour nous de ne faire qu’une comédie.

Affiches de "Tout simplement noir"
Affiches de “Tout simplement noir” © Gaumont

La bande-annonce a cartonné sur les réseaux sociaux et il y a une grosse attention sur le film. Vous avez déjà reçu des propositions?

Oui, mais j’essaye de garder la tête sur les épaules. Ce n’est pas parce qu’on me propose des choses que je vais sauter dedans. Je prends bien le temps de réfléchir, de voir ce qui est intéressant ou pas, si ça rentre dans ma ligne éditoriale. Je n’irai pas dans la comédie juste pour faire de la comédie – en tout cas pas aujourd’hui. Je n’exclus pas d’être acteur, mais je préfère réaliser. Pour la suite, on va voir si les gens vont aller au cinéma à partir du 8 juillet. On a espoir que oui, mais je ne suis pas stressé. Avec John, on a fait ce qu’on avait à faire en tout honnêteté. On aimerait que le film marche, mais qu’il existe, avec toutes ces personnes, avec cette affiche, c’est déjà une belle victoire.

Sur l’affiche, vous apparaissez en Louis XIV. Vous vous réappropriez l’Histoire de France…

C’est s’approprier les codes français, parce que je suis Français. C’est tout à fait normal. C’est aussi un clin d’œil à Nicolas Sarkozy, qui a dit que le problème de l’homme africain est qu’il n’est jamais entré dans l’Histoire. On ne va pas lui faire un cours pour lui dire que les destins de l’Afrique et de la France sont liés depuis des siècles. Comme on ne peut pas faire un cours d’Histoire à Sarkozy, on résume tout ça dans des histoires à notre manière.



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