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Thaïs Lona, la protégée d’Ibrahim Maalouf, nous parle de son premier album soul



Repérée par le trompettiste grâce à des reprises postées sur le web, Thaïs Lona dévoile un nouveau single ce mercredi. Avant un EP puis un album aux sonorités entre jazz, soul et R&B.

Thaïs Lona n’a pas eu de chance. La promotion de son premier album s’apprêtait à démarrer quand le gouvernement français a mis en place les mesures de confinement, en mars dernier. Comment réussir à faire valoir un disque aux accents veloutés, malicieux et sensuels, quand l’heure est à la méfiance et au repli sur soi? Pas de scène, à peine un clip en plein confinement: Thaïs prend son mal en patience en attendant que les affaires reprennent.

L’heure est enfin venue: la chanteuse de 29 ans dévoile ce mercredi le clip de Till I Know, nouvel extrait de Cube, un EP attendu en janvier prochain. Son premier album a été repoussé à mars 2021. Un disque parfaitement calibré pour l’été qui illuminera finalement la grisaille hivernale. On aimerait parler de soul, mais on éluderait les accents urbains qui font le sel de ces 12 titres. On pourrait dire que c’est du R&B, mais ce serait omettre les rythmes jazz qui adoucissent ses morceaux. Pour faire simple, Thaïs Lona propose un condensé de ce que la musique afro-américaine a fait de meilleur, servi par une chanteuse française qui chante en anglais (et qui n’hésite pas à rapper, comme sur Dancing Again). Pas étonnant qu’Ibrahim Maalouf, qui l’a repérée, ait décidé de la produire sous son label Mister Ibé.

Nous avions parlé avec Thaïs Lona au téléphone en juillet. “Ce n’est pas comme ça que j’imaginais l’été précédent la sortie de mon premier album”, avait-elle confié en riant: “Je pensais que ce serait des festivals. Mais je suis super heureuse de partager tout ça. C’est de l’enthousiasme, de l’euphorie, de l’impatience.” Avec la même énergie que celle que dégage son disque, elle nous a parlé de ses inspirations, des angoisses générées par son statut de nouvelle arrivante dans le paysage médiatique, et du bonheur de toucher enfin à ses objectifs.

Cet album résulte de votre rencontre avec Ibrahim Maalouf: comment avez-vous été amenés à travailler ensemble?

Je me produisais dans des mariages, des événements d’entreprise, et j’avais décidé de tout arrêter. Quand on ne fait que des reprises, ça tue la flamme. J’allais oublier mes rêves d’adolescente, je me disais que je n’avais pas eu assez de chance ou de talent. C’est là que la secrétaire d’Ibrahim Maalouf m’a appelée. Elle m’a dit qu’il était tombé sur mes reprises et qu’il voulait réaliser mon premier album. Je ne l’ai pas prise au sérieux du tout, je me suis marrée. Quand tu es chanteur, on te vend du rêve toutes les semaines. Mais quand j’ai compris qu’elle ne plaisantait pas, j’ai eu trop honte (rires). J’ai pris le train pour le rencontrer à Paris, paniquée au possible. Et c’était parti.

Ce qui vous a menée sur la scène de l’Olympia, où vous avez fait sa première partie…

J’ai fait un malaise dans les coulisses. Je n’arrêtais pas de penser à toutes les personnes qui étaient passées sur cette scène, je me remémorais tous les lives que j’avais regardés… Et j’avais la pression de réussir à le rendre fier. Je ne voulais pas les décevoir, lui et le label. Mais c’était fou, son public est adorable, ils m’ont accueillie comme s’ils m’aimaient déjà.

Votre album dégage une atmosphère à la Macy Gray ou Alicia Keys; les influences nord-américaines sont évidentes. Le R&B, le jazz, la soul, ce sont des musiques qui vous ont nourrie?

Carrément. C’est ma mère qui m’a initiée. Elle écoutait Aretha Franklin, James Brown, Prince… C’était fascinant comme musique pour moi qui écoutais beaucoup de classique quand j’étais petite. Puis je suis passée à D’Angelo, Erykah Badu… Mon beau-père était claviériste, il jouait beaucoup de funk. Petite, je m’endormais sur les chaises à ses concerts.

Ce sont ces influences qui font que vous chantez en anglais?

La question s’est posée. Pour faire de la musique en France, mieux vaut le faire en français. Mais ça coinçait en terme d’identité, de mélodies, d’atmosphère. Je n’arrivais pas à trouver quelque chose qui marche. Je ne suis pas du tout contre l’idée de réessayer, mais l’anglais reste ce qui me parle le plus. Et j’ai des gens de toutes origines dans ma famille, il y a des Allemands, des Anglais, des Sénégalais, des Cap-verdiens… c’est logique de parler dans une langue que tout le monde comprend.

Vous avez réalisé le clip de Dancing Again, votre premier single, en plein confinement?

Tout en me remettant du covid (rires)! Je ne pouvais approcher personne, j’ai été obligée de tout faire toute seule. Les éclairages, le cadrage, tout. Au final je suis super contente de cette expérience, sur les prochains tournages je serai super empathique avec tout le monde. Et cette chanson, Dancing Again, était celle qui se prêtait le mieux à cette période. Ça avait du sens que je danse toute seule chez moi sur ce morceau. Et je me suis rendu compte que c’était difficile d’être soi-même quand on est toute seule.

Vous faites preuve d’introspection dans vos textes, notamment Words. Vous évoquez des mots qui vous assaillent, comme des “oiseaux de proie”…

J’y parle de saturation de la pensée, qui te met dans des troubles anxieux constants. J’ai la pression de la perfection. Dans Words, je parle du lâcher-prise, de se rappeler pourquoi on fait les choses à la base. J’ai fait de la musique parce que ça me faisait du bien, et aujourd’hui, je la mets en avant. Arrive la comparaison, le trop-plein de pensées, et tu te poses la question de ta propre légitimité. On vit dans une société où on te note constamment, on évalue ta valeur sur le marché de la séduction. Toutes ces choses viennent se mêler à quelque chose de super pur, l’amour de faire de la musique.

Le fait de devenir un personnage public, ça vous renvoie à des problèmes d’image de vous?

Non, je me posais déjà la question. Ce qui me gêne avec l’exposition, c’est plutôt d’être obligée de me soumettre au jugement des autres parce que je fais de la musique. On vit dans une génération où chacun doit avoir un avis, tout le temps. Et ça me gêne que ce soit imposé quand on décide de prendre une voie artistique. Tu te prends des réflexions sur ce que tu fais, il faut que tu sois jeune, que tu sois ‘bonne’, et c’est ça qui me gêne. Mais j’ai un label super bienveillant là-dessus, j’ai de la chance.

Vous vous êtes déjà sentie jugée, depuis que vous gagnez en notoriété?

Oui, sur des prises de parole. Tu dois être parfait à chaque fois. C’est hyper stressant d’avoir l’impression que quoi qu’on dise, on n’a pas le droit à l’erreur. Et encore, je ne suis pas Angèle, je suis tranquille, mais je commence déjà à sentir que si je dis un truc de travers on ne va pas me louper. Alors que je dis des conneries, comme tout le monde, et j’apprends comme ça. Vouloir être musicienne, ce n’est pas signer pour la perfection.

Vous puisez encore du réconfort dans la musique malgré tout?

Bien sûr. Mon premier ennemi, ce sont les réseaux sociaux. Dès que ça devient trop pénible, je me déconnecte et ça va beaucoup mieux. Je reprends la guitare, je chantonne, et c’est ce qui me permet de me reconnecter à ma musicalité.

On sent une sensibilité féministe dans le morceau 180. Vous y parlez du paradoxe des attentes masculines: la femme doit être sexuée, mais pas trop, pour que l’homme ne se sente pas menacé. En résultent ces jeux de chasse, où elle est tenue d’observer un rôle passif. Pour vous, l’égalité ne peut passer que par l’émancipation sexuelle?

Ça en fait partie. Je pense que les mentalités doivent changer des deux côtés. Il faut accepter sans rougir que les femmes ont elles aussi des besoins et des fantasmes. Il faut qu’on accepte qu’elles ne sont pas là pour assouvir les besoins sexuels d’un mâle mais aussi les leurs. Pour atteindre l’égalité, il faut qu’on arrête de croire que nous sommes un objet de désir et pas des joueuses, nous aussi. Que nous ne sommes pas actrices de la séduction.

C’est pour ça que vous chantez “Pas la peine d’attendre trois jours pour m’écrire”…

Mais oui! Pour quoi faire? Je n’ai pas le temps pour ça. Si deux personnes se plaisent, tant mieux. C’est comme cette règle de ne pas coucher le premier soir. Pourquoi? Parce que ça la fout mal? Vivez votre vie.

Toujours sur le plan sociétal, vous avez partagé sur Instagram une intervention de Rokhaya Diallo qui parlait des violences policières envers les minorités ethniques en juin dernier, en pleine résurgence du mouvement Black Lives Matter. On sent que c’est un sujet qui fait l’objet d’une réflexion chez vous.

Je n’impose rien comme une vérité. Simplement, il y a des choses qui m’interpellent et sur lesquelles je me questionne. J’ai moi-même eu des expériences avec des policiers qui ne me paraissaient pas normal. C’est la première fois que la question intervient de manière aussi forte dans notre génération. Nos grands frères et sœurs l’ont fait avant nous, mais je suis contente de voir que des gens continuent à être indignés par ça. C’est ce que ça m’évoque: du contentement de voir que les gens restent solidaires dans les périodes les plus compliquées. À l’inverse, je me suis aussi dit que beaucoup de gens n’étaient pas initiés à l’empathie. Si quelque chose ne les touche pas directement, ils ne sont pas capables d’accepter que c’est une réalité. Comme si une réalité en bousculait forcément une autre, comme si deux réalités ne pouvaient pas coexister. C’est ça qui pousse aux amalgames et aux extrêmes.





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