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quand Albert Dupontel donne des coups de pelle au cinéma français


La comédie française dans tous ses états (6/10) – Cet été, BFMTV vous emmène dans les coulisses de comédies cultes, insolites ou ratées. Aujourd’hui, Bernie d’Albert Dupontel.

C’est l’histoire d’un orphelin à la recherche de sa famille qui adore donner des coups de pelle à ceux qui se mettent en travers de son chemin. Avec Bernie, Albert Dupontel a lui aussi donné des coups de pelle au cinéma et au box office français. Personne ne les a vus venir. Et, à l’époque, personne n’a pu les encaisser.

Réalisé avec un budget microscopique avec la rage d’un punk après avoir été refusé par presque tout le monde, Bernie a réuni plus d’un million de spectateurs en salles. Le tout sous les huées des critiques, qui descendent unanimement ce premier long métrage drôle mais ultra-violent, qui a écopé d’une interdiction aux moins de douze ans en raison, notamment, d’une scène où Dupontel décapite à coups de dents un oiseau (factice).

Télérama y voit “un ramassis de seconde main, un rebut mêlé de Mocky, de Blier, des Nuls et de Chatiliez”. Le Monde plus alarmiste, dénonce “un simplisme qui relève d’un moralisme […] dangereux”. Même le père du réalisateur tombe des nues en découvrant Bernie: “Pourquoi tu fais ça avec l’enfance que tu as eue?”, aurait-il lancé à son fils.

Personne n’étant prophète en son pays, c’est à l’international que le film plaît le plus. Au Japon, où les fictions gores ont plus droit de cité qu’en France, le film remporte des prix. Il fait aussi forte impression sur les ex-Monty Python Terry Gilliam et Terry Jones, qui se lient d’amitié avec Dupontel.

Prototype des films postérieurs d’Albert Dupontel, comme Enfermés dehors ou Neuf mois ferme, Bernie est un rejeton de la revue satirique Hara Kiri, une sorte de manifeste anti-conformiste et anti-moraliste où les puissants sont des monstres et les marginaux des héros, victimes d’une société sur laquelle ils essayent de prendre leur revanche.

“Je n’ai jamais vraiment fait des comédies, juste des drames rigolos”, précise Dupontel. “Bernie est né d’une idée très sérieuse (à mes yeux) qui est la quête d’identité […] Cette histoire entre fondement réel et expression surréaliste est arrivée en quelques mois.” Il écrit ainsi huit versions de Bernie, un travail nécessaire pour trouver le bon équilibre:

“Le drame posé, je m’ingénie à force des multiples réécritures d’y amener une forme de fantaisie. Mon seul but est de distraire mes contemporains, même si les histoires sont dramatiques et correspondent au monde que j’ai le sentiment de traverser…”, indique le réalisateur. “Tout le folklore du film (canari, pelles, etc…) est arrivé progressivement au cours de l’écriture. Une fois le drame posé (version 1), j’ai commencé à prendre du recul avec ce drame et à le pervertir en comédie. De cette gamberge (8 ou plus de versions) sont nées ces scènes ‘rigolotes’ (encore une fois de mon point de vue) mais elles n’étaient pas au script de départ…”

Dupontel s’appuie notamment sur le documentaire Délits flagrants de Raymond Depardon, qui le conforte dans son projet: “J’ai eu la démonstration que des tas de ‘Bernie’ existaient. J’en avais déjà l’intuition à vrai dire”, explique-t-il. “J’ai connu des ‘Bernie’ dans mon enfance depuis le CES de banlieue où j’ai commencé ma scolarité. Je garde la mémoire vive d’un de mes meilleurs amis qui avait 3 ans de retard et que je trouvais pourtant intelligent et surtout fascinant. De là est venue, je pense, l’envie de parler de ces apparents marginaux…”

Albert Dupontel est à cette époque proche des jeunes cinéastes iconoclastes de la décennie (Gaspar Noé et Jan Kounen) et le film ressemble à un petit cousin de Seul contre tous ou de Dobermann. Une fois l’écriture achevée, l’apprenti réalisateur, alors surtout connu pour ses spectacles humoristiques, démarche tous les producteurs de la place de Paris. Personne n’y croit. Le CNC va même jusqu’à présenter Bernie comme le genre de films qu’il ne faut pas produire en France. Seul Alain de Greef, directeur des programmes de Canal, accepte de se lancer dans l’aventure.

“J’ai connu des ‘Bernie’ dans mon enfance”

Le tournage se déroule en 1995 à Stains, dans la Cité Fleurie. Dupontel, avec l’aide de son chef opérateur Guillaume Schiffman, se lance dans un défi en apparence impossible: créer de la comédie dans un univers désespéré et sombre, dans un film où les images sont très réalistes, proches du documentaire – à l’exception du premier plan du film, très poétique, où Bernie a le visage caché dans des feuillages. Un gag pour symboliser la venue au monde du personnage et la naissance de la carrière de réalisateur de Dupontel.

“La mise en scène oscille entre deux genres apparemment opposés, le réalisme et le grand guignol. Sur l’image, l’idée de faire un traitement type blanchiment (on était encore en argentique…) avait pour but d’ancrer un peu de réalisme et ce pour contre-balancer le traitement délibérément burlesque par moments…”, explique le réalisateur, qui a aussi fait appel, pour la scène où Bernie cherche son père parmi les clochards de l’échangeur, à de vrais SDF.

Le personnage de Bernie, joué par Dupontel, s’insère parfaitement dans cette ambiance. Ce personnage burlesque, ancêtre du SDF d’Enfermés dehors et de Bob de 9 mois ferme, est son Charlot. Il le poursuit depuis ses débuts: “J’avais ébauché sur scène cet archétype, il s’est plus ou moins affiné dans les films qui ont suivi. Il est pratique, car victime d’un monde qui l’a exclu, puis a une expression spectaculaire et drôle (de mon point de vue).”

“Le canari croqué était en pâte d’amande”

Le réalisateur est débutant, mais il sait exactement ce qu’il veut. Il réfléchit mûrement à ses cadres. Dans Bernie, la comédie ne naît pas uniquement des situations ou des dialogues, mais aussi des cadrages. Il suit les conseils de son ami Jan Kounen, et de Guillaume Schiffman: “En amont, je lui ai soumis régulièrement mon découpage et il m’éclairait souvent de façon précise sur la réalité et la faisabilité de mes idées.”

Albert Dupontel dans"Bernie"
Albert Dupontel dans”Bernie” © Studio Canal

Certaines répliques de Bernie – comme le monologue sur les hyènes – sont devenues cultes: “Je m’appelle Bernie Noël et j’aime bien les hyènes. Parce que la hyène, c’est un animal dont on parle jamais, alors que c’est un animal qui peut être très important. Parce que moi je trouve que être ami avec une hyène souvent c’est plus important qu’être ami avec… avec des vrais amis.” Un monologue né d’une improvisation “faite en équipe réduite et dans laquelle je me suis bien amusé”, se souvient Dupontel.

Idem pour le gag où Mme Clairmont (Hélène Vincent), la mère de Bernie, se recoiffe avec la main fraîchement coupée de Donald Willis (Roland Blanche), le père de Bernie: “Hélène et Roland ont beaucoup improvisé et je ne maitrisais pas toutes leurs intentions, je me bornais à rigoler en les regardant.” La scène où Bernie décapite le canari avec ses dents fut tout aussi amusante à tourner: “Le canari croqué était en pâte d’amande – ce qui à la première prise est agréable, moins à la 7 ou la 8ème (mais je ne crois pas en avoir fait autant).”

Vingt-quatre ans après la sortie de Bernie, Albert Dupontel a poursuivi son cinéma burlesque et fou, alternant échecs (Le Créateur, Enfermés dehors) et triomphe commercial (2 millions d’entrées pour 9 mois ferme) et critique (5 César pour Au revoir là-haut). Il sortira cette année Adieu les cons, une nouvelle comédie avec Virginie Efira. Son ton iconoclaste sera au rendez-vous, mais pas la rage de Bernie, qui appartient désormais au passé: “Je porte un regard ému et compatissant sur ce film. J’y vois les innombrables défauts et excès mais les tolère car on était…jeunes!”.

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