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Pourquoi le créateur de “Nicky Larson” est bien plus subtil que vous ne le pensez


Souvent accusé de misogynie en raison du caractère libidineux de certains de ses personnages, Tsukasa Hôjô est une légende vivante du 9e Art. Un livre réhabilite cette figure atypique du manga.

Plusieurs malentendus entourent l’œuvre du mangaka Tsukasa Hôjô, le créateur de Cat’s Eyes et City Hunter. Souvent accusé de misogynie en raison du caractère libidineux de certains de ses personnages, le taiseux dessinateur est plus connu en France pour les séries animés adaptées de son travail – auxquelles il n’a pas collaboré – que pour ses mangas. Malendus que Pierre-William Fregonese, spécialiste de la culture japonaise qui enseigne notamment à Sciences Po Lille, dissipe dans Forever Tsukasa Hôjô (Éditions Pix’n Love), première biographie française consacrée à l’inventeur de Ryô Saeba, alias Nicky Larson en V.F.:

“L’idée de départ était de montrer l’œuvre originale derrière les animés. Surtout pour souligner la profondeur du manga, la qualité extraordinaire de son dessin et les valeurs qu’il défend: la place de la famille, le rôle primordial des femmes dans ses récits ou encore la défense des marginaux. Des thématiques fortes et audacieuses pour l’époque [les années 1980 et 90, ndlr], qui se retrouvent moins dans les animés, surtout dans leurs adaptations françaises. Tsukasa Hôjô est l’un des grands talents mais aussi l’une des grandes âmes du manga. Rien que Family Compo (1996-2000) est l’une des œuvres les plus osées de sa génération avec une réflexion sur la transidentité et l’amour…”

Forever Tsukasa Hôjô raconte en détail les premiers pas de cet auteur au parcours atypique. Rêvant de cinéma tout en faisant des études de design, Tsukasa Hôjô se lance contre toute attente dans le manga, une vie qui pourtant “l’effrayait, surtout en raison de la charge surhumaine de travail”, précise Pierre-William Fregonese. Contrairement à la majorité des auteurs de mangas, Hôjô n’est pas assistant et s’impose directement comme auteur complet. “Le prix Tezuka en 1979, sa relation avec Nobuhiko Horie [grand scénariste, NDLR] et le succès de la proposition Cat’s Eye auprès du [magazine de prépublication] Jump va le pousser dans cette carrière. En quelques jours, il passe de l’étudiant encore indécis sur son avenir qui habite au nord de Kyûshû, un coin paisible et hors du temps du Japon, au mangaka professionnel en plein milieu de l’électrique Tokyo!”

Couverture du livre "Forever Tsukasa Hojo"
Couverture du livre “Forever Tsukasa Hojo” © Éditions Pix’n Love

“Un vrai conteur de l’âme humaine”

Le succès de Cat’s Eye (1981-85) et de City Hunter (1985-91) est foudroyant, mais a un prix: adolescent à ses débuts, l’auteur passe presque sans s’en rendre compte à l’âge adulte. “En fait, on peut dire que Tsukasa Hôjô est devenu adulte très tôt, dès la mort de son père avant qu’il n’entre à l’université”, modère Pierre-William Fregonese. Reconnaissable à ses éternelles lunettes de soleil, qu’il portait pour se vieillir, Tsukasa Hôjô est aussi discret que ses personnages sont exubérants. Le dessinateur, qui “a gardé toute sa fraîcheur d’enfance et son humeur d’adolescent”, est cependant moins tourmenté que certaines de ses œuvres, et se révèle même très émotif: “C’est un vrai conteur de l’âme humaine. Toute l’action de ses mangas sert d’abord les relations humaines, et non l’inverse.”

Souvent réduit à City Hunter et Cat’s Eyes, Tsukasa Hôjô a aussi livré cette facette moins connue de lui dans Sous un rayon le soleil (1993-94), une de ses plus grandes réussites, estime Pierre-William Fregonese: “Le pitch est simple et formidable: une très jeune fleuriste, qui ne peut grandir, arrive à lire dans le cœur des plantes pour cerner leurs émotions. L’action du récit se déroule en partie dans un établissement scolaire qu’il a fréquenté plus jeune. C’est un manga très proche dans l’idée d’un Mon voisin Totoro au sens où il met des enfants face à leurs propres peurs, plus qu’en confrontation avec des ennemis extérieurs. C’est aussi un hommage à la nature, aux paysages et aux nuits de la belle Kyûshû.”

Celui qui a su magnifier les paysages urbains du quartier de Shinjuku à Tokyo dans City Hunter s’est éloigné dans la deuxième partie de sa carrière de sa marque de fabrique pour renouer avec la campagne japonaise, où il a grandi. “Il a eu besoin de revenir à la campagne, à une certaine douceur de vivre, à son ‘chez-lui’ ; comme avec Sous un rayon de soleil qui est l’une de ses œuvres les plus personnelles.”

Inspiré par Tom et Jerry

Cette sensibilité à fleur de peau chez un auteur “amateur de café, d’armes à feu, de films d’action ultra stéroïdés et de contre-culture américaine” n’est pas une surprise. Hôjô a été profondément marqué par la culture occidentale et le cinéma européen. De la même manière que La Bergère et le Ramoneur de Paul Grimault et Jacques Prévert a été une référence majeure d’Isao Takahata et Hayao Miyazaki, Les Fleurs du soleil de Vittorio de Sica, avec Sophia Loren, a permis à Hôjô de poser les bases de son univers.

Les couvertures de "Cat's Eye" et "City Hunter" de Tsukasa Hojo
Les couvertures de “Cat’s Eye” et “City Hunter” de Tsukasa Hojo © Panini Manga

Pour City Hunter, si L’Inspecteur Harry avec Clint Eastwood fait partie des références de Tsukasa Hôjô, Tom et Jerry l’inspire beaucoup: “les courses poursuites folles entre Kaori et Ryô sont inspirées de Tom qui tente de rattraper Jerry. C’est un dessin animé qui l’a vraiment marqué pendant son enfance, surtout parce qu’il n’y avait pas besoin de dialogues pour comprendre les enjeux de l’histoire. Après, il a sorti un marteau de son imagination pour armer Kaori. Histoire d’ajouter encore du comique au schéma initial, mais aussi de montrer que les comportements sexistes de Ryô sont sujets à des punitions quasi fatales.”

Un esthète

Enfant du Club Dorothée, Pierre-William Fregonese fait aussi la part belle aux versions animées des œuvres de Tsukasa Hôjô, dont il analyse en détail la conception – jusqu’à leur musique, élément clef pour en comprendre le succès: “Que ce soit Get Wild de TM Network ou le générique français chanté par Jean-Paul Césari, on imagine difficilement le manga sans ces rythmes savoureux”, précise le spécialiste qui a assorti chaque chapitre de son livre d’un morceau de l’univers animé de Tsukasa Hôjô. Il consacre aussi de longues analyses au style graphique de l’auteur, trop longtemps sous-estimé:

“C’est un esthète. Lui-même désire la perfection formelle alliée au sublime de la tension charnelle entre le noir, le gris et le blanc. Ce positionnement lui permet d’être un mangaka très cinématographique au sens où les variations des mouvements des corps et des nuances participent à une mise en scène des personnages. Pensons par exemple les coiffures des femmes qu’il dessine. Rien qu’avec un balancement de cheveux en dégradé, l’auteur crée une émotion. On retrouve d’ailleurs ce parti pris d’un réalisme stylisé dans l’œuvre de son assistant, Takehiko Inoue [le créateur de Slam Dunk, NDLR].”

Quelle est la meilleure porte d’entrée dans l’univers de Hôjô? Réponse du spécialiste en guise de conclusion: “Aujourd’hui, Tsukasa Hôjô est indissociable de City Hunter. Alors je conseillerai bien sûr ce manga qui est un pilier de l’histoire du Jump et de la comédie policière à la japonaise. Cependant, si j’avais à le faire découvrir à un public plus jeune, comme des enfants, je dirais plutôt Sous un rayon de soleil qui est d’une délicatesse rare.”





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