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“Pédale douce”, les dessous de la comédie culte de Gabriel Aghion



La comédie française dans tous ses états (8/10) – Cet été, BFMTV vous emmène dans les coulisses de comédies cultes, insolites ou ratées. Aujourd’hui, Pédale douce de Gabriel Aghion.

Au début des années 1990, Paris n’est pas une fête pour Gabriel Aghion. Né à Alexandrie en 1955, il s’est lancé depuis une décennie dans le cinéma, mais ses deux premières tentatives, La Scarlatine (1983) et Rue du Bac (1991), ont été des bides. En pleine épidémie de sida, le réalisateur voit lors de ses virées nocturnes “la réponse du rire, de la fête, un mode de protection, de guérison, une fuite en avant” – et la possibilité d’une comédie populaire:

“J’avais beaucoup de copains qui ne faisaient pas mon métier. Un était banquier, l’autre notaire. Des métiers où ils ne pouvaient pas afficher leur homosexualité. Il fallait être coupé en deux. C’était une forme de schizophrénie. Être en costume trois pièces sans parler de sa vie privée la journée et puis le soir il fallait relâcher tout cela. Ça m’a interpellé et j’ai écrit quinze pages que j’ai envoyées à Danièle Thompson. Elle avait été présidente de jury d’un festival francophone où mon deuxième film avait été sélectionné et avait reçu le grand prix.”

La scénariste de La Grande Vadrouille et de Rabbi Jacob est séduite par l’idée et Aghion écrit une première version “un peu touffue, un peu longue”. Il la confie à son agent de l’époque, Dominique Besnehard, qui le transmet à tous les producteurs de Paris, de TF1 à Pathé, qui refusent le projet: “On me disait que c’était impossible de faire une comédie sur l’homosexualité en ce moment, avec le sida.”

Même Claude Berri, qui produit pourtant à la même époque Gazon Maudit de Josiane Balasko, ne croit pas en Pédale douce. Le scénario finit par atterrir sur le bureau de Marie-Dominique Girodet, “productrice un peu hors circuit, un peu dingo, qui a beaucoup aimé le scénario” et était à l’époque la femme de Claude Zidi: “elle avait des entrées”, précise Aghion.

“Je ne voulais pas faire La Cage aux folles”

Le réalisateur retravaille certains aspects du scénario avec Danièle Thompson puis commence à assembler son casting. Richard Berry, Michèle Laroque et Fanny Ardant acceptent tout de suite. Aghion a imaginé pour Ardant le rôle d’Eva, la patronne de la boîte gay où se déroule le film. Un rôle qui séduit l’actrice, qui en a assez d’être cantonnée aux bourgeoises et rêve de faire une comédie: “Elle a cette fantaisie incroyable, en plus d’être l’actrice de La Femme d’à côté. Dans la vie, elle est à pisser de rire. Elle a des sorties invraisemblables. Elle est très drôle”, révèle Aghion.

Malgré la présence des stars, le projet ne décolle pas: “Comme personne ne les imaginait dans des comédies – et surtout une comédie comme celle-là -, le film ne se montait pas. Les gens ont très peu d’imagination dans ce métier”, commente Aghion. “Il y avait quelque chose qui les mettait mal à l’aise. C’était un film personnel et une comédie populaire. C’était difficile à comprendre. Les producteurs aiment bien quand ça ressemble à ce qui existe déjà. Quand ils ne comprennent pas, ils jettent.” Et Pédale douce était loin de La Cage aux folles, alors la référence pour les comédies gays:

“Je ne voulais pas faire La Cage aux folles. C’est très drôle, mais les personnages n’ont pas de part d’ombre. Ils sont dans une bulle, coupés du monde réel. Ils font ce qu’ils veulent. Tant qu’on reste dans sa cage, on ne souffre pas. C’est quand les cloisons sautent que l’on souffre. Ce qui m’intéressait avec Pédale douce, c’était de prendre des gens du monde réel et de montrer combien c’est difficile d’être dans le monde réel et d’être différent.”

“Pierre Palmade a trouvé les mots”

La situation se débloque en 1995 lorsque Gabriel Aghion rencontre Pierre Palmade par l’intermédiaire de Marie-Dominique Girodet. L’humoriste s’inspire de ce qu’il entend dans les bars gays parisiens, comme le Banana Café, et réécrit certains dialogues. On lui doit notamment des répliques cultes comme “C’est pas la cervelle qu’on suce” et la scène dans le lit entre Michèle Laroque et Richard Berry, lorsqu’elle pense qu’il est homosexuel.

“J’ai eu l’idée de la scène et Pierre a trouvé les mots. C’est typiquement l’humour de Pierre. Je n’étais pas tellement branché comédie populaire. Je n’étais pas un mec très drôle”, se souvient Aghion, qui raconte avoir compris comment fonctionnait la mécanique du rire en découvrant La Dame de chez Maxim’s à la Comédie-Française.

Le scénario bénéficie aussi des apports de Patrick Timsit. Le comédien, qui sortait alors de l’énorme succès d’Un indien dans la ville, est appelé par le directeur de casting Gérard Moulevrier. Très emballé par le projet, Timsit réécrit son rôle, pour mieux se l’approprier, et décroche au passage un crédit de scénariste au générique. Le scénario de Pédale Douce doit enfin beaucoup à l’humour de Danièle Thompson (la scène du dîner bourgeois au début) et à la sensibilité de Gabriel Aghion (l’amitié entre Eva et Adrien).

Témoignage sur son époque

Le reste du casting est composé principalement de personnalités du monde de la nuit: “Tous les petis rôles, les figurations, les drag queens sont venus avec leurs costumes. Ils disaient les phrases qu’ils disaient dans la vie. Je voulais que l’on reste le plus proche de ce qu’ils étaient dans la vie, qu’il y ait presque un côté reportage.” L’homme qui met une fessée à Richard Berry est en revanche un acteur, Arno Chevrier: “Richard lui a dit, ‘il faut y aller, il faut que ça ait l’air vrai’. Arno était un peu intimidé, vu que c’était Richard Berry…”

L’une des scènes les plus fortes de Pédale douce reste le strip-tease d’André (Jacques Gamblin), un plan-séquence drôle et émouvant: “Je lui ai dit qu’il ne fallait pas tomber dans le piège de jouer efféminé, mais s’inspirer de quelque chose de sensuel. C’est pour ça que j’ai mis cette chanson de Dalida en arabe [Salma Ya Salama, NDLR]. Le plan séquence s’est imposé, parce qu’il fallait que le mouvement de caméra soit libre. L’idée de la scène m’est venue parce qu’il fallait que ces gens en costume trois pièces se libèrent de cette prison, au sens propre. J’ai dit à Jacques de se débarrasser de ce costume comme le ferait un serpent de sa peau.”

Vingt-quatre ans après, le film est un témoignage sur son époque. Aghion avait pris le soin d’ajouter des ombres sur les visages de chacun de ses personnages, pour symboliser leur double vie. C’était aussi un souvenir des fêtes du Palace et du Queen, lorsque la mousse envahissait le dancefloor au son d’Ainsi parlait Zarathoustra et que “les gens apparaissaient et disparaissaient dans la mousse, le tout avec des lumières de fin du monde.”

“Pédale dure, une erreur de A à Z”

La sortie du film, le 27 mars 1996, est un triomphe, avec 4,1 millions d’entrées. Aghion se souvient encore des réactions du public: “On a reçu – surtout les acteurs – plein de lettres de jeunes homos racontant qu’ils étaient allés voir Pédale Douce avec leurs parents et qu’ils avaient pu leur dire grâce au film qu’ils étaient gays. On a reçu des centaines de lettres. Je ne m’attendais pas du tout à ça.”

En 1997, la comédie décroche six nominations aux César et Fanny Ardant reçoit celui de meilleure actrice. Aghion poursuit sur sa lancée et enchaîne avec Belle Maman, Le Libertin et Absolument fabuleux, trois comédies sur le plaisir et l’urgence de vivre. En 2004, presque dix ans après Pédale douce, il signe Pédale dure, suite informelle de son succès. Un film qu’il renie complètement: “C’était une erreur de A à Z.”

Aghion avait comme ambition de parler d’homoparentalité. Malgré le succès de ses films précédents, impossible de produire ce projet: “On m’a dit que je ne le ferai jamais, sauf dans le cadre d’une suite de Pédale douce. Or, ça ne marchait pas du tout. J’aurais dû dire non, quitte à faire un film avec rien du tout. J’ai fait l’erreur de faire le gentil, d’accepter.”

Aghion écrit une première version, peu satisfaisante, puis, sur les conseils de sa productrice, confie l’écriture à Bertrand Blier. Rapidement, Aghion se rend compte de son incompatibilité avec la sensibilité du réalisateur de Tenue de Soirée. Si Pierre Palmade a été rappelé pour rafistoler le scénario, l’empreinte de Blier était bien trop puissante. Et les temps avaient changé depuis Tenue de Soirée, raconte Gabriel Aghion:

“Blier a écrit un scénario extrêmement brillant. Quand on le lisait, il y avait des fulgurances. Plein de gens disaient qu’ils n’avaient jamais lu un aussi beau scénario – ce qui est très curieux, mais bon, soit. En le tournant, j’adorais les acteurs, ce n’était pas le problème, mais j’étais très mal à l’aise. J’avais du mal à leur donner des indications. C’est un sentiment que je n’ai ressenti ni avant, ni après. Le montage fut épouvantable. Même avec le soutien de mon monteur, c’était compliqué. Je n’aimais pas le film. Ce fut terrible pour moi. Cela a été un vrai traumatisme et je n’ai plus jamais voulu faire de comédies.”

Depuis l’échec de Pédale dure (429.081 entrées), Gabriel Aghion travaille à la télévision. Il a signé un film sur le poète Max Jacob pour Arte, puis a tenté de monter des films plus dramatiques, sans succès. “Quelque chose s’était cassé”, concède-t-il. On retrouve désormais son nom aux génériques de séries, comme Sam. Il a refusé aussi beaucoup de comédies. Aucune n’était nécessaire, comme l’était Pédale douce en son temps.

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