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“Parfois, je me dis que mon temps est fini, mais je n’arrive pas à y croire!”


Le célèbre réalisateur des Bronzés, qui a commencé dans les colonnes de Pilote, renoue avec ses premières amours et signe le scénario d’une BD.

Réalisateur touche-à-tout de comédies à succès (Les Bronzés), de drames (La Fille sur le pont) et de films d’animation (Le Magasin des Suicides), Patrice Leconte a commencé sa carrière en faisant des BD dans la célèbre revue Pilote avec Gotlib et Bretécher.

45 ans après avoir rangé ses plumes, il a écrit avec son scénariste Jérôme Tonnerre Deux passantes dans la nuit (Bamboo), un drame historique sur deux femmes qui fuient un Paris occupé par les Allemands – dessiné par Al Coutelis, rencontré à Pilote en 1971. Et a illustré pour Flammarion un livre de contes pour enfants, Faites la tête!

A l’occasion de cette double actualité, Patrice Leconte replonge dans ses souvenirs de dessinateur et apporte une mise à jour sur son retour contrarié au cinéma.

Vous avez souvent déclaré en avoir terminé avec la BD et finalement vous y revoilà!

Ce que je voulais dire, c’est que c’était terminé pour moi en tant que dessinateur. J’ai adoré travailler à Pilote pendant cinq ans, ce fut une parenthèse extra, mais je suis un dessinateur très laborieux, autodidacte. À partir du moment où j’ai commencé à faire des films, qui était mon rêve depuis toujours, je n’avais pas eu le temps de faire de la BD. Je n’ai jamais eu aussi le désir d’écrire un scénario de BD et puis là, c’est l’occasion qui a fait le larron. C’est en travaillant sur cette histoire avec Jérôme Tonnerre qu’on s’est dit que ce serait parfait pour une BD. Une fois notre décision prise, ça a donné des ailes à notre imagination.

Patrice Leconte sort deux livres à la rentrée
Patrice Leconte sort deux livres à la rentrée © Bamboo – Flammarion

L’idée de départ était-elle donc de faire un film?

On a écrit plusieurs films avec Jérôme Tonnerre. Quand on commence à échafauder une histoire, des personnages, des ambiances, c’est vrai qu’on pense spontanément au cinéma. Pour ce scénario, en cours de route, on s’est rendu compte que ce serait sans doute compliqué à faire au cinéma et on s’est dit qu’il ne fallait pas laisser tomber cette histoire, parce qu’on aimait beaucoup nos deux personnages.

La BD retranscrit fidèlement l’ambiance du Paris occupé. Vous êtes-vous appuyé sur des souvenirs de famille ?

Ma famille vient de province, de Normandie. Je connais donc très bien le Débarquement allié, c’est comme si je l’avais vécu! Je ne suis pas le genre de type qui se documente à mort pour écrire une histoire. Jérôme Tonnerre, heureusement, a beaucoup lu sur cette période. J’ai toujours préféré l’imagination à la documentation, qui peut être contraignante, envahissante. Je me suis toujours ingénié à faire des films les moins datés possibles. On ne sait pas quand La Fille sur le Pont et Monsieur Hire se déroulent. Je me dis que quand les films sont intemporels, ils vieillissent moins vite.

Parallèlement aux Deux passantes, vous publiez chez Flammarion Faites la tête, un ouvrage pour la jeunesse pour lequel vous avez repris votre plume. Comment se sont déroulées ces retrouvailles avec le dessin?

C’est revenu assez vite. Je pense que je ne serais pas capable aujourd’hui de me remettre à faire des planches de BD, mais dessiner [les personnages] “tête de linotte” ou “tête de gondole”, c’est revenu.. à peu près… enfin, j’ai déchiré beaucoup… J’aimais dessiner, mais je n’étais pas un vrai dessinateur comme Blutch ou Jean Giraud. Je n’avais pas de réelle facilité pour dessiner quand j’étais à Pilote.

Extrait de la BD "Deux passantes dans la nuit" de Patrice Leconte
Extrait de la BD “Deux passantes dans la nuit” de Patrice Leconte © Bamboo

Quelle était l’ambiance à Pilote?

C’était étourdissant. Vraiment. C’était entre 70 et 75. Goscinny, qui dirigeait Pilote, avait eu la bonne idée d’accueillir Gébé, Reiser, Cabu. Le lundi après-midi, il y avait la conférence de rédaction où chacun proposait des pages. Tout le monde venait. Je me régalais. Il y avait Mandryka, Bretécher, Alexis, Gotlib, Fred, Druillet, Giraud… C’était inouï. J’étais lecteur de Pilote et pratiquement d’un seul coup je me suis retrouvé avec tous ces gens dont j’avais lu les histoires. Après la réunion, on se retrouvait tous – sans Goscinny – au bistrot d’à côté pour boire des Schweppes ou du vin blanc.

Qu’avez-vous appris avec eux?

Ça va vous sembler très prétentieux, mais je n’ai pas appris avec eux, mais avec moi-même. Je veux dire par là qu’en terme de narration, d’ellipse, comme c’est long de dessiner – surtout pour moi – je ne pouvais pas m’encombrer dans le scénario et dans le découpage de cases qui auraient été inutiles. Ça m’a appris une forme d’efficacité, de savoir s’en tenir à l’essentiel.

Gotlib, à cette époque, a joué un rôle très important pour vous…

On était devenus assez copains. On riait des mêmes choses. C’est à lui que j’avais montré mes dessins. Il les avait ensuite montrés à Goscinny. C’est lui qui a favorisé mon entrée à Pilote. Ça s’est fait assez facilement, et ce n’est même pas juste quand on voit aujourd’hui de jeunes dessinateurs qui ont un talent de dingue et qui ont du mal à faire éditer leur travail. Je suis arrivé là-dedans avec une espèce d’innocence étrange.

Avec Gotlib, vous écrivez Les Vécés étaient fermés de l’intérieur. C’est lui qui vous a fait entrer dans le cinéma?

Oui et non. On était passionnés par les films et on a eu l’idée assez vite d’écrire un scénario. Sans que ce soit une adaptation, Les Vécés étaient fermés de l’intérieur reprenait les deux héros récurrents de Gotlib, Bougret et Charolles, pour faire une enquête policière à la con. On était d’une innocence incroyable. Ils devaient récolter des indices pour trouver le coupable. Si on voulait mettre une scène dans une salle de boxe, on le faisait. Quand on en a eu assez, on a bouclé le film. C’était un peu n’importe quoi. À l’arrivée, c’est marrant. Aujourd’hui, le film a le “charme du démodage”.

Vous avez envisagé de refaire un film avec Gotlib?

Ça ne s’est pas fait, mais pour une raison assez simple. Le film était une catastrophe. Les gens n’y sont pas allés. Les critiques étaient calamiteuses. Il n’était pas question que je refasse un film chez Gaumont, ni que je refasse un film avec Rochefort… J’ai traversé une période un peu sombre. Je ne faisais plus de BD. Goscinny était décédé. J’étais jeune marié, avec un premier enfant… Et puis il y a eu Les Bronzés et ça a été.

Avez-vous eu le projet d’adapter au cinéma une BD?

Il y a un projet qui a failli se faire, qui était très avancé, une adaptation d’une BD de Tronchet qui s’appelle Houppeland (1993-1996, Glénat). J’avais écrit le scénario, on avait le casting, les repérages avaient été faits et puis l’affaire ne s’est pas montée pour des raisons financières. C’était une bonne histoire, c’était Noël tous les jours: les personnages étaient obligés de manger de la dinde et de se faire des cadeaux tous les jours. Une espèce de dictature du bonheur qui était assez marrante. J’avais proposé le rôle à Dany Boon.

Vous avez travaillé avec des dessinateurs sur vos films?

J’ai demandé à Tardi de faire l’affiche de Ridicule. Il avait fait un projet que j’adorais, avec le scaphandre, mais il a été refusé. Guy Peellaert devait faire l’affiche de Tandem et le distributeur a aussi dit non. Un dessinateur que j’aime beaucoup, Stanislas Bouvier, a réalisé une sublime affiche de La Fille sur le Pont, que j’ai pu heureusement racheter.

Projet d'affiche de "Ridicule" par Tardi
Projet d’affiche de “Ridicule” par Tardi © Tardi

Depuis Tandem, vous êtes cadreur de vos films. Est-ce lié à la BD?

Il y a un peu de ça, sans doute. Les images qui me trottent dans la tête s’inscrivent toujours dans un rectangle. Est-ce que c’est la BD qui m’a apporté ça, qui m’a aidé à cultiver ça? Je ne saurais pas dire. Ce qui est sûr, c’est que je ne peux pas déléguer à un autre les images que j’ai en tête. Comme elles sont au fond de mon crâne, je n’ai pas besoin de les expliquer: je n’ai qu’à les faire.

C’est pour cette raison que vous ne faites jamais de storyboard?

Je n’ai jamais compris à quoi ça servait. C’est une mode un peu bizarre: pourquoi avoir besoin de demander à un dessinateur les images que je veux faire pour les regarder alors qu’elles me trottent en tête? C’est absurde. Il m’est arrivé de faire faire des bouts de storyboard pour un film que j’ai fait avec Delon, Belmondo et Vanessa Paradis, Une chance sur deux. Pour les séquences de poursuite, c’était plus facile pour communiquer avec les cascadeurs.

Votre dernier film en date, Une heure de tranquillité, est sorti en décembre 2014. C’était un succès, mais cette heure de tranquillité dure depuis un peu trop longtemps pour vous…

Oui. Depuis beaucoup trop longtemps! De temps en temps, dans les moments plus sombres, je me dis que mon temps est fini, que je suis trop vieux. C’est possible – mais qu’on me le dise! Mais je n’arrive pas à y croire. J’ai trop d’enthousiasme! Depuis Une heure de tranquillité, il y a eu cinq projets de suite qui se sont cassé la gueule pour des raisons financières le plus souvent. Il y avait un film avec Balasko – que j’ai beaucoup regretté de ne pas faire. J’aurais adoré travailler avec elle. Ce n’était peut-être pas terminé, mais je n’aime pas réchauffer: les projets qui tombent à l’eau, tombent à l’eau.

De quoi parlait ce film?

C’était un film qui se passait dans le nord, qui était inspiré d’une histoire vraie, d’une femme qui s’appelait Mamie Loto. Elle organisait des lotos pour venir en aide aux plus démunis. Elle a été rattrapée par le fisc. Les personnes qu’elle a aidées ne sont pas venues témoigner à son procès. Elle a été condamnée à 120.000 euros d’amende et elle s’est laissée mourir le soir de Noël. Ce n’était pas d’une gaîté folle, mais j’aimais beaucoup ce personnage.

Vous aviez aussi un projet avec Alain Delon?

Oui. C’est un scénario que j’adorais, qui était destiné à Delon et à Juliette Binoche. Il s’appelait La Maison vide et avait un parfum très Simenon. Ça s’est effiloché. Delon avait annoncé partout qu’il allait faire son dernier film avec moi [en 2018]. Peut-être que ça lui a fait peur de faire son dernier film. Il a eu ensuite des ennuis de santé. Juliette Binoche n’a plus été libre… Je fais des films depuis un peu plus de quarante ans. J’ai fait trente films et il y en a trente qui ne se sont pas faits. Un sur deux, ça va. Mais depuis Une heure de tranquillité, un film que j’ai aimé faire, mais qui ne me ressemble pas beaucoup, c’est cinq de suite…

Où en est votre adaptation de Maigret?

Après plusieurs hésitations – ce n’est pourtant pas une superproduction -, le tournage du film est programmé pour le début de l’année prochaine, en février. J’y croirai quand j’y serai. Auteuil a calé devant le fait d’endosser la panoplie de Maigret, qui a été joué par tellement d’acteurs importants, dont Jean Gabin. Là, je fais le film avec Depardieu, qui va être un Maigret extraordinaire. Mes films étant toujours très écrits, j’ai aussi le projet de tourner avec Benoît Poelvoorde un film plus libre, en partie improvisé, avec deux jeunes producteurs. Et il y aussi une adaptation… mais je n’ose plus parler de rien!

Et votre projet des Bronzés à l’Ehpad?

C’est une espèce de rêverie absurde. Je voulais qu’ils se retrouvent tous dans une maison de retraite et que ce soit rien qu’avec des vieux très, très méchants, qu’ils fassent des courses de déambulateur, qu’ils se donnent des coups de canne. Une maison de retraite peuplée de “Tatie Danielle”! Je voulais faire le film en noir et blanc, comme La Fin du jour avec Louis Jouvet et Michel Simon, mais c’était des idées en l’air, comme des ballons de baudruche.

Quatorze ans après Les Bronzés 3, quel est votre regard sur le film?

J’ai adoré faire ce film, ça a été un succès énorme. Si vraiment ça avait été une merde, on n’aurait pas fait onze millions d’entrées. Je pense que Les Bronzés et Les Bronzés font du ski sont des films plus drôles, plus réussis, plus enlevés. Dans Les Bronzés 3, il y a un truc qui a dû être un peu déceptif pour les gens, c’est que les acteurs du film sont tous devenus des vedettes et les personnages des bourgeois. Ils sont assez odieux. Le seul qui me touche vraiment, c’est Clavier: il est vraiment au fond du trou. Il rame comme ce n’est pas permis, mais il a l’énergie pour tenir le coup. Je n’ai revu qu’une seule fois Les Bronzés 3. Il y a des choses qui ne vont pas très bien, mais le film est assez agréable à regarder. C’est souvent assez marrant.

Comment va se dérouler le moment où vous allez reprendre la caméra sur le tournage de Maigret? Vous avez une appréhension?

C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Je ne crois pas. Le film, je l’ai vraiment en tête. Je sais ce dont j’ai envie. Et puis j’ai fait ça pendant quarante ans. Ce n’est pas en six ans que je vais l’oublier. Je crois qu’on dit silence… moteur… allez-y… et à la fin… coupez.



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