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Mort de Diana Rigg : pourquoi c’était l’une des meilleures James Bond Girls – Actus Ciné


Décédée ce jeudi 10 septembre à l’âge de 82 ans, Diana Rigg aura marqué le petit et le grand écran grâce à “Chapeau melon et bottes de cuir”, “Game of Thrones” mais aussi James Bond, dont elle a été l’une des compagnes les plus mémorables.

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50 ans après sa sortie, Au Service Secret de Sa Majesté fait encore débat : le mannequin australien George Lazenby est-il vraiment le moins bon des interprètes de 007, ou un incompris qui a payé au prix fort le fait de passer après Sean Connery ? Et le film a-t-il mérité son demi-succès au box-office mondial (87,4 millions de dollars de recettes là où les trois précédents en avaient rapporté, en moyenne, 125 chacun), ou s’agit-il de l’un des meilleurs opus de la saga lancée en 1962 et qu’il convient de réévaluer ? Mis en scène par Peter Hunt, monteur et/ou réalisateur de la seconde équipe sur les cinq qui l’ont précédé, ce sixième épisode de la franchise d’espionnage a certes été réhabilité par bon nombre de fans au fil des années, mais conserve encore cette étiquette de mal-aimé.

Il y a cependant un point sur lequel tout le monde s’accorde : la Comtesse Tracy di Vicenzo est l’une des meilleures James Bond Girls, si ce n’est la meilleure. Lorsque sort le long métrage, son interprète, la regrettée Diana Rigg, décédée ce jeudi 10 septembre 2020 à l’âge de 82 ans, vient de quitter la série Chapeau melon et bottes de cuir dont elle a été la vedette pendant un peu plus de trois saisons qui ont fait d’elle et de son personnage d’Emma Peel l’une des icônes de la télévision et des Swinging Sixties, expression désignant la vitalité culturelle de la ville de Londres, devenue l’un des centres de la mode et de la pop culture pendant les années 60 ans. Plus que George Lazenby, alors inconnu du grand public, c’est elle la vraie star du nouvel opus de la saga 007 qui va alors tenter de se mettre à son niveau, et non l’inverse.

Jusqu’ici, et ce sera encore le cas après, la James Bond Girl a trop souvent été réduite à un rôle de trophée, de faire-valoir ou de femme fatale, qui a besoin du héros pour se sortir d’un mauvais pas et mettre en valeur sa virilité, ou le trahit après être passée par son lit. Sur ce plan, le progressisme n’a pas franchement été la marque de fabrique de la saga, même si quelques personnages féminins sont parvenus à tirer leur épingle du jeu, à commencer par Pussy Galore dans Goldfinger. Jouée par Honor Blackman, elle aussi issue de Chapeau melon et bottes de cuir, celle-ci a certes un nom qui aurait davantage sa place dans les Austin Powers et le traitement de son homosexualité avérée laisse à désirer. Plus dure-à-cuire qu’Honey Ryder (Ursula Andress dans Dr. No) et moins sage que Tatiana Romanova (Daniela Bianchi dans Bons baisers de Russie), qui l’avaient précédée, elle parvient à tenir tête à l’espion et à ses élans machistes, et marque ainsi un début de changement qu’Au Service Secret de Sa Majesté viendra appuyer cinq ans plus tard.

Car si Teresa di Vicenzo, dite Tracy, est l’une des meilleures James Bond Girls, c’est sans doute… parce qu’elle n’en est pas vraiment une. Comme dans le roman de Ian Fleming dont s’inspire le film, la jeune femme est traitée comme l’égale de 007 et ne s’inscrit pas dans l’archétype en place avant elle et qui perdurera par la suite. Un personnage aux accents tragiques dont le héros et le spectateur font la connaissance alors que sa dépression a pris le pas sur elle et qu’elle tente de mettre fin à ses jours en se jetant dans la mer, au cours d’une scène pré-générique plus terre-à-terre que ce que la franchise nous avait proposé auparavant. Attaqué par deux hommes de main, l’espion perd la trace de Tracy, non sans avoir fait une petite blague méta sur le changement d’acteur dans la saga (“Ça ne serait pas arrivé avec l’autre”). Mais il la retrouve dans un casino après les crédits illustrés par la musique de John Barry, et le chassé-croisé se poursuit jusqu’à ce que son père à elle ne s’en mêle.

Alors que Tracy a disparu en laissant une dette de jeu, Bond est capturé par un certain Marc-Ange Draco (Gabriele Ferzetti), chef de l’Union Corse qui lui propose un million de livres sterling pour épouser sa fille. Ce que l’espion refuse dans un premier temps avant de changer d’avis en mettant dans la balance l’aide de son interlocuteur pour capturer Ernst Stavro Blofeld (Telly Savalas), chef de l’organisation criminelle SPECTRE dont il est sans nouvelles. A partir de là, l’intrigue va se jouer sur deux tableaux : un versant policier au sein duquel 007 retrouve sa némésis et son nouveau plan diabolique dans une clinique en Suisse, et un autre plus romantique. Lassée par cette vie de luxe que lui offre son père, et encore marquée par le décès de son mari, le Comte Di Vicenzo qu’elle avait épousé pour le vexer, la jeune femme reprend goût à la vie au gré de son histoire d’amour avec l’agent secret britannique. Car il ne s’agit pas là d’une simple aventure mais bien d’une vraie relation.

“Pourquoi persistez vous à vouloir me sauver, M. Bond ?”, demande d’abord Tracy à son futur amant, sans réaliser qu’elle aura le même impact sur lui. Après avoir songé à démissionner face au manque de soutien de ses supérieurs dans sa traque de Blofeld, 007 enquête finalement pendant des vacances offertes par M (Bernard Lee) avec le concours de Miss Moneypenny (Lois Maxwell). Mais sa rencontre avec la Comtesse va peu à peu lui donner envie de tourner la page pour mener une vie plus normale. Peut-être parce qu’il voit en cette femme, plus douce et mélancolique que celles qu’il a rencontrées lors de ses précédentes missions (là où l’on aurait pu s’attendre à une Emma Peel bis), une âme sœur qui parvient à le toucher en plein cœur et lui apporte autant qu’il ne le fait avec elle. Tous deux poursuivis par la mort, ils voient en l’autre une échappatoire, une porte de sortie pour s’éloigner de l’univers dans lequel ils évoluent. Pour la première fois depuis Dr. No, l’histoire d’amour parvient même à prendre le pas sur l’intrigue d’espionnage, et tout est bien qui finit bien avec le mariage de James et Tracy Bond.

Du moins le croit-on car le quotidien de l’espion le rattrape sous la forme de Blofeld et sa complice Irma Bunt (Ilse Steppat), qui tire sur la voiture des jeunes mariés et tue Tracy, nous offrant sans aucun doute la fin la plus sombre de toute la saga. Loin, très loin, de toutes ces scènes où Bond se cache pour prendre du bon temps avec sa dernière conquête en date. “Tout va bien, elle se repose”, repond très dignement le héros au policier arrivé à leur hauteur dans les dernières secondes de cet épilogue déchirant qui l’inscrit, tout autant que son épouse, comme une figure tragique dont le statut menace jusqu’à son entourage et le prive de toute vie un tant soit peu normale. “Nous avons tout le temps du monde”, conclut-il en écho à la chanson de Louis Armstrong qui accompagnait les scènes de romance entre eux.

Fidèle au roman dont le film est tiré, cette fin surprenante a des répercussions sur l’opus suivant, qui s’ouvre sur la traque vengeresse du chef du SPECTRE, alors que 007 visitera sa tombe dans Rien que pour vos yeux, et que des allusions à cette défunte épouse seront faites dans Permis de tuer et Le Monde ne suffit pas. Mais la saga ne retrouvera pas de Tracy de sitôt. Avoir un James Bond marié et monogame revenait à casser l’un des codes de ses aventures, et Ian Fleming en était conscient, au point d’aboutir à cette mort. Et les chiffres déçevants de son adaptation ciné au box-office ont autant été vus comme un rejet de George Lazenby par le public que de sa volonté de changer l’approche de la James Bond Girl.

D’où ce double-retour en arrière dans Les Diamants sont éternels : Sean Connery consent à reprendre du service pour la sixième et dernière fois (en attendant Jamais plus jamais, remake non-officiel d’Opération Tonnerre sorti en 1983), et sa quête de vengeance est vite expédiée, tandis que Tiffany Case (Jill St. John) coche toutes les cases de ce rôle parfois ingrat qui donne souvent à la franchise un côté misogyne. Certaines parviendront à sortir du lot (Barbara Bach dans L’Espion qui m’aimait, Famke Janssen dans Goldeneye, Halle Berry dans Meurs un autre jour…), mais aucune ne réussira vraiment à renouer avec l’aura de Diana Rigg, ni la profondeur de son personnage. Jusqu’en en 2006.

Ringardisée quelques années plus tôt par la dernière sortie de Pierce Brosnan dans le smoking et par l’émergence de Jason Bourne, la saga James Bond remet les compteurs à zéro avec Casino Royale. Un épisode en forme d’origin story, plus sec et humain, grâce auquel la franchise parvient aussi bien à se mesurer à ses concurrents direct en matière d’action qu’à Au Service Secret de Sa Majesté en ce qui concerne le premier rôle féminin. Dans le numéro de Première de décembre 2019, son interprète Eva Green avouait toutefois avoir refusé de passer des essais, faute d’avoir pu lire le scénario : “J’avais peur d’un rôle un peu sexiste”, explique la comédienne récemment nommée aux César pour sa prestation dans Proxima. “Ils ont finalement accepté ma demande [de me faire lire le script]. Et là, j’ai vu à quel point le personnage de Vesper était riche et passionnant.” Ce qui est un bon résumé. Car si Daniel Craig fait taire les sceptiques en 007, sa partenaire marque aussi les esprits sous les traits de Vesper Lynd, dont le traitement rappelle vite celui de Tracy di Vicenzo, jusque dans son destin tragique.

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Vesper Lynd (Eva Green), l’héritière de Tracy di Vicenzo

Mandatée pour surveiller l’argent avec lequel Bond tentera de contrecarrer les plans du Chiffre (Mads Mikkelsen) lors d’une partie de poker, elle résiste dans un premier temps à ses charmes mais tous deux finissent par tomber amoureux l’un de l’autre et, à ses côtés, 007 renoue avec une tendresse qu’on ne lui connaissait plus vraiment, comme lorsqu’il vient la réconforter sous la douche, alors qu’elle est encore sous le choc après avoir assisté à un combat mortel entre le héros et des criminels. Comme Tracy avec George Lazenby, Vesper Lynd s’impose comme le premier grand amour de l’ère Daniel Craig, celle qui a réussi à percer sa carapace de machine à tuer, ce qui rend sa trahison et son décès, suite à une noyade, d’autant plus douloureuses. Contrairement à ce qui s’était passé pendant les années 70, cet événement a eu de vraies répercussions sur les films suivants, qui ont fait de l’espion un héros tragique hanté par cette perte et qui sème la mort partout où il passe : Quantum of Solace débute quelques minutes après la fin de Casino Royale tandis que Skyfall aboutit encore à la perte de l’une des femmes les plus importantes de sa vie, lorsque M (Judi Dench) trépasse.

Et l’ombre de Vesper devrait encore planer sur Mourir peut attendre, dernier épisode porté par Daniel Craig. Un plan de la bande-annonce le montre devant une tombe qui semble être la sienne, et nul doute qu’il y aura des parallèles entre son destin et celui de Madeleine Swann (Léa Seydoux), première James Bond Girl à apparaître dans plus d’un long métrage. Le héros parviendra-t-il à briser cette malédiction en sauvant celle qui paraît liée au méchant Safin (Rami Malek) ? Ou devra-t-il encore faire face à la mort, comme avec Vesper ou Tracy, à qui l’une des affiches du film de Cary Joji Fukunaga fait référence avec ces impacts de balle sur le pare-brise de leur voiture.

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Madeleine, Tracy : même destin ?

S’il faudra patienter jusqu’au 11 novembre pour en avoir le cœur net, cet écho rappelle à quel point Diana Rigg a été une figure marquante de la saga James Bond. Un maillon fort qui a d’abord été vu comme une exception, une anomalie même, que les producteurs ont cherché à corriger pendant plusieurs décennies avant de renouer avec elle grâce au personnage de Vesper Lynd. Plus humaine et tragique, et mise au même niveau que le héros, elle est et reste l’une des meilleures James Bond Girls de la saga, ce que le décès de celle qui l’incarnait n’a fait que nous rappeler un peu plus. Symbole de progrès dans un rôle habituellement sexiste, elle est celle dont l’aura s’est faite ressentir, de façon plus ou moins prononcée, dans les épisodes suivants, celle dont on se souvient du nom, de l’interprète et du destin, celle avec qui les fans ont longtemps espéré renouer. Et à qui nous risquons fort de penser dans quelques mois, que Mourir peut attendre parvienne à l’égaler ou non. Car Tracy est, depuis un demi-siècle, indissociable de l’histoire de 007 sur grand écran.

“Elle a sans aucun doute élevé mon jeu d’acteur” : George Lazenby rend hommage à sa partenaire Diana Rigg

(“Je suis si triste d’apprendre la mort de Diana Rigg. Elle a sans aucun doute élevé mon jeu d’acteur lorsque nous avons tourné Au Service Secret de Sa Majesté en 1968-1969. Je me rappelle de la conférence de presse au Dorchester de Londres, quand j’ai su qu’elle allait jouer ma femme. Nous nous sommes bien amusés sur le plateau, en Suisse et au Portugal. Sa profondeur d’expérience m’a vraiment aidé. Nous étions bons amis sur le tournage. Beaucoup de choses ont été dites sur nos soi-disant différends, mais ça n’était que la presse qui cherchait des choses à écrire. J’étais triste de perdre ma femme à la fin du film. La mort de la Comtesse Teresa di Vicenzo Draco a donné naissance à un moment de cinéma parmi les plus mémorables, il y a 50 ans. J’ai pleuré la mort de ma nouvelle épouse, Tracy Bond. Aujourd’hui, alors que j’apprends la mort de Dame Diana, je pleure encore. Et j’adresse mes sincères condoléances à sa famille.”)



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