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Lucky Luke affronte le Ku Klux Klan dans sa nouvelle aventure


Le dessinateur revient avec Un cowboy dans le coton, son troisième Lucky Luke avec le scénariste Jul. Ils y mettent en scène un marshal noir qui affronte le Ku Klux Klan.

Lucky Luke est de retour avec un nouvel album, Un cowboy dans le coton, toujours dessiné par Achdé et écrit par Jul. Quinze jours avant l’élection américaine, l’homme qui tire plus vite que son ombre s’allie au marshal noir Bass Reeves, ancien esclave devenu une légende de l’Ouest.

Ensemble, ils affrontent le Ku Klux Klan dans une aventure où Lucky Luke découvre l’esclavage dans les Etats du Sud des Etats-Unis. Héritier d’une plantation de coton, il décide de s’en séparer et de l’offrir à des Noirs, mais se heurte aux vieilles coutumes du Sud…

À l’occasion de la sortie ce vendredi 23 octobre d’Un cowboy dans le coton, Achdé en raconte l’histoire, commente les clichés racistes de la série et évoque sans langue de bois les difficultés rencontrées pour terminer à temps l’album.

La couverture du prochain album de Lucky Luke
La couverture du prochain album de Lucky Luke © Éditions Dargaud

Vous vouliez parler depuis longtemps de ce Bass Reeves dans Lucky Luke?

Je l’ai découvert il y a des années. Il est assez peu connu des historiens, mais c’est vraiment le héros comme on peut l’imaginer dans l’Ouest, avec un destin invraisemblable. Il est né esclave. Il s’est émancipé en s’échappant. Il s’est réfugié dans deux tribus indiennes, qui l’ont adopté. Ensuite il s’est marié et a eu sept enfants. Il est repéré comme quelqu’un d’intègre et le juge fédéral le nomme marshal adjoint. Il fait plus de 3.000 arrestations. C’était un tireur d’élite. C’était un Lucky Luke noir!

Pourquoi avoir attendu autant de temps avant de raconter son histoire?

Il y a tellement d’aventures que l’on peut traiter! Jul avait envie de parler de l’esclavage. Ça collait. C’est très compliqué de parler de l’esclavage en tant que tel. Là où Jul a bien joué, c’est avec cette idée d’héritage: le destin tombe sur Lucky Luke, et il se retrouve dans les ennuis sans les avoir cherchés. Pour la première fois de sa vie, il n’est pas confronté à un méchant physique, mais à un courant d’idées qui touche toute une population. C’est difficile pour lui. Bass Reeves est le personnage de l’album qui a le plus les pieds sur terre, car lui a connu l’esclavage. Il sait ce qui attend Lucky Luke.

Bass Reeves, le cow-boy noir au centre du nouvel album de "Lucky Luke", "Un cowboy dans le coton"
Bass Reeves, le cow-boy noir au centre du nouvel album de “Lucky Luke”, “Un cowboy dans le coton” © Dargaud

Pour la première fois, Lucky Luke doute.

Jusqu’à présent, il a toujours été le parfait héros hollywoodien. Tout a été très facile, avec deux camps, celui du bien et celui du mal. Tout d’un coup, il est confronté à des gens de couleur qui se méfient de lui lorsqu’il veut leur donner sa plantation. Il ne comprend pas. On sent son désarroi dans une scène où je le dessine enfoncé dans un fauteuil trop grand pour lui…

Vous avez dû dessiner Bass Reeves en respectant le graphisme de Morris tout en le modernisant pour éviter les traits caricaturaux et racistes que l’on pouvait trouver dans un album comme En remontant le Mississippi

J’ai répertorié toute l’imagerie des gens de couleur dans l’œuvre de Morris. Ce n’est pas aussi simple que ça. Ce qui est le plus choquant, c’est le fait de colorer les lèvres en rouge. Il y avait cette imagerie populaire issue des lois Jim Crow [qui institutionnalisent la ségrégation des Noirs aux Etats-Unis, NDLR], avec le Blanc grimé en Noir [ce qu’on appelle la “blackface”, NDLR]. La première chose que nous avons faite avec le coloriste a été de colorier les lèvres comme elles sont dans la réalité: avec une couleur similaire à celle de la peau.

Certains dessinateurs américains ont été très étonnés qu’un héros de l’envergure de Lucky Luke ose affronter frontalement le Ku Klux Klan…

On a traité un sujet sérieux pas trop sérieusement pour dire que Lucky Luke pouvait aussi aborder ce sujet. Avec Jul, on est assez fier d’avoir osé s’y frotter. Mais je le répète: un, je ne suis pas donneur de leçon ; deux, je ne fais pas une étude universitaire – je fais un album de Lucky Luke! On s’amuse. Les Dalton sont là aussi pour désamorcer tout cela. Pendant tout l’album, ils sont persuadés que le Klan est une tribu indienne et que les Cajuns sont des Mexicains. Même au travers de petits moments plus dramatiques, on apporte un petit éclairage pour un public vaste. C’est ça qui est bien avec Lucky Luke: même si c’est une seule case, elle va toucher des centaines de milliers de personnages. Lucky Luke est un personnage qui grâce à sa popularité va pouvoir faire entrer dans les foyers des petites notions d’histoire que tout le monde a oubliées.

Deux "strips" du nouveau "Lucky Luke", "Un cowboy dans le coton"
Deux “strips” du nouveau “Lucky Luke”, “Un cowboy dans le coton” © Dargaud

Dans une case, Lucky Luke dénonce explicitement “les crimes monstrueux” de l’esclavage. Dans une autre, il sert spontanément la main à un esclave, à la grande surprise de celui-ci, d’ailleurs.

Il était important que Lucky Luke montre qu’il est humain. Je pense que Morris aurait fait la même chose. Il faisait du pastiche de westerns et un western actuel n’est pas un western des années cinquante. Aujourd’hui, un héros peut douter. Il peut se tromper. Les westerns ont désormais un regard critique sur l’Ouest. En regardant Open Range (Kevin Costner, 2004), je me suis dit que je voyais enfin un vrai duel. Il ne faut pas rêver: les mecs se tiraient dessus à moins d’un mètre! Hostiles (Scoot Cooper, 2018) et Les Frère Sisters (Jacques Audiard, 2018) m’ont aussi nourri. J’y pioche des attitudes pour certains personnages de Lucky Luke.

Et qu’avez-vous pris de Django Unchained et son cowboy noir joué par Jamie Foxx?

Rien du tout. Tarantino, pour moi, c’est un très bon dérivatif. [Django] c’est du téléfilm très bien monté, mais c’est bourré de conneries historiques. Les Huit Salopards en revanche est très proche de la réalité historique. Je suis assez fan, mais ce n’est pas une référence visuelle pour moi. Pour cet album, je me suis plus appuyé sur Mississippi Burning, notamment pour la planche avec la croix enflammée du Ku Klux Klan. Il y a une explosion de jaune et de rouge, comme dans le film d’Alan Parker. Pour cette scène, j’ai fait une concession à Jul: la croix enflammée n’existait pas à l’époque. C’est le troisième Klan qui fait ça. Le premier Klan ne faisait pas du tout ça. C’est ce que j’ai dessiné dans l’album: c’était des gens avec des chapeaux ridicules.

Vous n’avez que 44 pages pour raconter votre aventure, mais vous employez beaucoup de grandes cases. C’est un choix osé…

C’est vrai que j’ai modéré les demandes de Jul qui voulait plus de treize grandes cases. Je trouvais que ça faisait trop. On est redescendu à trois grandes cases. Jul est d’abord un dessinateur de presse. Par moment, il imagine l’illustration de la même manière que quand il faisait de la presse – c’est-à-dire: un dessin vaut tout. La difficulté – et j’espère qu’il progressera dans ce sens – c’est qu’un Lucky Luke, c’est une narration au long cours. Les moments de respiration sont importants, mais le découpage l’est tout autant.

Extrait du nouveau "Lucky Luke", "Un cowboy dans le coton"
Extrait du nouveau “Lucky Luke”, “Un cowboy dans le coton” © Dargaud

Bass Reeves va-t-il revenir dans une prochaine aventure?

Je ne sais pas. J’avoue que c’est un personnage qui est attachant. J’aime bien son côté pistolero. Pourquoi pas? Mais tout va dépendre des sujets que l’on va aborder et de l’imagination, que ce soit celle de Jul ou de moi-même. Je pense qu’il faut varier les sujets. Il ne faut pas exploiter un filon. Quand j’ai repris la série [en 2003, NDLR], on s’était arrêté à 24 sujets qui n’avaient jamais été exploités… et d’ailleurs le racisme et l’esclavage en faisaient déjà partie.

Vous avez une liste de sujets à aborder avec Jul?

Moi, personnellement, je laisse Jul décider. Aucun de nous n’étant propriétaire du personnage, c’est un peu compliqué. Le scénariste arrive avec une idée. L’éditeur va décider si c’est approprié, puis il faut obtenir l’aval des ayants-droit. Ce qui est très agréable, c’est que nous avons la confiance de la famille Morris.

Vous pensez avoir combien d’albums de Lucky Luke en vous?

Je ne veux pas m’accrocher à Lucky Luke à 80 ans en faisant des grosses merdes. J’ai toujours dit à ma femme: “Le jour où tu vois que je baisse, tu me le dis, j’essaye de rattraper le coup sur un album, et si je n’y arrive pas, j’arrête.” Je suis très honnête. Tant que je peux dessiner correctement, que j’ai une technique qui me permet de satisfaire l’œil du lecteur et que j’amuse à dessiner, ça va. Le jour où j’en ai marre, j’arrête.

Extrait du nouveau "Lucky Luke", "Un cowboy dans le coton"
Extrait du nouveau “Lucky Luke”, “Un cowboy dans le coton” © Dargaud

Êtes-vous satisfait graphiquement d’Un cowboy dans le coton?

Je suis assez content de mon travail. J’ai eu des défis graphiques que j’ai dû surmonter. Je suis assez fier d’avoir trouvé le découpage de la planche avec les différents portraits de Lucky à travers les âges. Après, je sais que dans un mois je vais me dire, “mais quelle merde j’ai faite”. C’est toujours pareil. Je ne relis jamais ce que je fais.

Vous avez une idée pour le prochain album?

C’est Jul qui doit le faire. J’ai tellement de problèmes de santé que j’assure la promotion, mais je n’ai qu’une envie: me reposer un petit peu. J’ai envie de peindre. J’ai un artbook sur le feu. J’ai un album qui me tient à cœur, transgénérationnel, qui me permettrait de laisser quelque chose à mes enfants. J’avais prévu peut-être de partir un an aux Etats-Unis, parce qu’on m’a proposé de travailler pour des studios en tant que character designer…

Vous arriveriez à faire tout ça en même temps que Lucky Luke?

Vous savez, pour ce Lucky Luke, on a été pris par l’urgence. On m’a quand même imposé des délais cette fois-ci un peu fou. Le scénario a été rendu un peu tard…

Vous l’avez fait en combien de temps?

Sept mois.

Comment avez-vous fait?

En travaillant six jours sur sept et en maudissant mon scénariste et mon éditrice! (rires) Parfois, c’est dur et on est obligé de taper du poing. Pour le reste, on aime tellement la série… C’était un challenge. Les quinze derniers jours, j’ai aidé mon coloriste à faire les couleurs pour qu’on [termine dans les délais], sinon on plantait la sortie de l’album. C’est sans regret, mais je ne recommencerai pas [dans ces conditions]. La bonne durée pour un album, pour moi, c’est neuf mois. C’est un bébé.



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