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“Les filles qui font du rap, ça reste pas mal tabou”



Révélée par Booba grâce à un concours, Tessae se fait peu à peu une place sur la scène urbaine. La Marseillaise de 18 ans parle à un public jeune et chante les affres de son adolescence, pas si éloignée.

Qui peut, à 18 ans, se targuer d’avoir partagé la scène avec Booba? D’avoir généré des milliers de vidéos sur Tik Tok grâce à l’un de ses premiers singles? De pouvoir compter sur une communauté de fans avant même d’avoir sorti un album? Tessae, jeune Marseillaise qui rappe, chante, et s’impose peu à peu sur la scène urbaine depuis un an.

Ces derniers mois, cette nouvelle-venue a multiplié les singles, portés par des clips où elle laisse libre court à sa bizarrerie et sa noirceur. Son univers, elle le défend avec l’EP Printemps, sorti vendredi. Trois autres suivront, un pour chaque saison. Tessae y parle de ses démons, de ses craintes, de sa scolarité compliquée, mais aussi de ses rêves. Elle y oscille entre angoisse, découragement, et détermination à montrer ce qu’elle a dans le ventre. Exactement comme en interview, où elle fait preuve à la fois d’une humilité rafraîchissante et d’une niaque palpable.

Tout a commencé lors de l’édition 2019 de We Love Green, lorsque la jeune musicienne a accompagné “le duc de Boulogne” sur l’un de ses titres. Le rappeur avait lancé un concours sur les réseaux sociaux: celui qui publierait la meilleure reprise de sa chanson Arc-en-ciel monterait sur scène pour l’interpréter avec lui. C’est Tessae qui l’a convaincu.

À l’époque, elle vient à peine de sortir un premier single, La Luna. À part un petit groupe d’initiés, qui regarde ses vidéos de reprises sur le web, personne ne la connaît : “C’était ouf”, se souvient-elle en visio-interview, installée sur un canapé de l’appartement de ses parents. “C’était stressant quand même, mais c’était ouf.”

“La petite fait pas du rap”

Car encore aujourd’hui, le stress, il faut savoir l’apprivoiser, lorsqu’on est une jeune fille qui se lance sur la scène urbaine: “La petite fait pas du rap, elle fait juste des lalala”, chante-t-elle par exemple sur le morceau Purple Rain. Comme une réponse à ceux qui considèrent l’absence de chromosome Y comme un désavantage:

“On me mettait souvent en garde quand j’ai commencé, on me disait ‘Attention, t’es une fille qui fait de l’urbain, tu sais que tu vas te prendre des remarques’. Ce n’est pas forcément bien vu. Parfois, ça m’arrive aussi d’avoir des petits retours comme quoi c’est éclaté ce que je fais, parce que je suis une meuf (…) “Ca reste quand même pas mal tabou comme sujet, les filles qui font du rap.”

Alors, Tessae compense avec une assurance à toute épreuve. Une verve conquérante, presque menaçante, qui transcende ses textes: “Je ne suis pas un détail, je serai le niveau final”, prévient-elle, toujours dans Purple Rain. “Je vais graver mon passage sur la Terre et repartir en reine, être validée”, déclare-t-elle également dans Panthéon, sorti fin mars.

De l’aplomb, certes, mais aussi un peu de méthode coué: “Si moi-même je ne crois pas en ce que je fais, je me mettrai toute seule des bâtons dans les roues et je me fermerai des portes. Donc même si je peux avoir du mal à croire en moi, je me force quand même. Penser positif attire le positif; au bout d’un moment, ça finit par rentrer”, lâche-t-elle dans un rire.

La marginalité en étendard

Ce manque de confiance aussi, elle l’assume volontiers dans ses textes. Notamment dans son dernier single, La Flemme: “Tu te mets la pression sur un truc parce que tu galères à le faire, et tu rentres dans un cercle vicieux”, explique-t-elle. “Tu stresses tellement que tu n’as pas envie de le faire, mais du coup tu t’en veux de ne pas le faire. C’est ce truc-là. Une peur de l’échec, ou de la réussite…”

Celle qui se définit comme “une meuf qui de base n’est pas trop confiante” revient de loin: ses années collège ont été marquées par du harcèlement scolaire, dans les couloirs comme sur le web. Assez vite, Tessae développe une phobie scolaire, qui se mue en phobie sociale et en crises de panique.

Aujourd’hui, ces expériences nourrissent sa musique. Elle s’adresse aux jeunes qui, eux aussi, connaissent la marginalité: “J’ai tellement voulu rentrer dans le lot et j’ai été tellement jugée parce que je n’y étais pas dans les années collège, que maintenant j’assume le côté décalé que je peux avoir et j’essaye de le montrer à fond (…) Je sais que dans ma communauté il y a beaucoup de personnes qui sont en phobie scolaire, ou qui sont en dépression, donc dès que je parle de ça j’essaye toujours de mettre un petit côté positif (…) pour montrer qu’on peut quand même réussir, même si on a l’impression d’être au fond.”

Cette bizarrerie assumée lui vaut déjà le label de “Billie Eilish française”. Qui la ravit, mais qu’elle nuance: “Billie Eilish est un modèle, parce qu’elle se fout du regard des autres et qu’elle tire les autres vers le haut grâce à ça. Mais je ne veux pas être une copie; je suis une artiste et le but, c’est d’avoir mon propre univers.”

Le web, berceau des jeunes talents

Ses fans (ou plutôt sa “commu’”, comme elle les appelle), sont réceptfs à cette atmosphère. Depuis ses débuts, Tessae est portée par les réseaux sociaux. D’abord par un heureux hasard, lorsque la tik tokeuse Lenna Vivas (2,6 millions d’abonnés) tombe amoureuse de son morceau Bling. Elle lance alors le Bling Challenge, qui consiste à recréer une chorégraphie sur le refrain. Ce qui a généré des milliers de vidéos.

Le phénomène a encore pris de l’ampleur pendant le confinement, avec une initiative de la chanteuse, intitulée Ad Vitam. Tessae demande à ses fans de lui raconter un souvenir, accompagné du nom de leur artiste préféré. Lorsque celui-ci l’inspire, elle en discute avec eux par message privé et crée une chanson spécialement pour eux, en reprenant le style de l’artiste mentionné. Première fois ratée, perte d’un parent, anorexie, transphobie ; Tessae évoque ces sujets inspirés directement par son public, sur des instrus qui rappellent celles de Bigflo et Oli, Lujipeka ou BTS.

“(Avec le confinement), j’avais peur de perdre le lien que je commençais à avoir avec la communauté, alors j’ai voulu trouver un truc qui me permettait d’être en contact avec eux et de les faire participer”, explique-t-elle. “Plus jeune, quand j’écoutais de la musique, je m’identifiais à beaucoup de chansons d’artistes et j’aurais aimé pouvoir avoir une interaction comme celle-là avec eux. Je me suis toujours dit que si j’arrivais à faire de la musique, j’aimerais créer un lien assez fort où je peux faire participer ma communauté.”

Et l’engouement se poursuit. Depuis la sortie de Printemps, Tessae n’a eu “que des retours positifs”: “Ça fait super plaisir, et ça donne un petit boost dans ma confiance. Du coup j’ai très hâte de sortir la suite.” Et de retrouver la scène après le confinement qui a mis tous ses projets en pause : “Dès que ça reprend, je cours sur n’importe quelle scène disponible”, rigole-t-elle. “Parce que ça me manque trop.”



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