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“Le Pays Basque ressemble aux paysages de Miyazaki”


La dessinatrice est de retour, sept ans après La Tectonique des plaques. Elle raconte pourquoi il lui a fallu prendre du recul, sa joie de faire enfin une “vraie” BD et comment Miyazaki a peut-être inventé le Pays Basque.

Célèbre illustratrice aux plus de 290.000 abonnés sur Instagram, Margaux Motin fait son grand retour en bande dessinée, sept ans après le succès de La Tectonique des plaques, vendu à 150.000 exemplaires. Elle a sorti le 7 octobre Le Printemps suivant, son premier véritable album de BD conçu dans les règles de l’art, sans s’appuyer sur son blog et avec l’aide d’une vénérable maison d’édition, Casterman, où Hergé, Bilal et Tardi sont édités.

L’illustratrice reprend son personnage, une version fictionnelle d’elle-même, pour raconter les affres de son quotidien. L’album s’ouvre sur un conflit et une réplique – “Je le sens vraiment, vraiment pas” – qui sonne presque comme l’aveu de son angoisse avant de se lancer dans ce qui est pour l’instant l’album de BD le plus important de sa vie.

“C’est marrant, je me suis dit l’inverse. J’ai senti que c’était vraiment, vraiment par là que je devais passer. Cet album est une manière de relever un nouveau défi artistique”, explique Margaux Motin, avant d’ajouter: “Plus qu’une certitude, c’était un élan. Cette phrase est liée à la trajectoire de ce personnage, qui bien sûr est reliée à ma vie et à moi-même. C’est une phrase que je dis souvent. J’aime bien fonctionner au feeling. Je le sens ou je ne le sens pas. C’est génial et ça a ses limites en même temps.”

"Le Printemps suivant", la nouvelle BD de Margaux Motin
“Le Printemps suivant”, la nouvelle BD de Margaux Motin © Casterman

Margaux Motin a senti qu’elle devait prendre du recul par rapport à la BD ces dernières années, pour se concentrer sur sa carrière d’illustratrice et sa vie de famille. “La vraie vie a pris du temps”, acquiesce-t-elle. Elle s’est installée dans le Pays Basque avec son compagnon Pacco et leurs deux filles, puis a quitté le bord de mer pour la campagne. Il a fallu apprendre à vivre tous ensemble, et redécouvrir la vie au vert.

“J’ai grandi à la campagne et cette vie a été mise entre parenthèses pendant mes années parisiennes”, explique-t-elle. “Quand on s’est installés dans cette maison à la campagne, et que j’ai de nouveau eu accès à un jardin, à une pelle, à des bottes et à un bout de forêt, une bonne partie de mon temps est partie là-dedans.”

Vivre pour créer

Puis l’envie de faire une BD, une vraie, avec des cases, est venue: “Il est possible que le fait de vivre autre chose soit lié à l’envie de créer autrement”, confirme-t-elle. Jusqu’à présent, elle n’avait jamais réalisé de BD. Ses livres étaient toujours des adaptations de blogs ou des recueils d’illustrations. Se lancer dans cette entreprise, “passées les deux-trois premières planches de storyboard où [elle n’était] pas complètement à l’aise”, a été “très exaltant”, se souvient-elle. Elle s’est pliée au jeu de la BD classique, réalisant même des pages de garde, comme dans les albums de Tintin.

“J’ai toujours aimé les pages de garde et je dois avouer que ma référence en la matière c’est Les Schtroumpfs. Quand j’étais petite, avant de lire un album, j’aimais ouvrir les pages de garde et bouger un peu le livre, parce que comme le rouge et le bleu sont complémentaires, ça vibrait et les petits Schtroumpfs avaient l’air de bouger sur les pages. Je trouvais ça magique.”

Dessiner lui prend beaucoup plus de temps que son trait simpliste le laisse supposer: “On croit que c’est rapide, parce que c’est efficace et simple, mais en fait c’est comme de l’artisanat: ça prend énormément de temps, parce que c’est une succession de gestes précis.” Avec son débit de mitraillette et ses personnages survoltés, Margaux Motin prêche pour la décroissance. Le Printemps suivant propose des scènes bucoliques, en noir et blanc, loin de son style habituel, pour ralentir la lecture d’un récit sinon fort dynamique.

Un extrait de la BD de Margaux Motin "Le Printemps Suivant"
Un extrait de la BD de Margaux Motin “Le Printemps Suivant” © Casterman

Elle a aussi appris que la solitude de l’autrice de BD est loin d’être une sinécure, et a pu compter sur le soutien de son compagnon, lui aussi bédéiste: “J’ai longtemps cru que je devais faire les choses toute seule pour que ça ait de la valeur. J’ai mis du temps à comprendre que c’est hyper précieux de travailler en équipe, avec quelqu’un qui a les mêmes objectifs que vous, qui est capable de vous aider à sortir le meilleur de vous-même et de vous apporter tout ce qui vous manque.”

Un luxe

Pendant sept ans, même si elle pouvait s’exprimer à travers ses illustrations sur les réseaux sociaux, la sensation de raconter une histoire au long cours lui manquait: “J’ai été vraiment heureuse quand j’ai pu entamer le processus de création. J’étais hyper contente de pouvoir enfin avoir le temps de raconter, de laisser mûrir des histoires.”

Elle fait partie de ces autrices qui ont besoin de vivre d’abord pour raconter ensuite. “J’ai besoin de vivre, de digérer ce que j’ai vécu et une fois que j’ai digéré, je peux écrire, parce que je n’aime pas être au premier degré des émotions. J’ai besoin de les avoir comprises pour pouvoir en rire. Pour pouvoir faire une comédie, il faut d’abord que j’aie essuyé le drame.” L’autobiographie déguisée lui semble plus fiable que la pure fiction. “J’aime les récits autobiographiques, parce que j’aime utiliser ce qui se passe dans ma vie, en ressortir ce qu’il y a de plus universel pour pouvoir parler au plus grand nombre de lectrices.”

Un luxe, à une époque où un tiers des auteurs de BD vit sous le seuil de pauvreté. “J’ai beaucoup de chance. Quand je ne fais pas de livres, je vis de mon travail d’illustratrice. Ça m’offre ce luxe de ne jamais être pressée de sortir un livre. C’est pour ça aussi que je ne dessine pas aussi vite mes BD.”

“Le Pays Basque, on se croirait dans Ponyo sur la falaise”

Elle a son personnage fétiche, qui s’est construit au fil des années, et a noué un lien fort avec ses lectrices. Elle a comme signe distinctif deux traits sur le bras droit, comme Margaux Motin. Un tatouage vieux de vingt ans, inspiré par une réflexion de sa mère.

Souvent comparé à celui de Pénélope Bagieu, son style graphique est mâtiné de Claire Bretécher (pour les attitudes corporelles) et de Disney (pour les visages). “J’ai toujours dessiné les personnages de manière cartoonesque et synthétique. Ça me plaît et je n’avais aucune envie de remettre ça en cause [pour cet album].”

Après sept ans loin de la BD, Margaux Motin a eu envie de changer. Pour les décors, elle s’est laissée “attraper” par sa passion pour les films de Miyazaki. “Il fallait que je dessine le moindre brin d’herbe! Le dessin de végétaux est très relaxant. Je peux y passer des heures.”

Un extrait de la nouvelle BD de Margaux Motin, "Le Printemps Suivant"
Un extrait de la nouvelle BD de Margaux Motin, “Le Printemps Suivant” © Casterman

On retrouve dans Le Printemps suivant une omniprésence de tons verts et bleus, comme dans Kiki la petite sorcière ou Mon voisin Totoro: “Le Pays Basque ressemble aux paysages de Miyazaki”, s’extasie la dessinatrice. “On se croirait dans Ponyo sur la falaise. C’est très inspirant.”

Comme dans un film du maître de l’animation, le printemps suivant, “c’est la renaissance, la possibilité de changer. C’est la confiance dans le cycle, que les beaux jours reviennent. Toujours.” Une suite est prévue, pas au printemps prochain, mais dans deux ans: “Ce sera un printemps dans nos cœurs”, promet-elle.



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