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le Marsupilami méconnaissable, dans une nouvelle BD sombre et réaliste


Le dessinateur Frank Pé et le scénariste Zidrou revisitent de manière inattendue la célèbre créature de Franquin pour dénoncer la maltraitance animale.

Aucun autre héros classique de la BD franco-belge, jusqu’à présent, n’a connu un lifting aussi radical. Personnage tout en rondeur et figure adorée des enfants, le Marsupilami revient sous une forme réaliste le temps de La Bête (Dupuis), un album imaginé par Frank Pé (dessin) et Zidrou (scénario).

L’histoire reflète les considérations écologiques de ses auteurs et dénonce la maltraitance animale. Capturé par des trafiquants d’animaux exotiques, le Marsupilami débarque blessé dans le Bruxelles du début des années 1950. À l’agonie, la bête est secourue par un jeune garçon, François, qui va le soigner et prendre soin de lui.

Le Marsupilami de Frank Pé et celui de Franquin
Le Marsupilami de Frank Pé et celui de Franquin © Le Marsupilami par Frank Pé – Spirou et Fantasio par Franquin © Dupuis 2020

D’ordinaire, le Marsu fait rire, avec sa queue qui se transforme en poing, ses “houbas” et son amour des piranhas. Dans La Bête, il fait pleurer les lecteurs pour la première fois depuis sa création par Franquin dans Spirou et les Héritiers (1952). Les visions de son corps décharné, à l’abandon, sont inoubliables – et du jamais vu pour un héros de cette trempe.

Le Marsu, plus proche de l’ours que du singe

L’envie de mettre en scène un Marsupilami alternatif remonte à 2013. Dupuis vient de racheter les droits à Marsu Productions et ignore quel destin offrir au personnage. Auteur de BD spécialisé dans le dessin animalier, Frank Pé se lance “par jeu, par curiosité” le défi d’imaginer “à quoi pourrait ressembler le Marsu s’il était un vrai animal”.

Frank Pé consacre un mois à trouver l’apparence “réaliste” de son personnage. Il se pose des contraintes et refuse de lui donner une tête ovale et un gros nez noir. Il s’inspire donc de l’ours malais, plus petite espèce d’ours dotée d’un poil très fin et d’un crâne très allongé vers l’arrière.

La main décharnée du Marsupilami réaliste de Frank Pé
La main décharnée du Marsupilami réaliste de Frank Pé © Dupuis

Frank Pé réalise des croquis très poussés de l’anatomie (musculature, squelette, etc.) de son Marsu: “La difficulté était de passer d’un dessin humoristique, où tout est rond et gentil, à un style plus réaliste qui ferait croire au lecteur que cet animal existe dans la nature”, commente-t-il.

“Une sorte de Frankenstein marsupilamesque”

“Ce n’était pas évident, car aucun animal n’a une tête pareille!”, ajoute Frank Pé, qui a renouvelé pour l’occasion son style graphique. “Il a fallu trouver des référents, et faire coller ces morceaux de corps ensemble. C’est un sorte de Frankenstein marsupilamesque! – sauf que le mien est beaucoup plus sympa que la créature de Frankenstein!”

“La grande difficulté, ce sont les yeux”, complète le dessinateur, qui prépare également un livre de biologie sur le Marsu. “Franquin dessine les yeux du Marsu très grands, très expressifs, avec des sourcils humains. J’ai changé ça en en faisant des yeux de félin. Il a un masque avec des taches sur le front. Il a de petits yeux, avec une zone blanche autour, comme chez les tigres.”

“Frank Pé voulait une vraie bête, qui sente mauvais, qui ne rigole pas, qui se comporte mal”, dit Zidrou, dont un des albums préférés est Le Nid du Marsupilami de Franquin. Le duo a résisté à la tentation de faire un usage humoristique de la queue du Marsu: “C’est tellement chouette de voir cette queue qui se transforme en poing, en crochet, en point d’interrogation, mais on se l’est interdit. On a voulu l’utiliser comme élément naturel.”

Le Marsupilami réaliste du dessinateur Frank Pé
Le Marsupilami réaliste du dessinateur Frank Pé © Dupuis

“C’est une trahison amoureuse”, ajoute le scénariste. “Frank comme moi sommes immensément admiratifs d’André Franquin, qui est un des plus grands artistes, tout art confondu, du siècle passé. On doit imposer notre regard tout en rendant hommage à ce qu’il nous a permis de ressentir comme lecteur.”

“Ce qui était important pour nous était de nous emparer du Marsu sans complexe par rapport au modèle”, dit Frank Pé. “Une reprise doit être faite de la manière la plus personnelle possible, parce que c’est ainsi qu’on peut lui injecter quelque chose d’intime, de profond, de vrai. Le Marsu, pour moi, c’était un animal qu’on avait envie de serrer contre soi et de ne plus quitter. C’est l’ami idéal.”

Référence à E.T.

Pour La Bête, Zidrou s’est inspiré d’E.T., le classique de Steven Spielberg: “C’est un film sans méchant, avec une narration destinée à un public familial, qui peut être compris à tous les âges et où chacun pourra trouver son compte.” On retrouve dans La Bête, comme dans E.T., l’amitié indéfectible qui unit un garçonnet à une bête venue d’ailleurs.

Comme dans Alien, le Marsupilami apparaît très peu dans la première partie de La Bête. Frank Pé suggère sa présence. Il se contente de dessiner son museau, sa main décharnée, avant de dévoiler en entier son corps à l’agonie: “Il fallait tout de suite installer quelque chose de radicalement différent”, explique-t-il.

Le Marsupilami réaliste du dessinateur Frank Pé
Le Marsupilami réaliste du dessinateur Frank Pé © Dupuis

Présentée sur une double page située au milieu de l’album, cette image met en scène le Marsupilami tel la Pietà de Michel-Ange. Son corps est épuisé, sale, puant mais il y a toujours l’étincelle de vie en lui. Cette scène est le point de bascule du récit, vers la lumière – et un second album annoncé comme le retour du Marsu à la joie de vivre.

Le gros plan de la main décharnée de l’animal reste la case la plus marquante de l’album: “J’aime dessiner les mains. Elles sont si expressives… Un animal entre la vie et la mort exprime quelque chose de tellement fort. Heureusement il va s’en sortir…”, annonce Frank Pé. Mais il faudra attendre deux ans pour découvrir de quelle manière.

La Bête, Frank Pé et Zidrou, Dupuis, 156 pages, 24,95 euros.



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