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“Le Fabuleux destin de Madame Petlet”, ou comment Maïté a tenté de devenir une star de cinéma


La comédie française dans tous ses états (3/10) – Cet été, BFMTV vous emmène dans les coulisses de comédies cultes, insolites ou ratées. Aujourd’hui, Le Fabuleux destin de Madame Petlet de Camille de Casabianca.

1994. Marie-Thérèse Ordonez, dite Maïté, est une star du petit écran depuis maintenant une décennie grâce à La Cuisine des Mousquetaires, l’émission culinaire qu’elle anime avec Micheline Banzet. Alors âgée de 56 ans, elle se lance dans un nouveau défi: le cinéma. Fini, les dégustations sensuelles d’ortolan et les anguilles pilonnées: l’animatrice décroche le premier rôle du Fabuleux destin de Madame Petlet, comédie de Camille de Casabianca avec Jean-Pierre Darroussin, Michèle Laroque et Gérard Hernandez.

Maïté incarne Jeannine Petlet, une femme du Sud-Ouest montée à Paris pour travailler comme nourrice chez une scénariste de télévision. En panne d’idées, celle-ci finit par s’inspirer de la vie de son employée pour écrire une série à succès. L’ambition de cette comédie sociale, qui sort sur les écrans en juillet 1995, est d’évoquer la naissance de la télé-réalité et les pressions du monde du travail sur les femmes:

“Je venais d’avoir un enfant. J’étais soumise à ces pressions de la femme moderne entre son travail et son désir de vie familiale. La télé-réalité commençait également aux Etats-Unis et c’était assez peu répandu en France. Ce qui m’avait frappée, c’était que la vie personnelle des gens devenait un spectacle pour tout le monde.”

"Le Fabuleux destin de Madame Petlet" avec Maïté
“Le Fabuleux destin de Madame Petlet” avec Maïté © Les Films du Losange

Pour la réalisatrice, fille du grand cinéaste Alain Cavalier, Madame Petlet est moins une satire de la télévision qu’une œuvre à dimension sociologique: “C’est une comédie qui parle de la manière dont les femmes des classes populaires sont exploitées par les médias et leurs employeurs de la classe moyenne. C’est un film sur la manière dont on veut s’approprier la vie des gens pour faire du commerce. Et à la fin, c’est ce qu’on raconte dans le film, les gens font la révolution. Je ne dis pas que Madame Petlet est Che Guevara, mais enfin… j’aime bien les films qui ont quelque chose à dire!”

Balasko refuse, Maïté entre dans la danse

Trouver l’interprète de Madame Petlet ne fut pas facile. “Une fois que mon producteur m’a dit qu’il me fallait une star, je ne voyais pas qui prendre”, se souvient Camille de Casabianca. Elle contacte Josiane Balasko, mais celle-ci est occupée par sa nouvelle réalisation, Gazon Maudit, et ne veut “pas du tout jouer une grosse dame de la campagne”. Elle finira pourtant par en jouer une sept ans plus tard, dans Un crime au Paradis.

La recherche continue et c’est la directrice de casting qui met Camille de Casabianca sur la piste de Maïté. Les deux femmes se parlent au téléphone et l’animatrice lui envoie le bêtisier de son émission de cuisine en guise de bande démo. La réalisatrice descend alors dans “son rade du Sud-Ouest” pour faire plus ample connaissance. L’entente est immédiate. Maïté la suit à Paris pour faire des essais: “Ce n’était pas mal. On a refait des essais et je me suis décidée.”

Michèle Laroque et Jean-Pierre Darroussin complètent la distribution. Un choix que la réalisatrice a eu dû mal à imposer: “On me disait que Darroussin n’était pas beau, qu’il n’était pas sexy. Je leur disais qu’ils allaient bien voir! Ce qui est bien avec lui, c’est qu’il a un ton un peu décalé, une sorte d’ironie un peu tendre. Michèle Laroque a quant à elle vraiment le tempo de la comédie. Elle n’hésite pas. Souvent les acteurs français veulent rendre leur personnage plus sympathique, plus humain. Elle non.”

“Je demandais à Maïté d’arrêter de faire la cuisine entre les prises”

Le tournage n’est pas de tout repos pour Maïté, qui doit suivre son texte à la virgule près. “Elle, c’était difficile. Elle avait un coach. Elle apprenait. J’avais l’habitude de faire des plans séquences et là j’ai dû vraiment beaucoup découper [les scènes]”, raconte Camille de Casabianca. “J’avais écrit au début dans le dossier de presse: “Elle est tellement juste dans le film. On oublie le travail.’ Finalement, je n’ai pas utilisé cette phrase, car je ne voulais pas non plus révéler combien on avait peiné pour arriver au résultat.”

Camille de Casabianca et Maïté dans "Le Fabuleux destin de Madame Petlet"
Camille de Casabianca et Maïté dans “Le Fabuleux destin de Madame Petlet” © Les Films du Losange

Les prises de vues ont lieu dans le village de Maïté, “avec les gens qu’elle connaissait, qui avaient le même accent qu’elle.” Camille de Casabianca, qui incarne également la scénariste à court d’idées fascinée par la vie de Madame Petlet, travaille sans arrêt et doit gérer un impondérable: Maïté décide de faire découvrir la gastronomie du Sud-Ouest à l’équipe du film. “Elle préparait du foie gras poêlé, des cuisses de canards, des pommes de terre rissolés… Je lui demandais d’arrêter de faire la cuisine entre les prises! On avait tous pris trois kilos”, s’amuse la cinéaste.

Pour le montage, Camille de Casabianca fait appel à Yann Dedet, monteur de François Truffaut (La Nuit américaine) et de Maurice Pialat (À nos amours). Il n’a pas gardé un bon souvenir de cette expérience: “Encore une comédie uniquement comique, qui tourne en rond”, a-t-il jugé dans son livre de souvenirs, Le Spectateur zéro, sorti cette année. Le mixage accumulera tant de retard que Yann Dedet ne pourra pas monter La Garçu, le dernier film de Maurice Pialat.

Un remake par Disney?

Le Fabuleux destin de Madame Petlet sort en salles le 12 juillet 1995. Le film bénéficie à cette occasion d’une affiche pour le moins déconcertante, non validée par sa réalisatrice, où Maïté pose avec un fusil de chasse: “Il y a des codes pour les comédies. Je me souviens, il fallait qu’il y ait un fond blanc…”

La presse est cependant sous le charme du film. “Un scénario irrésistible… Voici un film plein de vies. Et donc, de vitalité”, note Télérama. “Quand le jeune cinéma français redécouvre la comédie avec gourmandise et invention…”, renchérit Le Nouvel Observateur. Même l’animatrice est remarquée pour son travail: “Maïté, une présence généreuse qui crève l’écran”, estime Le Figaro.

Affiche du "Fabuleux destin de Madame Petlet" avec Maïté
Affiche du “Fabuleux destin de Madame Petlet” avec Maïté © Les Films du Losange

La presse internationale repère aussi le film. La critique Lisa Nesselson fait l’éloge de Madame Petlet dans Variety et loue tout particulièrement la composition de Michèle Laroque, qui “réussit son coup en patronne de chaîne intégralement faux-cul”. L’article a contribué à la renommée internationale du film, assure Camille de Casabianca:

“Il y a eu des options pour un remake américain. Avec mon mari de l’époque, on avait cette petite société avec laquelle on avait produit Madame Petlet. Un soir, à onze heures, – c’était pratiquement le jour de la sortie – le téléphone sonne: ‘Hi, this is MGM, we would like to buy the remake rights of your film.’ Le lendemain, je me suis précipitée, il fallait trouver un avocat pour s’occuper de ça! Tout le monde appelait: Walt Disney, etc. Finalement, on l’a vendu à Disney, ce qui est drôle, car le film a été tourné dans ma cuisine! J’ai depuis croisé Lisa Nesselson aux César et je l’ai remercié pour son article.”

Le remake ne s’est pas fait, “mais c’est toujours en cours”, révèle Camille de Casabianca. “J’ai été appelée par un Américain qui veut faire ça au Brésil. C’est un film qui continue à exister.” Si les chiffres en salles n’ont pas été “stratosphériques”, Maïté a tout de même eu le prix d’interprétation au festival de Valence en Espagne et Camille de Casabianca celui de la “cinéaste du XXIe siècle” à New York.

Le film a suffisamment circulé dans le monde pour être rentable: “On a surtout gagné de l’argent avec les ventes à l’étranger. Ça m’a permis d’acquérir l’endroit où je vis actuellement.” Finalement sorti en DVD en 2017, le film est “devenu culte”, assure-t-elle, et continue d’être aujourd’hui projeté par des fans.

> A VENIR, JEUDI 06 AOÜT: “Le Goût des autres”, ou le triomphe de la plume acérée d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri



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