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La comédie américaine a-t-elle disparu?



La comédie US a déserté les cinémas, dépassée par Marvel, et s’épanouit à la TV et sur les plateformes. Plusieurs sorties récentes comme The King of Staten Island et The Climb annoncent un renouveau.

Dans les années 2000, la comédie américaine a connu un véritable âge d’or. Au cours de cette brève période sont sortis plusieurs films désormais considérés comme des classiques. Dodgeball, Présentateur Vedette, Borat, Serial noceurs, 40 ans toujours puceau, Supergrave, Idiocracy, Sans Sarah rien ne va, Les Rois du Patin, Tonnerre sous les tropiques ou encore Very Bad Trip sont quelques-uns de ces films qui ont apporté un nouveau souffle à un genre en perpétuel besoin de sang neuf.

Depuis dix ans, cette source semble s’être tarie. Les talents ont migré vers Netflix, Hulu ou HBO – ou se sont reconvertis, récoltant au passage la reconnaissance de la profession. Adam McKay, le réalisateur de Présentateur vedette, a reçu un Oscar pour The Big Short, Todd Phillips, le créateur de Very Bad Trip, a décroché le Lion d’or de Venise pour Joker et les frères Rosso, auteurs de Toi et moi… et Dupree ont signé le plus grand succès de tous les temps, Avengers Endgame.

Malgré les apparences, la comédie américaine n’a pas complètement disparu. Elle a migré à la télévision et sur les plateformes de streaming – et s’apprête à faire un comeback dans les salles obscures – une fois la pandémie passée.

Plusieurs sorties cinématographiques estivales témoignent de ce renouveau, en offrant une réelle analyse de l’évolution de l’Amérique, quelques mois avant la prochaine élection présidentielle: Palm Springs (comédie romantique avec Andy Samberg, inédite en France), The King of Staten Island (comédie dramatique de Judd Apatow, en salles le 22 juillet), Irrésistible (comédie politique de Jon Stewart, en salles depuis le 1er juillet) et The Climb (comédie douce-amère passée par Cannes et Sundance, en salles le 29 juillet).

The King of Staten Island, relecture fantasmée de l’histoire vraie de Pete Davidson, sur un orphelin de père paumé qui veut donner un sens à sa vie, marque l’aboutissement de la carrière de Judd Apatow, qui cherche depuis 40 ans toujours puceau (2005) à mêler drame et comédie dans des séquences souvent longues où les acteurs, sur fond d’improvisation, doivent révéler leur véritable nature comique.

The Climb réinvente les films d’amitié masculine (bromance), devenus un cliché de la nouvelle comédie américaine. L’intrigue, qui s’étend sur une décennie, tourne autour de Mike et Kyle brisés par les drames de la vie. Le film est un tour de force, rythmé en chapitres et en plans-séquences construits comme des monologues de stand-up dont les chutes sont à la fois cruelles, mélancoliques et burlesques.

Palm Springs, produit par la troupe comique The Lonely Island et porté par Andy Samberg, s’inspire de la formule éculée d’Un jour sans fin pour livrer une comédie romantique existentielle et inventive considérée par de nombreux critiques, dès sa sortie aux Etats-Unis, comme un classique instantané. Cinq ans après son départ du Daily Show, qui lui a permis de devenir une des voix les plus écoutées en politique aux Etats-Unis, Jon Stewart sort Irrésistible, satire sur l’élection présidentielle de 2016 où il dresse un constat amer sur la démocratie américaine.

L’âge d’or des années 2000

La comédie américaine n’avait pas connu d’année aussi faste depuis 2008, considérée par beaucoup comme une des meilleures années du genre, avec les sorties successives de Sans Sarah rien ne va (avec Jason Segel, Kristen Bell et Russell Brand), Frangins malgré eux (avec Will Ferrell et John C. Reilly), Pineapple Express (avec Seth Rogen) et Tonnerre sous les tropiques (de Ben Stiller). Pour comprendre l’excitation que suscite les sorties rapprochées de The King of Staten Island et The Climb, il faut remonter aux années 2000.

A cette époque, la comédie est non seulement la reine du box-office à Hollywood, mais aussi une pépinière de talents. Le public apprend à connaître des personnalités aussi fantasques que Will Ferrell, Seth Rogen, Melissa McCarthy, Kristen Wiig ou encore Jonah Hill, Sacha Baron Cohen et Steve Carell. Des acteurs et des actrices qui font hurler de rire des millions de spectateurs grâce à leurs capacités souvent hors du commun d’improvisation. Les pitreries de Sacha Baron Cohen grimé en Borat ou Will Ferrell réclamant du pain de viande à sa vieille mère dans Serial noceurs sont ainsi devenues cultes.

L’ascension de ce qui a été baptisé la nouvelle comédie américaine a été facilitée par une double révolution technologique: la généralisation du numérique qui permet de tourner davantage qu’avec la pellicule, et le système de montage Avid, qui autorise une plus grande souplesse en post-production. Le procédé fait alors des merveilles notamment dans les films produits et/ou réalisés par Judd Apatow, portés par une nouvelle génération de comiques parfaitement conscients de l’histoire du genre et avides de pouvoir apporter leur patte aux projets qu’ils tournent.

Ces films, qui ont apporté un nouveau rythme à la comédie, où les scènes étaient étirées au maximum pour explorer tous les aspects d’une blague et en révéler au delà du rire la mélancolie, ont durablement marqué l’industrie. Le plus souvent classés “R” (interdits aux moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte), ces films ne brillaient pas toujours par leur mise en scène, mais tous étaient portés par des gags osés qui les plaçaient au centre de toutes les conversations. La scène de Sans Sarah rien ne va, où Jason Segel se fait larguer à la sortie de sa douche, alors qu’il est nu comme un ver, devant la caméra, est un modèle du genre.

La sortie de Funny People de Judd Apatow et de Very Bad Trip de Todd Phillips, en 2009, a marqué l’apogée de ce mouvement. Acclamé comme le film de la maturité de Judd Apatow, Funny People raconte la crise existentielle d’un comique atteint d’un cancer. Cette comédie dramatique de deux heures et demie, lettre d’amour au stand-up, n’a pas rencontré le succès escompté, brisant cinq années de succès quasi ininterrompu pour celui que l’on considérait à l’époque comme le nouveau pape de la comédie. Lorsque le film sort sur les écrans américains fin juillet, il a déjà été rendu obsolète par Very Bad Trip, qui retient des productions Apatow l’humour parfois trash et non leur mélancolie, pourtant la clef de leur réussite.

Le succès de cette comédie potache avec Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis et Ken Jeong est tel qu’il engendre une flopée de films similaires, où des scénarios de plus en plus bâclés attendent d’être compensés par les capacités d’improvisation de stars au bord de l’auto-parodie. Cette mode contribue à l’essoufflement de la nouvelle comédie américaine dans les années 2010, alors même que la majorité des talents (Steve Carell, Kristen Wiig, Jonah Hill, Sacha Baron Cohen, Seth Rogen) la désertent pour s’orienter vers des rôles plus dramatiques et la production.

Malgré quelques réussites indéniables, comme Mes meilleures amies (2011), qui marque le début d’une nouvelle vague d’actrices comiques, la place de la comédie au box-office s’amenuise progressivement, devancée par les blockbusters de Marvel, dont le règne ininterrompu débute avec Avengers en 2012. Hormis Melissa McCarthy (Spy) et Kevin Hart (Mise à l’épreuve), rares sont les stars comiques à maintenir ces dernières années leur attractivité. D’autres ont fait leur apparition, mais n’ont pas réussi à conserver leur place, comme Amy Schumer (Trainwreck) et Tiffany Haddish (Girls Trip).

A ce début de traversée du désert s’ajoute le piratage de Sony avant la sortie de The Interview (2014), la pochade où Seth Rogen doit assassiner Kim Jong-un. La polémique liée au film effraie Hollywood et n’incite pas les humoristes à prendre des risques. Les films qui sortent s’en ressentent, malgré quelques propositions séduisantes, comme Ted (2012), 21 Jump Street (2012) ou Game Night (2018). La comédie “R Rated” disparaît alors des sommets du box-office, remplacée par des œuvres plus familiales et plus consensuelles.

Ces comédies dotées de budgets conséquents et portées par des stars subissent de plein fouet la concurrence de Netflix et de Hulu, alors que les super-héros monopolisent les salles obscures. Lorsque Good Boys, produit par Seth Rogen, s’impose en tête du box-office en août 2019, il s’agit de la première comédie classée “R” à rencontrer un tel succès depuis… avril 2016, date de sortie de The Boss, avec Melissa McCarthy. Entre-temps, Adam Sandler, poid lourd de la comédie US de 1995 à 2014, s’est allié à Netflix pour produire en exclusivité ses comédies, comme Murder Mystery et The Wrong Missy, dont le succès est mondial.

Les nouvelles voix comiques viennent aussi des plateformes de streaming. Netflix prend le relais de HBO en diffusant massivement des captations de stand-up, contribuant à l’émergence de Ali Wong (Baby Cobra) ou Hannah Gadsby (Nanette), notamment. La plateforme finance aussi au prix fort les spectacles de légendes du stand-up (Jerry Seinfeld, Chris Rock) et parvient même à sortir de sa retraite Dave Chappelle.

La comédie vit aussi de beaux jours à la télévision. L’âge d’or des séries, qui débute en 2007, bénéficie à la comédie. Des pépites comme Parks and Recreation, Community, Louie, Rick et Morty, Bojack Horseman, Key & Peele, Girls et Broad City deviennent à leur tour des pépinières de talents. Judd Apatow, qui l’a bien compris, produit plusieurs séries (Girls, Love, Crashing) et recrute les stars de ses films à la TV (Amy Schumer, Pete Davidson).

Contrarié par le coronavirus, ce retour de comédies de qualité au cinéma ne devrait pourtant pas s’arrêter en si bon chemin, après les sorties de The King of Staten Island et de The Climb. Initialement prévu pour les salles de cinéma, puis reporté début août sur HBO Max en raison de la pandémie, An American Pickle, avec Seth Rogen dans un double rôle, devrait confirmer 2020 comme un excellent cru pour la comédie cinématographique américaine.



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