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Jean-Marie Poiré raconte le tournage fou de sa comédie survoltée


La comédie française dans tous ses états (7/10) – Cet été, BFMTV vous emmène dans les coulisses de comédies cultes, insolites ou ratées. Aujourd’hui, Les Anges gardiens de Jean-Marie Poiré.

En 1993, Jean-Marie Poiré est, selon une expression qu’il affectionne tout particulièrement, “le roi du cacao”. Le monde est à ses pieds: Les Visiteurs, qu’il a coécrit, coproduit et réalisé, a cassé la baraque, avec plus de 13 millions de spectateurs. Le succès venant, le fils du producteur Alain Poiré n’est plus un simple auteur de comédies survoltées (Papy fait de la résistance, L’Opération Corned Beef), mais un réalisateur “bankable”, avec lequel tous les producteurs rêvent de s’associer.

Contacté par le Tout-Paris, un seul appel retient son attention: “Claude Berri me contacte un matin et me dit, ‘Je te passe quelqu’un.’ C’était Depardieu. Il me dit qu’il veut faire un film avec moi [et Clavier].” Depuis des années, Poiré accumule les rendez-vous ratés avec lui. Il rêvait déjà de lui confier dans Corned Beef le rôle de La Squale, finalement tenu par Jean Reno.

Très vite, Poiré rêve d’un film policier et fantastique entre la France et Hong Kong, dont il est tombé amoureux avec Christian Clavier pendant la promotion des Visiteurs. Depardieu incarnera le gangster Carco, et Clavier le prêtre Jérôme Tarain (“A.I.N comme pain!”).

Ce projet tombe en réalité à pic pour Poiré et Clavier, son compagnon d’écriture. Il leur permet de laisser mûrir le scénario des Visiteurs 2, entamé depuis le tournage du premier volet (“Je voulais tourner les deux d’un coup, mais les financiers ne m’ont pas suivi”, dit le réalisateur) et de proposer un duo inédit en attendant les retrouvailles avec Jean Reno.

Alors que le projet semble bien embarqué, l’écriture patine. “On a failli laisser tomber”, se souvient Jean-Marie Poiré. “Ça devenait assez mécanique. Je trouvais que ça ressemblait plus à un scénario de Francis Veber qu’à un de mes films, où il y aurait un peu de poésie.” C’est lors d’un séjour en thalasso, entre deux soins, dans une baignoire bouillonnante, que Poiré a une épiphanie: “J’ai vu devant moi mon ange gardien et c’est comme ça que j’ai eu l’idée de les ajouter dans le film.”

Loin de réécrire depuis le début le scénario, Poiré et Clavier décident d’ajouter cet élément fantastique au milieu de l’intrigue, une fois Carco et Tarain arrivés en France, afin de relancer l’intrigue et de justifier pourquoi deux personnages aussi antagonistes restent associés: “On a modifié en fonction de cette nouvelle idée, mais on a quand même gardé le début, qui était marrant. Je pense qu’il faut faire attendre le fantastique”, commente Poiré.

"Les Anges gardiens" de Jean-Marie Poiré
“Les Anges gardiens” de Jean-Marie Poiré © Gaumont

Le réalisateur avait rencontré un problème similaire sur Les Visiteurs. Gaumont avait estimé que les scènes au Moyen-Âge étaient beaucoup trop longues et “que ça commençait à être marrant au monde moderne, au bout d’une demi-heure de film.” Il avait toutefois réussi à imposer sa vision et décide de suivre une nouvelle fois son intuition sur Les Anges gardiens.

“Les Anges gardiens, c’est un film sérieux au départ”

Jean-Marie Poiré, qui a prévu de commencer son histoire avec d’impressionnantes scènes d’action à Hong Kong, aime que ses films commencent “par mettre un grand coup de poing dans la gueule” du spectateur avant de laisser l’intrigue démarrer: “Comme on n’a pas les budgets des films américains en France, Il faut happer le spectateur.” Et Poiré, de ce point de vue, sait comment faire: “Je fais des films qui sont hors des normes. L’important, c’est d’avoir un spectacle. Je me suis toujours battu pour avoir les mêmes moyens et la même qualité que les grands films d’époque.”

Le film est ainsi l’occasion pour lui de s’amuser avec les images de synthèse, dont il confie la réalisation à Médialab, filiale de Canal Plus responsable également des effets visuels des Deux Papas et la Maman (1996) avec Smaïn et Antoine de Caunes et du Clone (1998) avec Elie Semoun et Dieudonné.

Sur un tournage, aucun réalisateur de comédie ne prend des risques comme Jean-Marie Poiré. Les Anges gardiens est le film où son style (mélange des genres, plans serrés en courte focale, montage saccadé) est le plus affirmé: “Je n’ai pas de style. Mon style, c’est l’histoire. Je choisis le style en fonction de ce que je veux raconter. Tout est au service de l’histoire”, affirme-t-il. Pour lui, ses films sont d’ailleurs plus que des comédies: “J’ai toujours dit que ce sont des films qui pourraient être traités sérieusement. Les Anges gardiens, c’est un film sérieux au départ. C’est un type qui meurt, il y a des bagarres, la mafia chinoise, un type fait une saloperie à un curé…”

À Hong Kong, le tournage des courses poursuites en voiture et en bateau se fait sans autorisation. “On pouvait faire des courses poursuites, mais on devait respecter le code de la route! Les cascades avec les hors-bords à fond la caisse ne passaient pas bien. On a été assez mal reçu par les Chinois”, s’amuse Poiré, qui a aussi été viré de Mexico pendant le tournage de Corned Beef.

Au fil des années, l’histoire du tournage hongkongais des Anges gardiens est devenue légendaire – renforcée par un making-of officiel qui force un peu le trait. Dans ce documentaire, Poiré assure qu’une explosion survenue sur le tournage aurait mis en danger un avion qui voulait atterrir. Une dizaine d’années plus tard, il conçoit que la vérité est moins spectaculaire:

“Je pense honnêtement que cette histoire de détournement d’avion est un petit peu exagérée. L’avion allait décoller et il a vu face à lui une grande colonne de feu. (rires) Ils ont eu les jetons, ils ont téléphoné pour nous demander ce qui se passait”, raconte-t-il, avant d’ajouter: “Il y a eu plus de risques avec moi. J’ai failli mourir! Les hors-bords étaient tellement violents qu’à un moment donné ça a tapé et j’ai été expulsé du bateau. J’ai eu la chance que mon cadreur soit un homme terriblement athlétique. Il a réussi à me choper au moment où j’allais partir. Je ne sais pas ce qui aurait pu se passer. On était au milieu des paquebots. Il y avait des requins en plus et je ne nage pas formidablement…”

Jean-Marie Poiré affirme aussi que son équipe avait abîmé une statue de Margaret Thatcher qui devait être inaugurée et a été rafistolée avec les moyens du bord, à temps pour la cérémonie où devait être présente l’ancienne Première ministre britannique. “Elle était [dans mon hôtel] dans la chambre à côté de moi en plus. Je l’entendais ronfler”, assure le réalisateur.

“J’ai cédé au distributeur qui m’a torturé”

Fasciné par l’ambiance de Hong Kong, Jean-Marie Poiré filme sans compter et ressort du tournage avec un premier montage de 2h50, réduit ensuite à 2h05 avec l’aide de sa monteuse Catherine Kelber, dont il loue le talent: “Elle sélectionnait très bien les plans. Elle avait un grand sens de ce qui était drôle. Elle m’a énormément apporté.” Mais leur collaboration était loin d’être un long fleuve tranquille:

“Sur le montage proprement dit, je faisais plus ce que je voulais qu’elle ce qu’elle voulait. Je montais les films plus rapidement qu’elle, ce qui parfois l’agaçait. Elle faisait des raccords merveilleux et j’arrivais en lui disant que je m’en foutais de son raccord, et je le virais! Mais il était plus rare que je trouve une prise plus drôle que ce qu’elle avait trouvé!”

"Les Anges gardiens" de Jean-Marie Poiré
“Les Anges gardiens” de Jean-Marie Poiré © Gaumont

La version de 2h05 des Anges gardiens n’est jamais sortie – et ne sortira jamais, les pellicules avec les scènes coupées ayant été détruites par manque de place, précise Poiré. Ces dix minutes qu’il a été contraint de retirer de son film sont un de ses plus grands regrets: “J’ai cédé au distributeur qui m’a torturé pour que le film soit en dessous de deux heures. Je m’en veux parce que j’ai été beaucoup trop gentil. C’était le moment de mon existence où j’étais une mégastar. Si j’avais dit non, tout le monde se serait écrasé.”

“La version longue des Anges gardiens est un chef d’œuvre”

Connu pour ses montages ultra-rapides, Poiré aurait préféré pour une fois ralentir le tempo: “Le film était très, très rapide. J’aurais aimé qu’il soit un peu plus lent pour la télévision, car la télévision accélère les films. Mais le film a fait 5 millions d’entrées au cinéma, puis un tabac sur Canal et ils n’ont pas voulu que j’y touche.” Les Visiteurs 2 a connu le même destin:

“Il y avait des plans du Moyen-Âge absolument splendides. On a commencé une version longue, qui devait faire vingt minutes de plus, et Gaumont a prétexté qu’il ne trouvait pas ça mieux que la version courte – ce que je ne trouvais pas vrai. Évidemment, ça voulait dire des frais supplémentaires. Il fallait remixer la musique. Mais ce n’était pas des frais gigantesques…”

La sortie en septembre du blu-ray des Anges gardiens n’a pas permis d’exhumer cette version longue, qui contenait selon son réalisateur “des plans de Hong Kong splendides et des respirations: Les Anges gardiens est un chef d’œuvre à 2h05 et il est excellent à 1h53.”



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