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“Je trimballe une mélancolie au fond de moi”


Auréolé du succès de 100% Bio sur France 3, il revient sur la genèse de ce téléfilm, les raisons de l’échec de All Inclusive et ses retrouvailles avec Franck Dubosc pour signer leur Tchao Pantin.

En attirant, le 5 janvier dernier, 4,7 millions de téléspectateurs avec son dernier film 100% Bio, Fabien Onteniente a obtenu un des plus grands succès de sa carrière. L’histoire de Moreno (Didier Bourdon), un boucher du pays basque qui retrouve goût à la vie auprès de son gendre végan, a séduit un large public.

Après la contre-performance de All Inclusive, et l’expérience amère de son tournage, le réalisateur de Jet Set et de Camping dit avoir retrouvé le goût de la mise en scène et entend profiter des années qui lui restent pour montrer “une autre facette” de sa personnalité, loin du gouailleur bon vivant, connu pour ses comédies burlesques et potaches.

Alors que 100% Bio est disponible en replay jusqu’à la fin du mois sur le site de France 3, Fabien Onteniente retrace la genèse de ce film qui devait être joué à l’origine par Christian Clavier, ses déconvenues sur ses précédents films, la suite de sa carrière et ses retrouvailles avec Franck Dubosc pour signer, non pas un quatrième Camping, mais leur Tchao Pantin.

Sur l’affiche de Tom est tout seul, votre deuxième film en 1995, il est écrit: “Quand on est lessivé, c’est bon de se sentir aimé”. Après la contre-performance de All Inclusive (2018) et le succès de 100% Bio, c’est un peu ce que vous ressentez?

C’est pas faux! (rires) Je suis revenu avec un téléfilm plus modeste. Il y avait l’ambition de faire un film en 22 jours. J’ai pris beaucoup de plaisir en tournant avec Didier Bourdon, Catherine Jacob et ces acteurs. Comme disait Johnny, ça m’a redonné l’envie d’avoir envie.

100% Bio était à l’origine un film avec Christian Clavier et Josiane Balasko. Comment est-il devenu un téléfilm avec Didier Bourdon et Catherine Jacob?

Quand j’ai voulu le faire, en 2016, l’époque n’était pas encore à fond sur le bio. Les gens ne voyaient pas trop ce qu’on pouvait faire avec la ruralité. Je l’avais donc mis de côté. Didier Bourdon, lui, entretenait la flamme. C’est quelqu’un qui m’est proche, et comme on a le même agent, je le lui avais fait lire. Il était tombé amoureux du scénario. À chaque fois qu’il y avait des boucheries qui se faisaient attaquer, ou qu’il y avait des événements qui allaient dans le sens du film, il m’envoyait des textos très gentils. Quand j’ai eu l’opportunité de le faire pour la télé, j’ai pensé à lui pour le rôle de Moreno.

Le résultat correspond-t-il à votre vision d’origine?

Non. Le film que j’imaginais à l’époque n’était pas écrit de cette manière. Le personnage de Didier Bourdon avait une femme, qui faisait partie de l’ETA [ndlr: organisation basque indépendantiste]. C’était un peu plus cliché. Là, j’ai passé au tamis le scénario. Je l’ai épuré. J’ai fait du personnage un veuf. J’ai dessiné beaucoup plus sobrement l’ensemble. Je l’aime beaucoup plus comme ça. Il faut du temps pour travailler les choses. C’est comme un beau meuble ou un beau tableau: il faut parfois laisser reposer avant de reprendre. Au cinéma, on n’a pas toujours l’occasion de le faire. Pourtant, c’est ce qu’il faudrait faire.

Pourquoi avoir abandonné la piste de l’ETA?

Le personnage faisait partie d’un réseau tout en étant coiffeuse… Ca apportait tout un tas de complications à cette famille en plus du végan. Le végan n’était pas totalement développé, parce qu’il n’y avait pas encore ce phénomène. La femme était arrêtée, et ça provoquait un schisme trop important dans cette famille. J’avais déjà eu l’idée de la fin où l’homme et la femme se retrouvaient face à la mer et se reconnectaient, mais on passait par des détours beaucoup trop compliqués pour y arriver. Et puis l’ETA, c’est ringard aujourd’hui: ça n’existe plus.

Dans 100% Bio, vous développez davantage que dans vos films précédents la mélancolie de vos personnages.

C’est ça qui est assez terrible [avec mes précédents films]. Je trimballe cette mélancolie au fond de moi. Parfois, c’est un petit peu sous le tapis, comme dans Camping. Dans mes premiers films, c’était plus mis en avant. C’était pratiquement des films d’art et essai. On avait cette joie de tourner et les producteurs nous laissaient faire. Une fois que vous êtes dans la machine, et ça a atteint son paroxysme dans All Inclusive, ça ne plaît pas trop aux producteurs d’aller sur ce terrain de la mélancolie. Avec la télévision, j’ai pu me reconnecter avec cette personne qui fait partie de moi.

Fabien Onteniente avec Didier Bourdon sur le tournage de “100% Bio” © Alain Guizard

Moreno est un nouvel avatar d’un type de personnage que vous adorez, et que l’on retrouve dans John John (People) ou Patrick Chirac (Camping): le fou furieux guidé par une idée fixe. Qu’est-ce que vous aimez dans ce type de personnage?

Ils ne lâchent pas l’affaire. Je rêverais de rencontrer plus souvent [des gens comme ça]. Aujourd’hui, on est guidés par trop d’influences. C’est assez dur de garder ses objectifs absolus. Ce que j’aime, ce sont les fous furieux qui échappent à la machine qui nous broie tous les jours.

Est-ce un autoportrait?

Il y a toujours un peu de soi dans les personnages. Dans le personnage de Didier Bourdon, il y a beaucoup de moi.

Pourquoi s’appelle-t-il Moreno?

Je ne voulais pas qu’il ait un nom basque. Je voulais qu’on puisse se dire, lors de la dispute, que ce n’est pas un nom basque. Ce que j’aime chez les personnages, c’est leurs contradictions. Moreno a des grands principes [sur le pays basque], mais ils sont mis à mal, parce que lui non plus, comme son gendre, il n’est pas tout à fait basque: il est d’origine espagnole.

Didier Bourdon est toujours excellent dans les rôles de personnes saoûles.

C’est vrai. Déjà dans Les Trois Frères… C’est à pleurer de rire. Il le fait très bien, et il va assez loin. Ce qui est bien chez Bourdon, comme chez Depardieu et Dubosc, c’est qu’il n’a pas peur d’être ridicule. Après, je ne connais pas sa cuisine interne. Mais je peux vous dire une chose: il ne vient pas bourré. Il est assez fin dans son interprétation du type bourré. Il est un peu comme mon [Claude] Brasseur: comme il a une plaque émotionnelle très sensible, il lui suffit de peu pour bien décrire les choses.

Sur Twitter, le journaliste Daniel Andreyev a déclaré que 100% Bio est un film sur ‘le drame de la gentrification”. Vous êtes d’accord?

Je n’ai pas été cherché jusque-là, je vous le dis tout de suite. Je suis allé chercher dans mes expériences personnelles. J’ai un endroit que j’aime beaucoup en Corse. J’avais un ostéopathe-marin, qui me soignait dans l’eau. Il avait un peu l’âge du végan. Il m’expliquait qu’il avait fait le tour du monde, qu’il était revenu et qu’il allait mettre en place ses méthodes en Corse. Il avait toute une bande de copains qui avaient décidé comme lui de changer le mode de vie de leurs parents. Il m’a amené dans une boucherie située à une heure et demie d’Ajaccio, et là j’ai vu ce qu’il y a dans 100% Bio. Je puise plus dans mes expériences personnelles que dans des grandes théories pieuses.

"100% Bio" de Fabien Onteniente
“100% Bio” de Fabien Onteniente © Alain Guizard

L’image de 100% Bio est plus métallique et moins clinquante que celle de vos précédentes réalisations. Est-ce l’avènement d’un nouvel Onteniente?

C’est voulu. C’est pour enlever le côté “en plastique”. J’ai voulu faire corps avec mon sujet. J’envoie des signaux: je ne vais pas faire uniquement des films pour le cinéma, mais aussi pour la télé. J’ai envie d’aborder plein de sujets. Je prépare une comédie pour le cinéma, La Vie en verte, sur des Parisiens qui s’installent à la campagne. J’ai aussi Les Enfants des justes, un téléfilm avec Gérard Lanvin et Mathilde Seigner pour France Télévisions, qui va se passer sous l’Occupation. J’ai envie de montrer une autre facette de moi. J’adore les films historiques et je n’ai jamais eu la chance d’en faire.

Vous deviez justement réaliser un drame avec Franck Dubosc en médecin pendant la Seconde Guerre mondiale…

C’est parti de là. Franck a été le détonateur de cette histoire. Il ne pouvait pas être libre cette année, et je devais tourner Les Enfants des justes cette année pour une diffusion en 2022, pour commémorer la Rafle du Vel’ d’Hiv. J’ai donc choisi de le faire avec Gérard. Pour revenir à votre question sur “le nouvel Onteniente”: j’ai envie d’un dernier tiers de vie de réalisateur où je vais là où j’ai envie d’aller. Avec tout ce qu’on vit, le confinement, la pandémie, il y a une telle souffrance que je n’ai pas envie de faire des films avec des couleurs clinquantes en ce moment.

Vous parlez beaucoup de retrouver votre liberté. C’est à cause de ce qui s’est passé avec All Inclusive?

Franck a réalisé son premier film [Tout le monde debout, NDLR]. Il a été beaucoup absorbé par ce projet. On n’a donc pas eu assez de temps pour travailler notre scénario. Tout producteur censé aurait dû nous dire: prenez votre temps. Ils ont voulu mettre tout de suite en branle le film et là je n’ai pas eu le choix.

On aurait pu croire qu’avec le succès de Camping 3 vous auriez les coudées franches pour choisir quand démarrer le tournage de votre film suivant…

Nous aussi, on l’a pensé. Franck et moi, on est sur la même longueur d’onde pour ce film-là. On n’est pas content de nous. Ça arrive. Les cuisiniers ratent des plats. Ça sert de leçon.

Vous le saviez en le faisant?

Je le savais. Je le sentais. La lumière ne me plaisait pas. La machine était trop grosse et je ne maîtrisais pas tout. Et ça, je n’aime pas. Il n’y a pas beaucoup de moi dans All Inclusive. C’est ça qui m’emmerde. J’ai essayé qu’on me retrouve dans 100% Bio, parce que c’est ce que les gens plébiscitent.

En 2013, vous aviez lancé l’idée de créer des États Généraux de la comédie pour relancer l’intérêt du public pour le genre, et éviter de toujours se reposer sur les mêmes acteurs et les suites. Vous avez depuis fait deux films avec Franck Dubosc, dont un Camping.

On n’a pas trop raté nos suites de Camping, et notamment le 3, que j’aime beaucoup, mais il y a un manque d’imagination chez certains producteurs qui veulent toujours vous faire faire le même film: “et si on faisait un film avec Franck Dubosc? Et un film sur les clubs de vacances?” All Inclusive, on l’a fait parce que la mère de Franck va souvent dans ce genre de clubs, notamment à Punta Cana. On s’inspire toujours de nos vies. Si on remonte un peu plus dans le passé, Jet Set 2, c’était une suite que tout le monde voulait. Je me suis laissé avoir, c’est sûr. Jet Set 2, ça devait être la “dé-jetsetisation” dans un camping – on abordait déjà le thème du camping -, mais José Garcia voulait le faire à Ibiza. Comme il était bankable, on a suivi ce chemin-là. Quand vous n’avez plus le joystick, c’est un peu emmerdant.

Vous avez déclaré dans Le Parisien que vous ne deviez pas rater votre prochain film avec Dubosc.

On est tous les deux des gros affectifs. Il y a beaucoup de tendresse entre nous. On va dérouter un peu les gens pour parler de choses qui nous concernent plus dans notre dernière tranche de vie. Il faut que ce soit comme quand on a fait Camping, pour une bonne raison. On va bientôt se voir. On doit quelque chose aux gens qui ont bien aimé notre collaboration.

Ce film, ce sera votre Tchao Pantin?

Oui (rires). Franck peut être déroutant. Je l’avais vu sur Camping 3: il peut faire pleurer. Il y a une phrase d’Henri Calet que j’aime bien: “Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes.” Il est un peu comme ça. Je pense qu’on n’est pas obligé de faire rire à tout prix. Ça ne correspond plus tout à fait à nos envies. On ne peut pas se cacher. Il faut être honnête.

Parlons de vos autres projets: où en sont La Remontada, d’après l’affaire des bijoux de Kim Kardashian, la suite de Trois Zéros et Le Coup du chapeau, le film que vous deviez faire avec Belmondo?

La Remontada sera pour la télévision. C’est une fable des temps modernes où des retraités décident de braquer une reine des réseaux sociaux. La suite de Trois zéros sera sous forme de série, mais ne sera pas entièrement réalisé par moi. J’en serai le showrunneur. Le Coup du chapeau n’a pas trouvé de financement. On avait le soutien de Canal, de la région Île-de-France et il nous a manqué une chaîne en clair. Il avait peur que ce soit trop lugubre avec Belmondo. C’est un rêve qui restera à l’état de rêve.

Vous allez publier le scénario du Coup du chapeau?

On va le publier chez un éditeur, Seguier, avec toutes les photos des repérages. On avait fait beaucoup de choses. On verra le voyage qu’on a fait en Italie, les essayages du chapeau…

Une suite de 100% Bio où Moreno monte à Paris est-elle prévue?

Pourquoi vous dites ça? (rires). C’est quelque chose qu’on doit évoquer avec ma société de production, La Chaussette rouge. J’ai eu des commentaires me disant qu’on avait envie de retrouver cette famille Moreno!





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