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“Je n’ai plus l’âge de faire un album de rap”


Le rappeur et acteur Gringe publie Ensemble, on aboie en silence, un livre évoquant sa vie et celle de son frère schizophrène.

Il est libre, Gringe. Apaisé et plus mûr aussi. Le rappeur et acteur, révélé avec les Casseurs Flowters et son ancien complice Orelsan, publie son premier livre, Ensemble, on aboie en silence, chez Harper Collins, récit autobiographique qui évoque son frère cadet, Thibault, diagnostiqué schizophrène à l’adolescence.

Un récit “libérateur” pour Gringe, qui livre un texte haché et nerveux, chaotique et vibrant. Déroutant aussi, parfois. Car cette histoire à deux têtes quatre mains et plusieurs voix, écrite par Guillaume Tranchant, le vrai nom de Gringe, est entrecoupée de bribes de textes de son frère, et de passages tirés de “discussions-fleuves” avec lui.

Frère adoré et culpabilité

“Pour parler de schizophrénie, je me suis amusé à mélanger les voix, cette idée me faisait marrer, de paumer celui ou celle qui allait le lire”, explique Gringe. Il évoque sa relation compliquée avec ce frère adoré, à qui il a fallu presque arracher sa participation. “Il refusait de s’embarquer avec moi dans ce projet”. Car Thibault ne voulait “rien lâcher, rien raconter”. Il a fallu ruser, l’amadouer pour qu’il accepte de livrer ses textes, dont certains remontent à ses premiers séjours en hôpital psychiatrique.

Détail de la couverture du livre de Gringe
Détail de la couverture du livre de Gringe © Harper Collins

Le diagnostic, la réaction de la famille – “Allons bon, voilà qu’il est fou” – le divorce des parents, et sa vie construite un peu en réaction à la pathologie de son frère: Gringe ne tait rien. Pas même la culpabilité qui ne le lâche pas, ni les “trips” de Thibault, “ses périples, ses visions, ses voyages, ses expériences”.

Il avait déjà évoqué les troubles de son frère dans son premier album solo, Enfant Lune, sorti en 2018. Mais l’expérience avait été moins aboutie, moins libératrice. “Je passais mon temps à touiller au même endroit. Là c’est quelque chose qui me fait du bien, qui est plus léger à porter.”

Comme si en explorant sa vie et celle de son frère à travers des courts chapitres en forme de flashs sur des périodes clés, en revisitant l’enfance et l’adolescence, puis la période Casseurs Flowters, Gringe se débarrassait une bonne fois de cette “seconde peau”, de ce personnage de glandeur patenté. De l’ex-lycéen qui ne “forçait rien”, au jeune adulte dilettante. C’est à cette époque qu’il rencontre Orelsan, à Caen, au tout début des années 2000.

“Je ne concevais pas d’être dans la vie active”

“On traînait dans les mêmes sphères, lui il faisait du roller moi je bossais dans un skate shop. Je faisais un stage de fin d’étude, en IUT de communication, j’avais trouvé une planque chez un pote qui me faisait travailler au black. Je récupérais du fric et je dormais dans l’arrière-boutique. Et je voyais Orel se pointer de temps en temps. On a connecté très rapidement autour du rap, d’un mode de vie très “jeune”, la déglingue, on s’est retrouvé là-dedans.”

Ils sortent une première mixtape en 2004, Fantasy : Épisode 1, et un album près de 10 ans plus tard, Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters. Gringe trimballe ce personnage de procrastinateur allergique au travail et à l‘effort, de Bloqués la pastille diffusée sur Canal+, à Comment c’est loin, film réalisé par Orelsan et Christophe Offenstein, en 2015. Un personnage très proche de lui. “A 35 ans je n’avais jamais travaillé de ma vie. Je ne concevais pas d’être dans la vie active à aucun moment. Je concevais ça comme un fardeau”, lâche-t-il.

Au contact de sa bande de pote qui lui offre un cadre, lui apprend “la rigueur” et “l’envie d’enclencher quelque chose et d’aller au bout”, il se révèle. “Sans eux j’aurais vagabondé, j’aurais été un Vernon Subutex”, assure-t-il.

Mais le succès le fait “vriller”. “Autour de moi, le regard change, les potes, la famille, mon frère surtout. Je ne suis pas assez solide sur mes appuis, je ne suis pas entouré, tout ça va trop vite pour moi. Je pars en couille: c’est les drogues, la culpabilité par rapport à mon frangin, pourquoi ça m’arrive à moi…” Pendant deux ans, il habite ainsi au Novotel au bout sa rue.

“Je me sépare de mon ex-copine, ça fait 9 ans qu’on est ensemble, qu’elle me supporte et c’est chaotique. Je deviens fou quand elle me quitte. Et je vais vivre à l’hôtel au bout de ma rue. J’ai gardé l’appart. Je n’avais même pas l’énergie de le rendre.”

Il parvient pourtant à décrocher, à remonter la pente. Consulte un psy, et se tourne vers le cinéma. Après les Casseurs Flowteurs, il apparaît sur grand écran, sans pourtant se sentir très légitime. “Je ne suis pas acteur”, estime-t-il, malgré les rôles qu’il enchaîne. On le croise d’abord chez Olivier Marchal, dans Carbone en 2017, puis dans Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Éric Métayer en 2018. En 2019 il apparaît dans L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier et enfin dans le très feel good Damien veut changer le monde de Xavier de Choudens en 2019.

“Dans le rap, les codes ont changé”

“Ca fait seulement 4-5 ans que je commence à me projeter dans une vie un peu plus construite, à avoir des envies plus matures. D’avoir mon propre appart, pérenniser les choses. Moins être au jour le jour. J’ai toujours vécu dans l’angoisse que les choses s’arrêtent. Je m’interdisais de me projeter, je foirais mes relations amoureuses. C’était compliqué pour tout, chronophage en terme d’énergie.”

On pense à ces paroles d’Inachevé, titre qu’il interprète avec Orelsan dans Comment c’est loin: “J’ai jamais rien fini sauf ce que j’ai entrepris de gâcher”. Mais cette période de doute est derrière lui. Il assure aujourd’hui traverser de moins en moins phases d’oisiveté, “la vraie oisiveté, ne rien foutre sur mon canapé, gober les mouches, fixer des points sur le mur”. Et a refermé pour de bon la période Casseurs Flowters.

“Avec Orel, c’était une chouette parenthèse dans nos deux vies, on racontait un mode vie révolu, très ado. Je n’ai pas envie de refaire un album de rap, dans sa forme traditionnelle. Je n’ai plus l’âge, je pense, les codes ont changé, c’est devenu vachement jeune ces dernières années. Et j’ai envie d’autre chose”.

A 40 ans, Gringe s’autorise désormais à penser au théâtre, milieu dans lequel il a baigné enfant – sa mère a été comédienne dans une première vie et son père a dirigé des scènes nationales à Cergy, Caen et Sète. “Le théâtre ça m’a toujours terrifié”, livre-t-il, a tel point qu’il a refusé un rôle dans une pièce avec Fanny Ardant, que lui proposait Thierry Klifa (réalisateur de Tout nous sépare). Il a aujourd’hui un projet de série avec le réalisateur de ses clips et songe à “une création scénique qui mélange le rap, le jeu, l’écriture littéraire”. Il veut aussi perfectionner son jeu, suivre des masterclass. Il a bien grandi, Gringe.

Magali Rangin



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