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Iris Brey publie “Sous nos yeux”, guide féministe pour ados sur le cinéma et les séries


L’universitaire et journaliste Iris Brey sort avec la dessinatrice Mirion Malle un livre pour ados qui condense ses idées du Regard féminin, son ouvrage majeur de 2020 sur la représentation du genre et des sexualités à l’écran.

Un an après avoir publié Le Regard féminin, une révolution à l’écran, ouvrage majeur sur la représentation du genre et des sexualités à l’écran, l’universitaire et journaliste Iris Brey revient ce vendredi 2 avril avec Sous nos yeux. Petit manifeste pour une révolution du regard.

Conçu avec la dessinatrice Mirion Malle, ce livre destiné aux adolescents et aux adolescentes, mais aussi à leurs parents, condense et prolonge certaines de ses idées, notamment sur le “regard féminin”, ou “female gaze”, qui consiste à “partager l’expérience d’une héroïne”, à “ressentir les choses avec elle” et à ne plus être dans une position de voyeur.

Couverture de “Sous nos Yeux” de Iris Brey et Mirion Malle © La Ville Brûle

Sous nos yeux est un manuel pour apprendre à regarder le monde qui nous entoure, et pour transmettre “certaines théories qui peuvent parfois sembler trop compliquées, mais que les adolescents et les adolescentes sont totalement capables de maîtriser”, assure la spécialiste:

“La nouvelle génération est très sensible aux questions de sexisme, de misogynie et d’inclusion. J’ai beaucoup d’espoir dans la génération future et c’est pour ça que j’ai envie de m’adresser à eux. Ils ont beaucoup d’avance. Les hommes blancs de plus de 50 ans qui ont encore beaucoup de pouvoir dans le milieu du cinéma n’ont pas conscience, je pense, de la génération qui arrive, et du pouvoir qu’elle a.”

Les meilleures scènes de masturbation

Sous nos yeux, qui sort à “un moment de fracture et de division autour des questions de sexisme et de misogynie” et à “un grand moment de tension autour de la place des femmes dans l’espace public”, fait écho à plusieurs débats actuels, comme l’absence d’orgasme féminin dans les fictions ou l’usage systématique du viol “pour pimenter” une intrigue. Il décrypte aussi le traitement des femmes dans des séries emblématiques comme Game of Thrones.

À l’heure de #MeToo et des réseaux sociaux, le public, et notamment les plus jeunes, est plus impliqué que jamais pour dénoncer le recours systématique aux scènes de nudité gratuites, et le malaise que cela peut provoquer. L’ouvrage montre bien à quel point cette révolution du regard a été initiée par les séries. Ce sont elles, qui, au début des années 2010, ont commencé à montrer des corps différents, à adopter une nouvelle manière de filmer le sexe, à explorer les zones d’ombre de la société.

Sous nos yeux propose divers classements de films et de séries féministes à voir, comme la sitcom à l’humour corrosif Broad City, sur l’amitié entre deux new-yorkaises, Ilana et Abbi, ou I May Destroy You, drame sur le consentement sexuel réalisé, écrit et joué par Michaela Coel.

Certains classements sont thématiques. L’un d’eux recense les meilleures scènes de masturbation. La fiction peut aider les adolescents en manque de modèle, confie Iris Brey: “Je sais que ce sont des choses qui m’ont manqué en étant adolescente et jeune adulte. Ce n’était pas visible. Ou en tout cas, je ne savais pas où les chercher.” Elle poursuit:

“Ca me paraît important aujourd’hui que les jeunes femmes puissent avoir accès à des exemples concrets de comment on se masturbe. Ces exemples-là n’existent pas dans la pornographie mainstream. C’est très important que les femmes aient accès à leur corps et à leur plaisir. C’est une question d’éducation. Ce n’est pas naturel. Et souvent, les jeunes filles ne savent pas vers qui se tourner.”

Une autre histoire du cinéma

Les adolescents et adolescentes à la recherche d’une histoire du cinéma alternative, où les femmes sont reconnues à leur juste valeur, pourront aussi se tourner vers Sous nos yeux. Iris Brey rappelle que l’histoire du cinéma est riche en figures de réalisatrices: “C’est bouleversant à découvrir. On se demande pourquoi est-ce qu’on nous a caché cela. On a l’impression de découvrir des trésors. C’est à la fois quelque chose qui met en colère et qui est très émouvant.”

Elle cite plusieurs figures majeures, comme Chantal Akerman, Céline Sciamma ou encore Agnès Varda. L’une des réalisatrices les plus importantes, et les moins connues, est l’Américaine Dorothy Arzner, une femme lesbienne, unique réalisatrice des studios lors de l’âge d’or de Hollywood.

“C’est une figure historique importante”, insiste la spécialiste. “En France, on a voulu vraiment séparer la femme de l’œuvre, notamment quand il y a eu sa rétrospective à La Cinémathèque en 2017. C’est dommage, parce que son œuvre s’enrichit du fait qu’elle ait été lesbienne et qu’elle réfléchisse au genre.”

“C’est quelqu’un qui a fait des inventions très importantes pour le cinéma, notamment la perche, pour pouvoir suivre une de ses héroïnes qui se déplacent trop rapidement. Elle avait envie de filmer des femmes en mouvement. Peut-être qu’avant elle, les cinéastes n’avaient pas envie de mettre en lumière des femmes en mouvement”, analyse Iris Brey, pour qui Dance, Girl, Dance reste le chef d’œuvre de Dorothy Arzner, dont les thématiques résonnent encore aujourd’hui.

Changer de regard, c’est joyeux

Le sujet d’Iris Brey est le plaisir. Le plaisir auquel ont droit les personnages féminins et le public, qui ressort de Sous nos yeux avec l’envie de découvrir des films et des séries méconnus réalisés par des femmes, mais aussi de revoir avec un nouveau regard des œuvres considérées comme des classiques.

“C’est très joyeux de redécouvrir des films”, indique Iris Brey. “Que les personnes qui ont peur de la censure, ou du révisionnisme, soient rassurées: regarder des œuvres avec des yeux nouveaux, c’est extrêmement réjouissant, parce qu’on apprend plein de choses sur soi-même.”

Les polémiques récentes autour d’Autant en emporte le vent ou de Pépé le Putois ont montré la peur inspirée par cette démarche intellectuelle: “Les personnes qui ont peur sont terrorisées que leur plaisir et leur désir puissent être modifiés. Je pense qu’il est essentiel de se remettre à toucher les œuvres.”

Toucher, le verbe n’est pas anodin: “Les œuvres qu’elles soient des séries ou des films, je les vois comme des œuvres physiques qui ont un impact physique sur nos vies. Il faut remettre en question pourquoi une œuvre nous touche, pourquoi elle nous touche à un certain moment de notre vie, comment ça peut évoluer. Il n’y a rien de dramatique dans le fait de ne plus avoir envie de regarder certaines œuvres.”

Différentes réalisatrices dessinées par Marion Malle: Agnès Varda, Ana Lily Amirpour, Cheryl Dunn, Sydney Freland, Céline Sciamma, Cathy Yan, Maïmouna Doucouré.
Différentes réalisatrices dessinées par Marion Malle: Agnès Varda, Ana Lily Amirpour, Cheryl Dunn, Sydney Freland, Céline Sciamma, Cathy Yan, Maïmouna Doucouré. © La Ville Brûle

S’emparer d’une caméra

Le dessin de couverture montre une femme avec une caméra. Sous nos yeux n’est pas seulement un manuel pour apprendre à décrypter les images des fictions contemporaines. Il s’agit aussi d’un appel pour que les jeunes femmes d’aujourd’hui s’emparent d’une caméra, fabriquent leurs propres représentations, et réinventent l’imaginaire collectif.

“Je voulais que la couverture ait un message positif”, précise Iris Brey. Si les femmes représentent la moitié des étudiants en cinéma, elles ne sont plus que 23% à exercer le métier de réalisatrice une fois sorties d’école. “Ça veut dire que beaucoup de femmes disparaissent. C’est important que les femmes soient dans l’action, qu’elles s’emparent de caméras et qu’il y ait des représentations de femmes cinéastes.”

Rares sont les journaux à mettre en avant des réalisatrices. L’Obs l’a fait ces dernières semaines en consacrant sa une à Céline Sciamma, mais l’article avait des allures de règlement de compte, déplore Iris Brey. Il n’est jamais trop tard pour se lancer dans le cinéma: une des réalisatrices américaines les plus influentes, Ava DuVernay, n’avait pas touché à une caméra avant l’âge de 32 ans et réalise depuis des films à 100 millions de dollars.

Iris Brey va aussi s’emparer d’une caméra. Elle écrit actuellement un documentaire inspiré du Regard féminin, et à la dimension plus autobiographique que théorique, et de la fiction.

A lire:

Sous nos yeux. Petit manifeste pour une révolution du regard, Iris Brey (texte) et Marion Malle (dessin), La Ville Brûle, 64 pages, 12 euros.

Le Regard féminin – Une révolution à l’écran, Iris Brey, Points, 224 pages, 6,90 euros. Cette nouvelle édition au format poche sort le 8 avril.





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