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“Il faut être un vrai gentil pour jouer un vrai méchant”



Vilain, hirsute et malodorant dans le nouveau film de Nicolas Vanier, l’humoriste raconte son rapport à la méchanceté et rappelle, alors qu’il prépare ses adieux à la scène, qu’il est juste en colère.

Sur scène, Patrick Timsit a la réputation, avec son humour au vitriol, d’être horriblement méchant. Au cinéma, il l’a rarement été, hormis dans Sur la piste du Marsupilami d’Alain Chabat, préférant jouer des borgnes (Une époque formidable), des idiots (La Crise), des bossus (Quasimodo d’El Paris) ou encore des emmerdeurs (L’Emmerdeur). Dans Poly, le nouveau film de Nicolas Vanier, d’après le roman de Cécile Aubry, la créatrice de Belle et Sébastien, l’acteur joue un directeur de cirque qui maltraite des animaux. L’occasion pour lui de raconter son rapport à la méchanceté – et de rappeler, alors qu’il prépare ses adieux à la scène – qu’il n’est pas si méchant que ça, mais juste en colère.

Après avoir chassé le Marsupilami, vous vous en prenez désormais à Poly le poney… Vous avez un problème avec les animaux?

Absolument. (Rires).Vous savez que le Marsupilami est à moitié animal et à moitié fiction? On est bien d’accord? (Rires). Maintenant, je maltraite les animaux et les enfants, mais c’est pour le film Poly. Parce que j’aime bien les rôles de méchants. Et puis je me suis rendu compte que les enfants – scoop – aiment les méchants. Même tout au long du tournage, ils passaient leur temps dans ma loge. On se comprend bien finalement. J’ai conservé le téléphone d’un des enfants du film pour pouvoir jouer à la pétanque avec lui, parce qu’il est champion du Gard.

Poly est l’un des seuls films pour enfants du moment. Votre rôle risque de traumatiser des enfants… Vous êtes prêt à avoir ça sur la conscience?

Figurez-vous que même si je traumatise des enfants qui sont dans le film, les enfants qui eux sont dans la salle ne sont pas maltraités! Je suis au service d’une histoire. Je n’ai pas l’impression qu’on maltraite les enfants quand on joue le méchant. Au contraire, on les divertit.

Vous avez très rarement joué des méchants au cinéma…

J’en ai joué quelques uns. Dans Le Cousin (1997), il n’était pas franchement méchant, mais violent. Il était paradoxal. Nounours, c’est un dealer qui justement éduque sa famille et ses deux petites filles avec une vraie volonté qu’elles s’échappent du milieu pourri auquel il appartient. J’étais aussi dans Passage à l’acte (1996) de Francis Girod. Tout ça c’est violent, méchant.

Dans Poly, vous avez un vrai look de méchant: les cheveux longs, la moustache. On dirait Stromboli dans Pinocchio!

On ne s’est pas dit qu’on allait faire un Stromboli. En revanche, c’est le personnage qui nous a inspiré ça. On n’a pas cherché l’originalité. C’est un Monsieur Loyal dans un cirque, avec le look et la gueule qui va avec. Il a une grande mèche qui lui dégringole sur le visage quand il est fâché et en colère. Jouer avec des cheveux longs… Vous vous rendez compte du cadeau? Les moustaches, par contre, c’était les miennes: moins il y a de postiches, mieux je me porte.

“Méchant” est un mot qui revient toujours pour vous qualifier. “Timsit ou la tendresse du méchant”, dit Ouest France, “la solitude de l’homme méchant”, écrit de son côté Le Devoir

C’est formidable “la tendresse du méchant”! Nicolas Vannier m’a fait un très joli compliment: “Il faut être un vrai gentil pour jouer un vrai méchant.” Il vaut mieux être méchant dans un spectacle, plutôt que de jouer des gentils et de se rendre compte que la personne est méchante. Dans cet ordre, ça me va parfaitement. Ça rejoint aussi tout ce que j’ai aimé, tout ce qui a nourri ma volonté de me retrouver dans cette profession: le cinéma italien, Les Monstres, Affreux, sales et méchants… ou quelques films français où les gens ne sont pas tendres, comme Le Père Noël est une ordure. Il y a là quelque chose de profondément irrévérencieux.

En 1999, votre avocat Henri Leclerc déclare à votre procès: “Patrick Timsit ne rend pas plus méchant celui qui l’écoute. Au contraire, il renvoie au public qu’au fond de chacun existe quelque chose d’horrible, qu’il dénonce.” Comment joue-t-on des méchants sans donner l’impression de l’être?

Je dirais que c’est la volonté de ne pas nuire. Ma volonté n’est pas de nuire, d’agresser ou de mettre mal à l’aise. C’est tout le contraire: je veux être au service d’un discours. Quand vous êtes dans un film, ce n’est pas votre discours. Je ne me torture pas en me disant que j’aimerais que derrière le crétin que je joue on voie que moi, Patrick Timsit, je suis intelligent, que derrière le méchant que je joue, on voie le gentil que je suis. Non, c’est l’histoire. Il faut bien la choisir. Il faut choisir ce que vous racontez, parce que c’est elle qui va faire le travail. Vous, vous êtes à son service.

C’est ce qui lie chacun de vos rôles depuis La Crise.

Ce qui unit tous les sujets dans La Crise, c’est le talent de Coline Serreau, qui est visionnaire. Visionnaire! Le message du film est aujourd’hui encore valable, malheureusement. Dans La Crise et dans tous mes autres rôles, il y a le point commun de mon mépris du mépris. Ma lutte contre le mépris et l’exclusion. Je trouve que ce qui fait le plus de mal c’est le regard de l’autre, l’exclusion, et ce qui tue les gens, c’est le sentiment d’inutilité dans le regard de l’autre.

C’est souvent sur scène, plus qu’au cinéma, que vous êtes méchant…

Sur scène, je ne suis pas méchant. Je suis en colère, je dirais. Forcément, ces colères m’inspirent des sujets et c’est la forme qui est obligatoire. Vous avez rendez-vous pour distraire et faire rire. Les sujets de mes one-man-shows sont choisis à base de choses qui m’ont choquées quand je les ai entendues ou qui m’ont mis en colère quand je les ai vues. Puis j’ai des associés pour l’écriture – Jean-Francois Halin bien sûr, Bruno Gaccio longtemps. La grande question qu’on me pose c’est “est-ce que vous faites plus attention”. J’ai toujours fait attention! J’ai toujours eu le sentiment de faire attention, que ça fait partie de la vigilance et de l’exercice obligatoire quand on pratique ce métier.

Même avec les crevettes?

(rires). Ce n’était pas contre les animaux! J’inventais un personnage qui était un médecin qui aurait la mentalité d’un garagiste. C‘était plutôt les garagistes qui devraient m’en vouloir!

On pourrait revoir le sketch, qui avait été coupé de la VHS à l’époque?

Non… Je ne suis pas sur Terre pour faire du mal. Ce n’est pas une vanne, mon spectacle. C’est ce qu’avait dit Michel Petrucciani, qui avait été génial. On lui avait demandé ce qu’il en avait pensé. Il avait dit que ça le faisait beaucoup rire, mais qu’il espérait que j’avais d’autres sujets, parce qu’on ne peut pas faire des vannes que sur Petrucciani. Il avait entièrement raison. C’était brillant.

La colère est indispensable pour faire de l’humour?

C’est ma méthode. Il ne faut pas forcément le faire. Il y en a qui font des sketches à mourir de rire sur des agrafeuses. Moi, j’ai d’autres sujets. Ça me correspond mieux, mais ce n’est pas mieux. C’est ce qui me fait monter sur scène, c’est ce qui me donne mon énergie. Et puis cette colère sort malgré moi! Quand je parle, la colère sort!

Vous deviez jouer cette année votre dernier one man show. On peut dire que vous avez eu du nez!

Je devais le jouer en mars. Ça a été terrible. J’ai été fauché. Je n’ai pas envie de dire moi, moi, moi. Il y a eu tellement de drames autour de ce Covid que je suis discret et pudique. Immédiatement, dix jours après, j’ai été tellement déprimé que je l’ai reporté d’un an, un an et demi. Le spectacle s’appelle “Adieu… Peut-être. Merci… C’est sûr”. Il s’appellera bientôt “Adieu… C’est sûr”. Mais j’aimerais quand même le jouer! J’étais parti pour faire un best-of, mais là avec Jean-François Halin on l’a écrit dans l’esprit des adieux. Pour l’instant, je le rode. Je pourris la vie de ma famille. Libérez mes otages que sont ma famille et mes amis! Autorisez-moi à jouer devant le public! C’est ce que je devrais faire logiquement à partir de février pour me retrouver au Rond-Point en décembre 2021.

Vous y serez méchant?

Méchant, jamais! Mais je serai en colère, oui.

Poly sort ce mercredi 21 octobre au cinéma. La BD dérivée du film est déjà disponible aux éditions Glénat (13,90 euros).



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