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“Gazon maudit”, la comédie de Josiane Balasko qui a libéré Alain Chabat de ses inhibitions



La comédie française dans tous ses états (2/10) – Cet été, BFMTV vous emmène dans les coulisses de comédies cultes, insolites ou ratées. Aujourd’hui, Gazon Maudit, de Josiane Balasko.

En 1995, alors que Gabriel Aghion peine à monter Pédale douce, comédie sur des homosexuels contraints de vivre cachés leur sexualité, Gazon maudit cartonne dans les salles obscures. Réalisée par Josiane Balasko, cette comédie met en scène le ménage à trois qui se noue entre une femme, de passage dans le sud de la France, Marie-Jo (Balasko), une mère de famille, Loli (Victoria Abril), et son mari infidèle, Laurent (Alain Chabat).

Balasko rencontre avec ce film un véritable succès populaire et critique, après trois réalisations au retentissement plus limité (Sac de nœuds, Les Keufs et Ma vie est un enfer). La réalisatrice portait en elle le sujet depuis le tournage de Trop belle pour toi (1989) de Bertrand Blier: “Je me suis inspirée d’une histoire qui était arrivée à des gens que je connaissais vaguement”, a-t-elle raconté à Trois Couleurs . Elle écrit le scénario avec la complicité de Telsche Boorman. Le titre est un cadeau de Blier.

“L’homosexualité féminine n’était jamais représentée”

Gazon maudit représente à l’époque une petite révolution dans le paysage de la comédie française: “Aucun film populaire n’avait encore mis en scène de lesbienne comme personnage principal. Les hommes avaient eu droit aux Garçons de la bande (William Friedkin, 1972) ou à La Cage aux folles (Édouard Molinaro, 1978), mais l’homosexualité féminine n’était jamais représentée. L’envie est d’abord venue de ce manque”, a expliqué Josiane Balasko à Trois Couleurs.

Un jour, elle croise Claude Berri et tente un coup de bluff: “Quand est-ce que tu me produis?” “Quand tu veux”, lui répond le producteur. Le film se construit peu à peu. Balasko écrit le rôle du mari infidèle pour Thierry Lhermitte, puis envisage de le confier à Christophe Lambert, qui se désiste également pour tourner aux Etats-Unis. C’est Claude Berri qui a l’idée d’Alain Chabat, écrit-il dans son autobiographie: “J’avais fait le Schtroumpf dans une émission des Nuls, mais je le connaissais à peine.”

Alain Chabat accepte tout de suite, séduit par un scénario qui déjoue toutes les attentes du public: “Je connaissais le principe: je savais que c’était un mec qui se faisait piquer sa femme par une femme, mais je croyais que l’histoire du trio allait arriver au bout de trois quarts d’heure de film. Sauf qu’à la neuvième page du scénario, c’était réglé […] Maintenant que c’est en boîte, je comprends que ça raconte quelque chose de spécial”, a-t-il témoigné à l’époque dans Libération.

“Victoria a mis tout le monde à l’aise en se déshabillant”

Alain Chabat prend un malin plaisir à jouer son premier rôle de cinéma, celui du méchant, “du gland” comme il l’appelle. Sur le tournage Josiane Balasko lui répète: “Ne crispe pas les mâchoires et tiens-toi droit.” Il développe de l’eczéma et se montre très studieux, a-t-il raconté à Libé: “Je n’ai pas beaucoup déconné sur le tournage, disons pas comme sur un tournage avec les Nuls.” Le tournage lui fait l’effet d’une psychanalyse: “Balasko met le doigt sur nos failles. Elle a l’œil d’un psy”, a-t-il confié en 1996 dans L’Express.

Alain Chabat avait toutes les raisons de le ressentir ainsi. Dans deux scènes restées cultes, le comédien s’affiche entièrement nu. Dans la première, il apparaît dans le plus simple appareil à son balcon pour chasser Marie-Jo/Balasko de sa propriété ; dans la seconde, Marie-Jo, désormais installée chez lui, cache ses attributs à l’aide de cartons stratégiquement placés. Tournées en plan séquence, ces scènes angoissent au plus au point Alain Chabat:

“C’est compliqué à tourner”, confirme à BFMTV Gérard de Battista, directeur de la photographie du film, à propos de la première scène. “Chabat était très gêné au début. C’est Victoria qui a mis tout le monde à l’aise en se déshabillant dès le début des répétitions. Il y avait une tension. Evidemment, il ne pouvait pas y avoir de micros cravates. Tout était enregistré avec des perches. Il fallait faire attention aux ombres. C’est très précis comme travail.”

“On avait décidé que ce serait un film chaud!”

Produit par Claude Berri, le tournage de Gazon Maudit se déroule sans encombre. Très confortable, il s’étend sur 70 jours en 1994 dans une grande maison du côté de Cavaillon (Luberon). Claude Berri – pour qui “l’important dans un film n’est pas combien il coûte, mais combien il rapporte”, précise Gérard de Battista – était très présent: “Quand il était à Paris, il voyait les rushes avant nous. Il appelait chaque jour Balasko pour les commenter. Quand il n’était pas à Paris, il était avec nous.”

Sur le tournage, Josiane Balasko modifie légèrement le scénario et écrit des scènes supplémentaires avec Dany, l’amie qui vient rejoindre Marie-Jo à la fin du film: “Elle avait beaucoup moins d’importance dans le scénario. Josiane a écrit ces scènes pour accélérer la jalousie entre Marie-Jo et Loli. Mais pour le reste de l’intrigue et les personnages principaux, ça a été tourné exactement comme ça a été écrit”, précise Gérard de Battista.

Josiane Balasko souhaite faire de Gazon maudit un film estival, solaire, avec du rouge dans tous les plans, comme dans les films d’Almodovar, à qui elle emprunte d’ailleurs une des actrices fétiches, Victoria Abril. Elle soigne ses cadres, joue avec les ombres et les reflets, et s’inspire du style des comédies musicales de Stanley Donen (Drôle de frimousse). Elle impose des plans-séquences, pour que le rythme de la comédie vienne des acteurs et des actrices. Avec l’aide de Gérard de Battista, elle s’efforce de refléter sur les décors des tons proches de ceux de la peau: “On avait décidé que ce serait un film chaud!”

Un phénomène de société

La sortie, le 8 février 1995, est un triomphe. La presse est quasi unanime, et le public au rendez-vous. Le même jour, Miramax s’empresse d’acheter le film, avec l’ambition de le placer dans la course aux Oscars à la fin de l’année. Balasko a flairé l’air du temps: la sortie de Gazon maudit coïncide avec la création d’Interpride France, qui permet de coordonner les défilés des différentes villes de France lors de la Marche des fiertés.

La réalisatrice est encore surprise par le succès de son film, qui a réuni 4 millions de spectateurs: “Je crois que les producteurs ne se rendaient pas compte de ce qu’ils produisaient. Claude Berri, un type formidable, m’avait fait entièrement confiance, mais il s’attendait sûrement à une comédie pleine de grosses ficelles”, a-t-elle estimé récemment dans Trois couleurs.

En 1996, Gazon Maudit est choisi pour représenter la France à l’Oscar du meilleur film international. Le film, baptisé French Twist pour le marché anglophone, est nommé aux Golden Globes dans la catégorie meilleur film étranger, mais s’incline face aux Misérables de Claude Lelouch. Il ne décrochera pas l’Oscar non plus.

Les César saluent aussi Gazon maudit, qui ne remporte cependant que le prix du meilleur scénario original (sur cinq nominations). L’année suivante, preuve que les temps ont définitivement changé, c’est une autre comédie sur l’homosexualité qui triomphera au cinéma et aux César: Pédale douce.

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