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Frederik Peeters, auteur culte bientôt adapté au cinéma par Shyamalan, sort une nouvelle BD, “Oleg”


Auteur de Pilules bleues ou de Château de sable, bientôt adapté par M. Night Shyamalan, il revient avec Oleg, une BD introspective qui jette un regard inquiet sur le monde tout en célébrant l’art de dessiner.

A quoi rime d’être auteur de BD en 2021, dans un contexte de crises perpétuelles et de surproduction éditoriale? C’est la question que Frederik Peeters, l’auteur de BD de SF cultes comme Lupus et Aâma, se pose dans son nouvel album, Oleg, en librairie ce jeudi 14 janvier.

Suite spirituelle de Pilules bleues, son best-seller de 2000 où il raconte la séropositivité de sa compagne, cet album est une autofiction où l’auteur, à travers un double baptisé Oleg, jette un regard inquiet sur le monde tout en célébrant l’art de dessiner et de dessiner à la main.

Frederik Peeters y raconte avec humour et une certaine misanthropie ses angoisses et son quotidien d’auteur de BD, mais aussi ses relations avec sa fille et sa compagne. Malgré la dureté de son regard sur le monde, il s’est refusé à tout cynisme. “Je ne voulais pas donner trop d’importance à ça, parce que c’est trop facile”, dit-il.

Couverture de la BD “Oleg” de Frederik Peeters © Atrabile

“Une idée ne naît pas, elle est issue du travail”

Si son double se demande à quoi cela rime d’être auteur de BD, il manifeste davantage d’optimisme envers son médium à l’heure où le 9e Art fait partie des secteurs les plus dynamiques de l’édition:

“Je ne pense pas comme ça en vrai”, confirme-t-il. “C’est bien pour faire réfléchir dans les livres! La réalité, c’est que moi, ça m’excite de dessiner. Je viens de passer deux jours à ne pas dessiner – parce que c’était le week-end – et j’ai juste envie de commencer ma journée et d’aller dessiner. C’est aussi simple que ça.”

Le processus créatif, ce moment où il va pouvoir gratter avec sa plume la feuille de papier, est une transe, dont il restitue les sensations dans Oleg. L’album montre bien à quel point la création est un acte difficile, plus proche du chaos que de la sérénité bouddhique:

“Une idée ne naît pas, elle est issue du travail”, assène-t-il. “Il n’y a pas d’illumination, ni de connexion avec un arrière-monde: ça se fait avec les mains.” Et uniquement la semaine, jamais le week-end: “Je fatigue, en fait”, dit-il en riant. “Je vieillis. Je constate que ça use les yeux, le dos… Il y a des moments, il faut lâcher, sinon on devient un bout de carton.”

Extrait de la BD "Oleg" de Frederik Peeters
Extrait de la BD “Oleg” de Frederik Peeters © Atrabile

Après Aâma, L’Odeur des garçons affamés et L’Homme gribouillé, où il s’est attaqué à des imaginaires puissants (respectivement: SF, western, thriller), son dessin s’est régénéré et son style a désormais une souplesse inédite.

“On vit dans un espèce de nuage fictionnel”

Si Frederik Peeters pose la question de la pertinence de la BD et de la fiction dans le monde contemporain, c’est qu’en vingt ans, depuis la sortie de Pilules Bleues, le médium a été confronté à deux grands bouleversements:

“En 2000, les gens qui avaient une voix étaient ceux qui avaient accès à des médias privilégiés (cinéma, livre, etc.). Maintenant, avec l’apparition des réseaux sociaux, tout le monde a une voix. À quoi ça sert de rajouter une autobiographie dans un monde où tout le monde a sa voix autobiographique? Ensuite, la fiction est omniprésente: on vit dans une espèce de nuage fictionnel, qui ne cesse de grossir et d’envelopper les gens. Il les déconnecte de la réalité.”

Oleg est pour lui une manière de se confronter à cette “relation trouble” qu’il entretient à la réalité et à la fiction, en proposant “un récit qui se veut autobiographique, connecté à une vie réelle, dans un monde où on ne sait plus ce qui est réel et ce qui est fictionnel.” Il s’amuse à raconter sa vie personnelle dans ses moindres détails et drames, tout en brouillant les pistes, et en glissant des références à la culture populaire afin de montrer le “nuage fictionnel” dans lequel vit notre société.

Une référence à "Wall-E" dans la BD "Oleg" de Frederik Peeters
Une référence à “Wall-E” dans la BD “Oleg” de Frederik Peeters © Atrabile

L’Homme gribouillé, son best-seller de 2018, est ainsi rebaptisé L’Homme inutile. “Je trouve le titre très bon et vraiment horrible: je ne sais pas si un éditeur vendrait un livre qui s’appelle L’Homme inutile“, glisse en riant le dessinateur. Il ne faut pas y voir de “règlement de compte caché” avec son éditeur, “juste un pas de côté, une réalité alternative où les titres changent d’un mot”.

“Une raison de vivre parfois absurde”

Frederik Peeters n’est pas “fétichiste” de ses livres. Il les possède tous, y compris les traductions, mais il ne les ouvre jamais: “Ils sont dans un placard. Ça ne m’intéresse plus. Ce qui compte, c’est de les faire. Mon implication est à 120% au moment où je le dessine. Par contre, quand c’est terminé, c’est terminé. Je dessine, parce que je n’ai pas d’autre chose à faire.”

Et l’auteur de poursuivre: “C’est une raison de vivre, parfois absurde, qui me procure un vrai plaisir physique.” Il faut savoir “casser ses jouets”, précise-t-il cependant, avant d’ajouter que les livres sont pour lui des “pièges”, dont il cherche avant tout à s’extraire:

“Un livre devient un piège, parce qu’on peut le raffiner à l’infini. C’est comme la chaise dont on scie les pieds parce qu’elle est bancale. On peut le faire à l’infini, elle ne tiendra jamais debout. Il faut savoir s’en détacher. Quand on dessine, il y a des moments où tout ce qu’on fait, tout ce qu’on vit – les voyages, les repas, les promenades, les films – devient matière au livre qu’on est en train de faire. Le rapport à la réalité est uniquement orienté dans une seule direction. Ça rend un peu obsessionnel. Il ne faut pas oublier qu’il y a une vie. C’est un des propos d’Oleg.”

Le métier de dessinateur vu par Frederik Peeters dans sa BD "Oleg"
Le métier de dessinateur vu par Frederik Peeters dans sa BD “Oleg” © Atrabile

Oleg répond aussi à la volonté de saisir un sentiment ressenti par tous depuis quelques années: celui d’une accélération et d’un raccourcissement du temps, d’une perte de repères. “Je relisais un peu l’album l’autre jour et ma fille n’est déjà plus du tout la même personne”, commente le dessinateur. “C’est très étrange de parler d’un livre censé parler du monde alors qu’entre-temps le monde a complètement changé…”

Adapté par M. Night Shyamalan

Oleg ne sera pas son unique actualité de l’année 2021. Frederik Peeters publiera en septembre le premier tome de Saint Elme, nouvelle série conçue avec Serge Lehman, son scénariste de L’Homme gribouillé, et présentée comme un sorte de “Twin Peaks écrit par Jean-Patrick Manchette”.

La BD "Château de sable", bientôt adaptée au cinéma par M. Night Shyamalan
La BD “Château de sable”, bientôt adaptée au cinéma par M. Night Shyamalan © Atrabile

M. Night Shyamalan dévoilera aussi en juillet Old, une adaptation de sa BD Château de sables (2011), écrite par Pierre-Oscar Lévy. L’histoire d’un groupe d’individus réunis sur une plage où le temps s’écoule plus rapidement que sur le reste du globe. Peeters n’a rien à voir avec l’adaptation, fait-il savoir:

“Tout ça se fait par avocats interposés. J’ai un contrat à signer, une somme d’argent, et basta. Dans ce genre de situation, soit on s’implique complètement dans le projet et on perd son énergie pour un film qui a toutes les chances d’être médiocre (c’est purement statistique), soit on file les clefs et on retourne dans sa grotte. J’avais déjà fait ça lorsque Arte a adapté Pilules Bleues. Comme dit Woody Allen, ‘prends l’oseille et tire-toi’.”

Cela ne l’empêche pas d’avoir des projets pour le cinéma. Il travaille en ce moment comme créateur d’univers et de personnages (character designer) pour “un gros projet de film français” et fait des recherches sur des “créatures”.

Marqué par la récente lecture de Dune de Frank Herbert, il rêve également de se lancer dans un grand récit de SF “hyper foisonnant, complètement barré, hyper ambitieux”: “Je ne vais peut-être jamais le faire, mais, tout d’un coup, ça fait renaître un enthousiasme, ça sert de sources d’énergie.” Comme quoi, la BD, ça rime bien à quelque chose.

Oleg, Frederik Peeters, Atrabile, 184 pages, 18 euros.



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