la-star.com
Actu des stars

“Emmanuel Macron, c’est Daenerys de Game of Thrones”


Après avoir raconté le mandat de François Hollande et traîné ses guêtres pendant cinq ans avec Gérard Depardieu, Mathieu Sapin suit à la trace Emmanuel Macron. Retour sur une expérience douce-amère.

“Vous dessinez? J’observe!” Mathieu Sapin est de retour avec une nouvelle BD politique, Comédie française, voyages dans l’antichambre du pouvoir. Celui qui avait juré de ne plus faire de BD politique a succombé une nouvelle fois à la tentation.

Après avoir raconté la campagne puis le mandat de François Hollande dans La Campagne et Le Château, Mathieu Sapin suit à la trace Emmanuel Macron. Une expérience douce-amère qu’il raconte avec humour dans un album où il mêle aux récits de ses rendez-vous ratés avec le président une réflexion sur la mise en scène du pouvoir et le destin de Racine, dramaturge de génie devenu, au fait de sa gloire, historiographe de Louis XIV.

Dans Comédie française, Mathieu Sapin tente de comprendre comment Emmanuel Macron, un homme à peine plus jeune que lui, a voulu devenir président de la République. L’album se double d’une quête personnelle, où le dessinateur cherche à comprendre l’origine de sa fascination pour la politique.

Détail de la couverture de "Comédie Française", la nouvelle BD de Mathieu Sapin sur Emmanuel Macron
Détail de la couverture de “Comédie Française”, la nouvelle BD de Mathieu Sapin sur Emmanuel Macron © Dargaud

Mathieu Sapin livre un portrait dans la lignée de celui de Depardieu, résultat de trois ans de travail (pour l’écriture de l’album, le dessin a été réalisé pendant le confinement, en trois mois). Il y a glissé une petite référence aux masques, “pour montrer que cet album s’inscrit dans un moment bien précis” de notre Histoire.

Accro, Mathieu Sapin n’a pas prévu d’abandonner les récits politiques tout en multipliant les projets audiovisuels. Il prépare notamment un nouveau film, Fake News, sur les coulisses d’une radio, et une série animée Supermurgeman, adaptation de sa BD culte et trash, qui ne sera pas édulcorée. Tout comme cette interview où Mathieu Sapin raconte sans langue de bois, comment il a pu réaliser un album sur un président qui ne cesse de se mettre en scène et, surtout, dessiner un homme que l’on dit indessinable.

Vous deviez en avoir fini avec la politique, mais vous avez replongé. Que s’est-il passé?

Mon intention était juste de suivre la fin du mandat de Hollande et de tourner la page. Pendant la campagne, j’ai fait un petit pas de côté. C’est là que j’ai croisé la route du candidat Macron. Il m’a fait une espèce de numéro de charme en me parlant de ma BD [sur Depardieu]… Comme j’étais en train de préparer mon film [Le Poulain], j’avais aussi le prétexte de me documenter sur les coulisses d’une campagne et peu à peu je me suis laissé complètement embarquer là-dedans. Le milieu politique est assez addictif.

Êtes-vous dessinateur ou journaliste?

C’est drôle, parce qu’avant on ne me posait pas la question, et là j’ai l’impression que ça devient plus problématique…

On peut dire que vous êtes journaliste. Dans le dernier numéro de la revue Zadig, vous signez un reportage sur un déplacement d’Edouard Philippe…

Je fais ces reportages dans chaque numéro depuis sa création. J’avais déjà commencé à travailler sur ce livre. Au début, j’avais pas mal d’accès à l’Elysée et tout se passait bien, puis mes accès se sont fermés, et Zadig à ce moment-là s’est manifesté. Je me suis dit que par ce biais-là, je pourrais remettre un pied à l’Elysée pour finir mon bouquin. C’est vrai que quand je travaille pour Zadig, on peut considérer que c’est du journalisme. Je n’ai pas de carte de presse – je ne sais pas si c’est la carte de presse qui fait le journaliste… – mais je peux de moins en moins éviter ce qualificatif.

Détail de la BD de Mathieu Sapin "Comédie Française"
Détail de la BD de Mathieu Sapin “Comédie Française” © Dargaud

Votre avatar de BD ressemble d’ailleurs un peu à Tintin.

(Rires). J’ai essayé de faire une couverture à la Tintin. C’est Gérard qui m’appelait Tintin. Oui, il y a un côté Tintin dans cet album. Une des inspirations pour la couverture, c’est On a marché sur la Lune.

Votre BD s’appelle Comédie Française, mais c’est un album finalement assez triste, où vous enchaînez les déceptions…

(Rires). L’album, c’est un rendez-vous raté, mais Tragédie française, ça marchait moins bien! Triste… c’est marrant. Je n’ai pas assez de recul sur l’album. Je commence seulement à en parler. Des gens m’ont dit qu’ils avaient trouvé Macron sympathique en lisant la BD. Je montre des choses et après le public se fait son avis. Je me doute bien que les gens qui n’aiment pas Macron ne vont pas l’aimer plus, et que ceux qui l’adorent ne vont pas moins l’aimer.

Le dessinateur Lewis Trondheim vous a suggéré un autre titre que Comédie française, mais vous l’avez refusé. Pourquoi?

C’est un album difficile à résumer. Je racontais l’histoire à Lewis – Macron, la mise en scène du pouvoir, Racine… – et il me dit: “Ton bouquin, tu devrais l’appeler Racine, le fils de pute. T’en vendrais 10.000 exemplaires de plus!” Je lui ai dit que je ne pouvais pas faire ça! Après, il m’a harcelé pour que je prenne ce titre. Je ne l’ai pas écouté. Racine a juste cédé aux sirènes du pouvoir, comme plein de gens… Mais peut-être que je suis passé à côté d’un succès!

Comme Gérard, Comédie Française est un livre sur un homme qui vit sa vie comme s’il était un mythe. Macron a tout un tas de gimmicks, comme les clins d’œil qu’il distribue à tout le monde…

On peut faire ce parallèle. Macron sait ce qu’il fait. On voit qu’il a le sens – peut-être plus que Hollande, je trouve – de la mise en scène, de l’image et du récit de soi-même. Être arrivé là où il est, c’est un peu son destin. Les gens qui l’ont suivi depuis le début se rappelleront toute leur vie cette campagne.

Macron a-t-il un côté Loup de Wall Street?

Un petit peu – mais je n’ai pas remarqué qu’il prenait de la coke ou des putes (rires). Mais il a l’audace du personnage de Jordan Belfort, qui n’a peur de rien et à qui la chance sourit.

Dans une scène, vous regardez Game of Thrones, une série qui parle de pouvoir. Vous y avez vu des parallèles avec Macron?

Il y a des choses qui m’y ont fait penser, comme Daenerys, justement.

Macron, c’est Daenerys?

C’est une outsider totale!

Qui est son dragon? Brigitte?

Alors ça, non! Je n’ai pas dit ça! (rires). Ses dragons, ce serait Gérard Colomb, Richard Ferrand et François Bayrou!

Détail de la BD de Mathieu Sapin "Comédie Française"
Détail de la BD de Mathieu Sapin “Comédie Française” © Dargaud

Malgré les rendez-vous manqués vous avez réussi à avoir un peu accès au président. Avez-vous essayé d’en profiter pour parler avec lui de la situation des auteurs?

J’en ai un peu parlé avec Denis Bajram [ex-président de la Ligue des auteurs professionnels, NDLR]. J’avais une fenêtre, mais la seule que j’aie eue a été à la Réunion… et ça n’a pas marché. C’était avant le festival d’Angoulême [où le dessinateur Jul a offert à Emmanuel Macron un t-shirt au slogan “LBD 2020”, NDLR].

Comédie française est un album décevant, qui n’est pas que sur Macron, mais aussi sur Depardieu, Racine et vous…

C’est pour ça qu’il n’est ni dans le titre, ni sur la couverture. C’était très compliquée de trouver la couverture. Le XVIIe siècle, ce n’était pas évident. Et les gens ne savent pas forcément quelle tête avait Racine. Je cherchais à montrer que c’était un album sur le pouvoir, mais je n’allais pas remettre l’Elysée. Je ne voulais pas que ce soit Le Château 2. Finalement, aujourd’hui, le pouvoir, c’est un téléphone portable. Un président peut exercer le pouvoir un peu partout avec un téléphone. Mais c’est aussi l’avion. L’avion, c’est le symbole de son omniprésence. Le Falcon présidentiel, c’est un peu le prolongement de l’Elysée. C’est une salle de réunion volante.

Détail de la BD de Mathieu Sapin "Comédie Française"
Détail de la BD de Mathieu Sapin “Comédie Française” © Dargaud

En avez-vous assez de vous dessiner?

Je ne réfléchis pas à ça. Pour moi, c’est comme quand on met un “je” dans un récit…

Ça doit vous prendre plus de temps de vous dessiner…

Non, non, non! C’est rapide. Mais c’est vrai qu’il y a des moments où j’apparais à chaque case et des moments où j’essaie de disparaître un peu. J’étais très content de passer autant de temps sur une autre époque. D’un coup, je disparais complètement et je n’ai pas de compte à rendre ni à peser chaque mot. Le problème, c’est que je suis sur une crête: j’essaie de faire un récit qui va être marrant et intéressant, mais aussi vrai. Je ne peux pas m’amuser à dire n’importe quoi. Sinon, ça ne marche plus.

Si vous dessiner vous prend autant de temps que d’écrire le mot “je”, combien de temps vous prend Macron?

Macron, j’ai mis un peu plus de temps, mais pas tant que ça. La première fois que j’ai eu à le dessiner, ce n’était pas moi qui voulais le faire. C’était une commande dans le cadre des Echos. Il n’était pas encore en campagne. J’avais galéré.

Il a moins de signes distinctifs que Hollande ou Sarkozy…

J’ai eu plus de mal à dessiner Sarko, par exemple. Je n’ai jamais réussi. Mais aussi parce que je ne l’ai jamais vu en vrai. Le fait de voir le modèle change tout. Macron, il a une chevelure, ses pattes… Il a un nez un peu en aigle, une bouche qui avance un petit peu, les dents écartées. Je suis parti du nez pour le dessiner. Je pars souvent du nez pour dessiner mes personnages.

Dans une scène, vous allez chez Hollande et vous mangez les courgettes qu’il vous a préparées. C’était bon?

C’était bon! Très, très bon!

Il est bon cuisinier?

Pour les courgettes, oui. Il y avait aussi du rôti de porc. C’était très bon (rires). Il y avait aussi de la charcuterie corse à l’apéro.

Vous le tutoyez aussi!

C’est la seule fois où je l’ai fait. Je ne l’ai pas vu depuis! Personnellement, je préfère le “vous”. C’était vraiment bizarre comme moment (rires).

Détail de la BD de Mathieu Sapin "Comédie Française"
Détail de la BD de Mathieu Sapin “Comédie Française” © Dargaud

Cet album est un peu la suite de Gérard que tout le monde attend. Il y a une scène très amusante où Depardieu vous engueule parce que vous lui avez passé Macron au téléphone…

C’était une connerie de ma part. Comme ça sans prévenir…Il ne fallait pas le faire.

Ça va mieux avec Depardieu?

Oui, oui.

Vous préparez une suite avec lui?

Disons que j’aimerais bien. C’est comme la politique: c’est difficile de s’en désintéresser… Mais je n’ai rien à annoncer pour l’instant.

Dans une autre scène amusante, vous vomissez dans l’avion présidentiel avec Hollande!

C’est une allégorie. Ce sont des pages que j’ai reprises d’un reportage publié dans Libé [pendant la campagne présidentielle]. Sur ce déplacement, j’avais fait une double page à chaud. C’était le moment où je croisais des gens qui me disaient, “Tu sais, Marine Le Pen, c’est possible”. Il y avait un vrai stress. Donc, il y avait un double sens dans le vomi.

Et maintenant, avec la sortie de l’album en 2020, le double sens a-t-il évolué?

Je tenais à le mettre, parce que j’aime bien casser les mythes aussi. C’est drôle d’être dans le Falcon et d’y vomir…

Sur quoi travaillez-vous?

Il y a une BD qui s’appelle Le Ministère secret et va sortir d’abord dans Spirou le 9 octobre, puis en album en mars 2021. C’est Joann Sfar qui écrit. Je dessine et je suis un des protagonistes. Il y a tout ce que je ne peux pas dire dans la vraie vie. Il y a du lourd! Trump, Sarkozy, Hollande… Ça va être très marrant.



Source link

Autres articles

“au-delà de l’image du benêt, il y avait de la poésie”

Claude

Brad Pitt et Jennifer Aniston réunis pour lire le scénario d’une scène d’amour

Claude

“Masquée, assise et distanciée”, la première édition des Trans Musicales de Rennes à l’ère du covid

Claude

Channing Tatum fête ses 40 ans : saviez-vous qu’il avait joué Superman ? – Actus Ciné

Claude

voici à quoi vont ressembler vos séances de cinéma à partir du 22 juin

Claude

Dans les yeux d’Enzo : quel célèbre acteur US prête sa voix au chien dans le film sur Disney+ ? – Actus Ciné

Claude