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des salons de beauté aux César, le sacre de Tonie Marshall


La comédie française dans tous ses états (9/10) – Cet été, BFMTV vous emmène dans les coulisses de comédies cultes, insolites ou ratées. Aujourd’hui, Venus Beauté (Institut) de Tonie Marshall.

Sorti en février 1999, Vénus Beauté (Institut) est le film de Tonie Marshall le plus connu, celui qui lui a valu succès commercial et reconnaissance de la profession. “J’ai fait quatre films avec Tonie, et c’est sans doute le plus important”, résume Nathalie Baye. Ce conte de Noël doux-amer sur trois esthéticiennes en mal d’amour dans un institut de beauté parisien, marqué par des dialogues savoureux et acides, a parfaitement résumé la solitude et le spleen qui saisissait une partie de la population à l’approche du nouveau millénaire.

Ancienne actrice passée à la réalisation dans les années 1980, Tonie Marshall s’est battue pendant quatre ans pour monter cette comédie sur laquelle plane les ombres de Jacques Demy et François Truffaut. Elle a dû affronter des remarques sexistes tout au long de son projet: “Dès que vous commencez à mettre en scène un groupe de femmes ou que vous vous attaquez à des sujets réellement féminins, vous êtes confrontée à ce genre de réactions condescendantes”, indiquait en 2018 au site France Today, la réalisatrice disparue en mars dernier.

Elle a tenu bon. Elle croyait en son sujet, qu’elle a fait mûrir pendant plusieurs années: “C’était un sujet auquel Tonie pensait depuis longtemps. C’était un scénario extrêmement abouti”, confirme Nathalie Baye. “Elle allait régulièrement dans un petit institut de beauté. Elle entendait des conversations à travers les cloisons. Ca l’a inspirée.” La comédienne, alors moins présente sur les écrans, a été choisie très tôt dans le processus pour incarner le rôle principal, celui d’Angèle:

“C’est un personnage très jouissif à jouer pour une actrice. Il y a tout: la mélancolie, la solitude, les réparties comiques… Elle est drôle, cette Angèle. Elle est paumée et audacieuse. Quand on a un très bon rôle à jouer, ça enlève beaucoup de difficultés.”

Nathalie Baye, Audrey Tautou, Mathilde Seigner dans "Venus Beauté (Institut)"
Nathalie Baye, Audrey Tautou, Mathilde Seigner dans “Venus Beauté (Institut)” © Pyramide

Une star est née

Le casting de Vénus Beauté (Institut) réunit de jeunes talents (Mathilde Seigner, Audrey Tautou, Samuel Le Bihan) et des légendes (Bulle Ogier, Micheline Presle, Emmanuelle Riva, Edith Scob et Robert Hossein). Alors âgée de 24 ans, Audrey Tautou fait ses premiers pas au cinéma après avoir débuté trois ans auparavant dans des courts métrages et des séries télé, dont Les Cordier, juge et flic et Julie Lescaut. Sur le tournage, ses camarades assistent à la naissance d’une star:

“Elle était très impressionnée au début quand elle s’est retrouvée face à Robert Hossein – c’est après qu’on a appris que Robert Hossein avait aussi le trac!”, s’amuse le directeur de la photographie Gérard de Battista. “Je me souviens de nos premières discussions avec Tonie. On se disait: ‘cette fille, elle accroche la caméra, la caméra l’aime.’ On faisait un plan avec trois actrices, et il n’y en avait qu’une qu’on regardait. On s’en est rendu compte dès les premiers rushes des scènes tournées.”

Tonie Marshall soigne l’esthétique de son film. “On a fait beaucoup d’essais de couleurs, de pellicule. Comme nos actrices principales allaient être habillées en rose pendant tout le film, on a essayé cinq ou six blouses roses différentes. Il fallait qu’elles tombent bien, qu’elles bougent bien, que le tissu soit souple et agréable, que la couleur plaise”, se souvient Gérard de Battista. Vénus Beauté (Institut) se partage entre l’univers rose bonbon de la boutique et le monde réel, au teint plus glauque: “C’est une comédie qui n’est pas une comédie”, ajoute-t-il.

“On sentait qu’on était en train de faire quelque chose de bien”

Après avoir hésité à tourner les scènes de la boutique en studio, Tonie Marshall décide de s’installer avec son équipe dans une vraie boutique. “Le rapport avec l’extérieur aurait été compliqué si on avait eu une fausse rue et des figurants. Je me souviens de discussions avec Tonie où je lui avais dit que ça valait le coup de prendre le risque de tourner dans une vraie boutique, avec une vraie rue, avec l’engagement de ne pas contrôler la circulation”, raconte Gérard de Battista.

Ils posent leur caméra dans une boutique à vendre située à l’angle de la rue de Patay et de la rue de Domrémy dans le 13e arrondissement de Paris (et devenue depuis une Caisse d’Epargne): “Des gens passaient devant la vitrine sans même jeter un coup d’œil, sans se rendre compte qu’il y avait un tournage”, indique Gérard de Battista. Certaines passantes se laissaient prendre au jeu aussi, ajoute Nathalie Baye: “Il y avait des femmes qui entraient et pensaient que c’était un vrai institut de beauté. C’est arrivé deux ou trois fois.”

Le budget est restreint et Tonie Marshall finance de sa poche, avec l’aide du producteur, deux jours de tournage supplémentaires (50.000 francs chacun), le temps de tourner des plans de Nathalie Baye marchant dans les rues de Paris illuminées par des décorations de Noël. La comédienne, amoureuse du rôle, accepte de tourner gratuitement ces séquences mélancoliques. Elle est complètement investie dans ce portrait d’une femme mûre.

Sur le tournage, tout se passe parfaitement. Si le succès du film est impossible à prédire, l’équipe est fière du travail accompli: “on sentait qu’on était en train de faire quelque chose de bien”, raconte Gérard de Battista. “C’était un tournage dense. On a beaucoup travaillé. Le casting avait été très bien fait. Tonie savait exactement ce qu’elle voulait”, ajoute Nathalie Baye, qui précise en riant:

“Au début, elle avait tendance à être un peu directive et à un peu couper les ailes des acteurs. Tonie avait été actrice et elle avait un peu le défaut de jouer à notre place. C’est une formidable réalisatrice, mais ce n’est pas la meilleure actrice du monde. (Elle rit.) Je lui disais: ‘Ne me dis rien, laisse-moi proposer des choses. Si ça te plaît, tant mieux. Si tu veux changer, tu me le diras à ce moment-là. Si tu me le dis en amont, je vais être incapable de jouer’.”

Une sortie triomphale

Tonie Marshall, malgré un lieu de tournage minuscule, parvient à imposer une réalisation vive et aérienne, dans la lignée de Truffaut. “C’est vrai”, abonde Nathalie Baye, qui a joué dans plusieurs films du maître de la Nouvelle Vague. “Il y a quelque chose de quotidien et d’insolite. Au moment de jouer Angèle, je n’y ai pas pensé, car Tonie et Truffaut sont deux personnalités complètement différentes. Mais c’est vrai qu’avec le recul on peut retrouver dans Vénus Beauté un peu des films de Truffaut.”

Très perfectionniste, Tonie Marshall prend son temps pour trouver le carillon qui résonne dès que la porte de l’institut de beauté s’ouvre. Un gag qui n’était pas présent sur le tournage, mais a été ajouté au montage pour apporter de la légèreté aux séquences.

Défendu avec passion par la presse, le film bénéficie d’un bouche à oreille suffisamment important pour s’imposer parmi les grands succès de l’année 1999, avec près de 1,32 million d’entrées. Personne ne s’y attendait, pas plus l’équipe du film que les exploitants de salles, raconte Gérard de Battista:

“Avec Tonie et Jacques Comets, le chef monteur, on est parti en voiture. On a fait la tournée des salles à 19h30-20h30 pour écouter les réactions des gens dans les salles. Beaucoup d’exploitants nous ont dit qu’ils allaient changer le film de salle dès le lendemain, pour le mettre dans une salle plus grande. Et dès le soir-même, on a reçu des coups de fil d’exploitants qui n’avaient pas le film et le demandaient pour la semaine d’après. Il y a eu un petit moment de panique, parce qu’il a fallu de toute urgence tirer 150 copies supplémentaires.”

“Elles méritent un César quatre fois plus que moi”

Le succès se poursuit lors de la 25e cérémonie des César en 2000. Vénus Beauté (Institut) remporte quatre trophées et s’impose face aux deux favoris de la soirée, la superproduction de Luc Besson Jeanne d’Arc et le film intimiste de Patrice Leconte La Fille sur le pont. Tonie Marshall devient ce soir-là la première – et pour l’heure – l’unique femme à recevoir le César du meilleur réalisateur.

Elle devient aussi ce soir-là la deuxième réalisatrice de l’histoire de la cérémonie à remporter le César du meilleur film et du meilleur scénario, quatorze ans après Coline Serreau pour Trois hommes et un couffin. En 2001, Agnès Jaoui sera la troisième avec Le Goût des autres. Une victoire écrasante qui permet de débuter le nouveau millénaire sous les meilleurs auspices. Mais le syndrome de l’imposteur rôde:

“Le succès fut agréable, étant donné le nombre de gens qui avait critiqué le film pendant si longtemps”, a indiqué la réalisatrice à France Today. “Mais être l’unique femme à recevoir le César du meilleur réalisateur peut être embarrassant, surtout quand on pense à toutes les réalisatrices en activité […] Elles méritent un César quatre fois plus que moi. Il faut être réaliste.”

Une stratégie inédite

Audrey Tautou décroche de son côté le César du Meilleur Espoir féminin. Une récompense qui marque le début de sa carrière: Jean-Pierre Jeunet la repère et lui offre quelques mois après le rôle-titre dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, qui lui apportera une célébrité mondiale et le César de la meilleure actrice.

L’histoire retient aussi de cette 25e cérémonie des César la stratégie inédite déployée par Tonie Marshall et son producteur Gilles Sandoz. Au lieu d’inviter les membres de l’Académie à des projections privées de rattrapage de leur film, les distributeurs et producteurs de Vénus Beauté (Institut) décidèrent d’envoyer une copie du film en cassette.

Une stratégie payante: le film est de facto le plus vu cette année-là parmi les votants et remporte tous les suffrages. En 2005, l’Académie des César s’en souviendra au moment de créer le coffret des films de l’année, envoyé à ses membres pour dresser la liste des nominations.

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