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de leurs débuts à leur séparation, le culte d’un mystère joué jusqu’au bout



Le duo français a annoncé sa séparation avec le même mystère qu’il a observé toute sa carrière. Les Daft Punk ont toujours assuré leurs apparitions publiques masqués, pour leur bien et celui de leur musique.

Deux robots aux visages camouflés par des casques s’avancent dans le désert, jusqu’à ce que l’un d’entre eux explose: c’est le scénario de la vidéo par laquelle Daft Punk a annoncé ce lundi sa séparation, au terme de 30 ans de collaboration. Des images cryptiques, extraites de leur film de 2006 Electroma, qui font honneur à une tradition du duo électro français: celle du mystère, qu’ils ont toujours respectée.

Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem Christo, les deux moitiés de la formation, n’ont pas pu cacher leurs noms. Mais ils ont toujours mis un point d’honneur à préserver leurs visages. Si, à l’heure des réseaux sociaux et de la connexion haut débit, quelques fuites de photos au naturel étaient inévitables, aucune de leurs apparitions publiques ne s’est faite sans qu’ils ne soient masqués. Les combinaisons futuristes et les casques de robots qu’ils arborent obstinément, de pochettes d’albums en tapis rouges en passant par leurs clips, sont devenus leur marque de fabrique, les rendant instantanément identifiables et participant probablement à la fascination du public.

“Un positionnement philosophique”

D’après Pitchfork, c’est entre leurs deux premiers albums (Homework, 1997, et Discovery, 2001) que ces deux pionniers de la French Touch ont adopté cet attirail. Mais si la tenue robotique n’est apparue qu’avec ce deuxième opus, leur goût du mystère était déjà présent dans leurs premières oeuvres. En témoigne le clip de Da Funk, l’un de leurs premiers tubes, dans lequel le personnage principal cache son visage derrière un masque de chien.

“C’est un rejet, un positionnement philosophique”, analysait Pedro Winter, directeur du label Ed Banger Records et ancien manager du duo, dans le documentaire Daft Punk Unchained en 2015. Comme le rapporte la BBC, l’ancien rédacteur en chef des Inrockuptibles Jean-Daniel Beauvallet intervenait également dans le long-métrage:

“Créer ces alter-egos robotiques leur permet de rester humains, d’avoir les pieds sur terre et d’être totalement libres. Ils ont acheté leur liberté en envoyant les robots faire leur sale boulot.”

Outre ce camouflage physique, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo se sont toujours tenus à bonne distance des médias, alimentant encore plus le mystère qui les entoure. Leur carrière a cependant été pavée d’interviews, si rares que chacune était un événement, aux quatre coins du monde. On les a vus à la télévision suédoise, japonaise ou allemande, toujours vêtus de leurs casques.

Ne pas se “déconnecter de la réalité”

Pour la promotion de leur dernier album, Random Access Memories (2013), les auteurs des tubes One More Time, Harder, Better, Faster, Stronger ou Get Lucky ont levé un coin de voile en accordant une interview à Pitchfork. Thomas Bangalter y évoquait le goût du duo pour la surprise: “Lorsque l’on connaît les secrets d’un tour de magie, c’est trop déprimant”, déclarait-il des les colonnes du site américain. Il évoquait également leur désir de garder les pieds sur terre, comparant leur situation à celle d’un employé de Disneyland déguisé en Mickey: “Si vous êtes avec 100 gamins autour de vous toute la journée, vous n’allez pas prendre la grosse tête?”

“En général, le style de vie des célébrités (…) peut déconnecter les gens de la réalité. Et quand un groupe fait des disques depuis 20 ans, il ne fait plus la partie la plus intéressante (de son travail) parce qu’il tombe dans cette existence bourgeoise, rangée et couronnée de succès.”

Pour Guy-Manuel de Homem-Christo, cette posture permettait également de préserver une dynamique unique entre les deux artistes et leur public: “Regarder des robots, ce n’est pas comme regarder une idole. Ce n’est pas un humain, alors ça agit comme un miroir. L’énergie que les gens envoient sur scène rebondit et tout le monde passe un bon moment au lieu de se concentrer sur nous.”

Enfin, et peut-être surtout, leurs masques leur ont permis d’observer une “séparation totale” entre leurs vies publiques et privées, à laquelle ils tiennent: “Nous ne parlons pas de nos vies privées parce qu’elles sont privées. Et l’image publique est plus marrante et divertissante de toute façon”, expliquait Thomas Bangalter, ajoutant qu’ils préféraient “changer le monde sans que personne ne sache qui nous sommes. C’est un fantasme égotique totalement différent, et cela permet des développements beaucoup plus réjouissants.”



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