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de Broadway à Netflix, une pièce emblématique sur la communauté LGBT



Le film piloté par Ryan Murphy, qui raconte un huis clos entre neuf amis gays, est l’adaptation d’une pièce de théâtre sortie en 1968, décisive dans la représentation des gays dans le divertissement.

“Si seulement on pouvait un peu moins se haïr”, regrette Jim Parsons dans The Boys in The Band. La nouvelle production Netflix de Ryan Murphy débarque ce mercredi sur la plateforme. Ce long-métrage est entouré d’une certaine attente, liée à un casting de stars mais aussi – et surtout – aux 52 ans d’histoire qui le précèdent.

Avant d’être un film produit par le géant du streaming, The Boys in The Band était une pièce de théâtre, montée de manière quasi-confidentielle dans un petit théâtre new-yorkais en 1968. Parce qu’elle parlait d’homosexualité à une époque où elle constituait un tabou.

Pas très joyeux anniversaire

L’intrigue est résumée dans la bande-annonce du film, réalisé par Joe Mantello: huit hommes gays se réunissent dans un appartement de Manhattan pour un anniversaire. La soirée prend une tournure inattendue lorsqu’un ancien camarade de fac de l’un d’entre eux se joint à la fête. Il ignore plus ou moins l’homosexualité de son ami, et les huit garçons se mettent à douter de son hétérosexualité à lui. Au fil de la soirée, les langues se délient sur les difficultés d’être gay dans un monde hostile aux minorités sexuelles.

Neuf stars du petit-écran (Jim Parsons – The Big Bang Theory -, Zachary Quinto, Matt Bomer, Andrew Rannells…) y campent les personnages, nés sous la plume du dramaturge américain Mart Crowley dans les années 1960. Lorsqu’il s’enferme pendant cinq semaines pour écrire The Boys in The Band, il a 31 ans et peine à se faire une place à Hollywood:

“J’étais en colère à tous les niveaux. À cause de la manière dont le monde traitait les gays, et la manière dont le show-business me traitait moi. J’en avais jusque-là”, se remémorait-il sur CBS en 2018.

Pour vivre malheureux, vivons cachés

Ce que dénonce son texte, en filigrane, c’est la manière dont l’Amérique de l’époque contraint les homosexuels à vivre cachés. The Boys in The Band sort un an avant les émeutes de Stonewall, considérées comme une étape décisive dans la lutte pour les droits des homosexuels. À l’époque, à New York, danser en public avec une personne du même sexe est interdit, tout comme le fait de se travestir. Les descentes de police dans les bars fréquentés par une clientèle homosexuelle sont monnaie courante, et l’homosexualité est encore classée comme maladie mentale.

Dans ce contexte, Mart Crowley peine à imposer son texte sur les planches. “Une agente m’a dit: ‘Cette pièce est outrancière, je ne peux pas la faire sortir de ce bureau avec notre tampon dessus'”, se souvenait-il en 2018.

The Boys in The Band est finalement présentée en avril 1968 au Playwright’s Unit, un théâtre ‘off-Broadway’ – une appellation qui définit les petits établissements, éloignés géographiquement du centre névralgique new-yorkais des spectacles à gros budget. Seules cinq représentations sont initialement prévues, mais des prolongations s’imposent rapidement, car le succès est immédiat.

Triomphe sur les planches

The Boys in The Band déménage dans un plus grand théâtre et attire des nombreuses célébrités. Comme l’évoque le New York Times, Jackie Kennedy, Groucho Marx, le maire de New York de l’époque John Lindsay et le danseur Rudolf Noureïev font partie des personnalités qui se sont déplacées pour y assister. En tout, plus de 1000 représentations ont eu lieu. Un triomphe qui s’explique en partie par le caractère totalement inédit de la pièce:

“Jusqu’alors, le théâtre et le cinéma se contentaient de suggérer l’homosexualité d’un personnage ou, pire, diabolisaient les personnages gays”, note le journal américain. “La pièce de Mart Crowley présentait des hommes gays qui parlaient avec franchise et profondeur de leur vie.”

“Écrit avec passion et colère”

Deux ans plus tard, The Boys in The Band est adaptée une première fois au cinéma par William Friedkin. Avant de devenir un grand nom d’Hollywood en réalisant des classiques comme L’Exorciste ou La Chasse, le cinéaste est embauché pour transposer l’œuvre sur grand écran avec les comédiens de la pièce, à partir d’un scénario de Mart Crowley. “Lorsque je lus le scénario de Mart, je fus très enthousiasmé par son potentiel filmique”, raconte-t-il dans Friedkin Connection – Les mémoires d’un cinéaste (Point). “Il avait été écrit avec passion et colère par quelqu’un qui savait de quoi il parlait”:

“Mart Crowley me raconta combien il avait lutté pour accepter son homosexualité, et comment il avait écrit la pièce en s’inspirant de lui-même et de personnes qu’il connaissait pour créer ses personnages (…) Chacun incarnait un aspect différent du mode de vie gay, de l’homosexuel refoulé à l’hystérique efféminé, de l’amant fidèle à celui qui couche avec tout le monde, du prostitué à l’enseignant.”

“J’ai essayé de refléter la douleur qu’ils éprouvaient lorsqu’ils cachaient leur nature profonde à leurs amis, leurs collègues et aux membres de leurs familles qui avaient des préjugés envers les homosexuels”, conclut-il. “Encore aujourd’hui, j’entends parler de personnes sur lesquelles [le film] a eu un effet extrêmement libérateur. De nos jours, il est en général considéré comme un film qui a fait date.”

“Personne ne voulait être comme eux”

À l’époque, pourtant, le long-métrage est accueilli fraîchement par la critique. Économiquement, c’est un échec. Peut-être parce qu’avec les émeutes de Stonewall survenues l’année précédente, et la soif de lutte qui en avait découlé, l’opinion des principaux concernés avait évolué.

La pièce met en exergue le secret que les gays de l’époque étaient tenus d’observer quant à leur orientation. Mais elle s’attarde aussi sur l’auto-détestation qui en découle – image dont la jeunesse militante de l’époque cherche à se débarrasser:

“Je connaissais surtout les critiques de la pièce, qui lui reprochent de ne parler que de dégoût de soi et je me souviens que personne ne voulait être comme eux”, se remémore Brian Hutchison, l’un des acteurs du film Netflix, dans une interview pour BFMTV.com. “J’en avais vu des extraits et je ne m’y reconnaissais pas. Travailler dessus au cours de ces dernières années m’a fait changer d’avis. Je m’y suis beaucoup plus reconnu.”

“Se souvenir de ce que nous avons traversé”

Mart Crawley est mort en mars 2020 à l’âge de 84 ans. Mais il aura eu le temps de voir son rêve se réaliser en 2018 lorsque The Boys in The Band, 50 ans après sa première représentation, a enfin été présentée à Broadway. “Je pense que ce fut le plus grand moment de sa vie”, a confié son ami l’acteur Robert Wagner au New York Times.

Ces nouvelles représentations étaient produites par Ryan Murphy et mises en scène par Joe Mantello. Le duo décide ensuite d’en faire une adaptation cinématographique pour Netflix, et convoque le même casting que celui qu’il a dirigé sur scène. Une nouvelle génération, qui a évolué dans un monde moins hostile à l’homosexualité, s’apprête à découvrir l’histoire des neuf amis. “Heureusement, les choses ont beaucoup changé”, déclarait Ryan Murphy dans un communiqué à l’annonce de la pièce. “Mais il est important de se souvenir de ce que nous avons traversé et du chemin qu’il reste à parcourir.”



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