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Coeur de Pirate quitte sa maison de disque, sur fond de nouvelle vague #MeToo



Après des accusations de violences sexuelles à l’encontre d’un artiste de sa maison de disques, la chanteuse “change de gérance”.

Coeur de Pirate claque la porte. La chanteuse québécoise a annoncé jeudi dernier sur Instagram qu’elle quitte Dare To Care Records et sa filiale Grosse Boîte, la maison de disque qui l’a repérée quand elle avait 18 ans. Cette décision fait suite à des accusations de violences sexuelles à l’encontre d’un autre chanteur de la même écurie, Bernard Adamus, et des déclarations du directeur de la maison de disque, Éli Bissonnette, qui reconnaît avoir fermé les yeux.

“J’ai été cueillie un peu par hasard par quelqu’un qui a cru en moi (Éli Bissonnette, ndlr), et en qui j’ai donné toute ma confiance”, a-t-elle écrit. “On a fait des grandes choses ensemble. Je suis directement liée à son succès et au succès de sa boîte, j’ai financé pas mal de projets au final, grâce à mon travail (…) Mais mon travail, mes efforts, ma réussite ne devraient pas servir à nourrir le mal, les secrets, les abus de pouvoir, les artistes qui n’ont franchement pas d’affaire là.”

“J’ai longtemps voulu croire en la personne qui a cru en moi, et je me sens coupable de l’avoir fait”, poursuit-elle. “En tant que personne qui a vécu des agressions sexuelles à plusieurs reprises dans ma vie, je (ne) peux pas rester là à rien faire, à soutenir un système ancré dans le patriarcat toxique. Je suis exténuée.” Elle conclut en saluant les “incroyables employés” qui ont travaillé pour elle, et en adressant son soutien aux victimes. En légende de ce message, elle annonce qu’elle change de direction.

Accusation et répercussions

Tout a commencé mercredi dernier, lorsque Bernard Adamus, star de la chanson au Québec, a fait l’objet d’une accusation anonyme sur le compte Instagram Victims. Voices. Montréal. On y trouve une publication où une personne raconte avoir entendu le chanteur reconnaître avoir offert du cannabis à une jeune fille de 17 ans et l’avoir invitée chez lui, tout en assurant qu’il ignorait son âge.

Dès jeudi, Dare To Care Records a réagi en annonçant la fin de sa collaboration avec le chanteur: “Aux victimes qui ont parlé: nous vous écoutons, nous vous entendons et nous donnons de la valeur à vos témoignages”, ont-il écrit sur Facebook. “Les valeurs de Dare To Care prônent un environnement sécuritaire et exempt de toute forme de violence ou d’abus. Dare To Care a mis fin à sa relation d’affaires avec Bernard Adamus suite aux dénonciations dont il a fait l’objet. Nous nous engageons à être plus vigilants et proactifs pour nous assurer que tous les gens avec qui nous travaillons respectent ces mêmes valeurs.”

Mea culpa du chanteur

Le même jour, Bernard Adamus a publié un long message d’excuses sur son compte Instagram. “J’ai souvent débordé, trop, et trop souvent”, a-t-il notamment reconnu. “Je vous présente mes très sincères excuses pour toutes les sortes d’agissements que j’ai pu commettre. Mes excuses ne changeront rien aux faits, et d’être ici à vous l’écrire, me fait voir que je dois travailler encore plus fort sur mes torts, mes habitudes de vie et mes comportements envers les femmes.”

Il évoque ses problèmes d’alcool, son “principal démon”, reconnaît qu’il lui est arrivé de perdre “le contrôle”, et assure qu’il fait des efforts: “Je consulte, je ne bois pas du tout”. Il clonclut: “À toutes les femmes que j’ai pu offenser, je m’excuse profondément.”

D’après Le Devoir, Éli Bissonnette, à la tête de Dare To Care/Grosse Boîte, a reconnu avoir fermé les yeux sur ces agissements présumés. Dans une publication Facebook (supprimée depuis, comme le précise La Presse), il a présenté ses excuses et annoncé son retrait de ses fonctions, tout en démentant une rumeur selon laquelle il aurait acheté le silence d’une victime:

“Est-ce que j’étais au courant des rumeurs le concernant? Oui. Est-ce que j’ai déjà essayé de creuser pour comprendre à quoi on faisait face? Oui, mais pas assez. Est-ce que je savais tout? Non. Est-ce que j’ai déjà essayé de faire taire qui que ce soit? Non. Est-ce que j’ai déjà versé une somme d’argent pour faire taire quelqu’un? Jamais de la vie; je n’aurais pas pu me regarder dans le miroir. Est-ce que j’ai pris la décision de continuer à travailler avec Bernard Adamus? Oui. Est-ce que c’était une erreur? Oui. Je la dénonce et l’assume.” Il reconnaît également s’être lui-même rendu responsable d’agissements, remarques, relations (qui) n’étaient pas forcément d’égal à égal.”

Les employés de Dare To Care ont eux aussi publié un message sur Facebook pour se désolidariser de Bernard Adamus et Éli Bissonnette:

“Nous sommes 25 humains bouleversés, qui en ce moment ressentent la honte, la culpabilité, la colère, la tristesse et plein d’autres émotions que nous n’arrivons pas à nommer (…) Nous nous dissocions à partir de maintenant d’Éli Bissonnette. Concrètement, il n’est déjà plus présent au sein du comité de direction et ne prend plus part à aucune réunion, décision ou discussion avec les membres de notre équipe.”

Les Soeurs Boulay, duo de chanteuses canadiennes, ont elles aussi annoncé qu’elle quittaient la maison Dare To Care Records: “Sachez qu’on ne savait pas tout et qu’on est de tout cœur avec les victimes”, écrivent-elles sur Instagram.





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