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“C’est très inspirant, une pandémie qui touche 7 milliards d’individus”


Le dessinateur belge sort ce mercredi 14 octobre un album surprise du Chat, réalisé pendant le confinement. Un cadeau pour ses fans, alors que son exposition monumentale aux Champs Elysées est reportée à 2021.

Depuis 34 ans, chaque automne a été marqué par la sortie d’un nouvel album du Chat. Malgré la pandémie, Philippe Geluck n’aurait pour rien au monde rompu avec cette tradition, surtout après le report de l’exposition monumentale du Chat prévue sur les Champs Elysées. Le dessinateur belge a donc sorti de sa plume un album surprise, Le Chat parmi nous (“par minou”), conçu comme un cadeau à ses fans. Disponible en librairie depuis ce mercredi 14 octobre, ce nouveau tome des pensées du Chat évoque peu le confinement. Un choix que Philippe Geluck explique dans cette interview à BFMTV.

Ce nouvel album du Chat est-il né en réaction à la pandémie et de l’impossibilité d’offrir à vos lecteurs l’exposition?

Absolument. Il y a un très beau catalogue, qui est prêt, qui est imprimé, mais que nous avons dû confiner pour l’instant. Ça n’aurait eu aucun sens de le sortir maintenant. Je me suis dit que les lecteurs allaient être désemparés. N’ajoutons pas du drame au drame. Apportons un peu de réconfort en cette fin d’année. Vous imaginez une fin d’année – la première depuis 1986 – sans un de mes livres? C’est un drame! (rires). Je me suis véritablement concentré pour faire cet album pendant le confinement. Ça tombait très bien. J’avais beaucoup de temps libre. C’est peut-être pour ça qu’il est aussi dense. C’est comme cet enfant qui arrive dans un famille nombreuse… c’est lui qu’on va aimer le plus.

Couverture du nouvel album du Chat, "Le Chat parmi nous"
Couverture du nouvel album du Chat, “Le Chat parmi nous” © Casterman 2020

C’est votre album préféré?

Je l’ai relu l’autre jour et je me suis dit tout de même… (rires). Non, non… J’aime tous mes enfants de la même manière, mais celui-là je le trouve vraiment bien!

L’album a été intégralement fait entre mars et juillet?

Je n’ai pas tout dessiné entre mars et juillet, mais il y a beaucoup de dessins jamais vus, jamais publiés avant. C’est un peu ma recette: je mélange des dessins très récents inédits et puis quelques dessins parus dans la presse au fil des années. Certains méritaient d’être là pour la postérité.

L’album parle finalement peu du confinement…

Il y a deux gags sur le coronavirus, à la page 3 et à la page 48. Un gag avec Zorro et un autre avec Michou. J’ai toujours voulu rencontrer Zorro et finalement je rends hommage à Michou. C’est le drame de ma vie.

Vous connaissiez Michou?

Je l’ai rencontré une fois. On a fait une émission chez Drucker un dimanche. C’est un grand souvenir. C’est ça qui est fabuleux avec Drucker: c’est le grand écart permanent.

Pourquoi parlez-vous si peu du confinement dans l’album?

Je me suis dit que la rentrée littéraire et la sortie du confinement allaient voir une avalanche de livres de témoignages, de semi-fictions faits par des gens qui racontent leur confinement. Cette expérience étant absolument inédite, c’était certain qu’ils allaient tous foncer tête baissée dans ce piège-là. Je pense que les gens vont commencer à avoir envie de penser à autre chose avec le temps qui passe.

Un extrait de l'album de Geluck "Le Chat parmi nous"
Un extrait de l’album de Geluck “Le Chat parmi nous” © Casterman 2020

Vous avez aussi déclaré que cette période n’était pas le moment de faire du trash et qu’il fallait faire sourire. Beaucoup de gags de cet album portent justement sur l’acte de sourire.

C’est inconscient! Pendant le confinement, je me suis empêché de faire des gags un peu faciles sur les vieux qui meurent, sur la souffrance. C’est très inspirant, une pandémie qui touche 7 milliards d’individus. C’est un scénario qu’on n’aurait pas imaginé à Hollywood. J’aurais pu, avec le mauvais esprit qui me caractérise parfois, me repaître de ce sujet et produire des gags plus trashs, qui auraient été drôles, mais je me disais que ça n’aurait pas été très élégant. Trop de personnes étaient dans la souffrance. Ce n’était pas la peine d’ajouter de l’angoisse à l’angoisse. Même si je crois très fort au pouvoir cathartique de l’humour.

Cet album est-il carthatique?

Ce n’est pas à moi d’en juger, mais il m’a fait du bien. J’étais heureux de le faire. J’ai vraiment eu le temps. Je l’ai repris, remodelé, affiné, précisé, amélioré. S’il fait rire les lecteurs, c’est magnifique. Quand Le Chat dit que l’euthanasie, c’est un peu l’avortement de l’autre bout de la vie, on n’est pas non plus dans de l’humour gentillet. Il y a tout de même des choses mordantes. Il y a de la burqa, avec légèreté, comme toujours.

D’où vient votre obsession pour la burqa?

Ça remonte à très loin, au moment des talibans en Afghanistan. On a commencé à les voir et à en parler. Je suis révolté de cette façon de procéder, de couvrir des femmes parce qu’elles sont des femmes. C’est tellement contre mon idée de la liberté humaine. C’est un avilissement, une marque de mépris. Je ne parle évidemment pas du voile – c’est complètement autre chose. Tout ce qu’elle symbolise est insupportable et en même temps graphiquement c’est hyper fort et j’ai réussi depuis plus de quinze ans à trouver des variations sur le thème de la burqa. La récompense ultime m’est venue de journalistes français qui avaient fait un reportage en Afghanistan et avaient montré mes dessins à des femmes portant la burqa. Ça les avait fait marrer. Elles leur avaient dit, “au moins, lui, c’est quelqu’un qui nous défend”. Elles avaient vu le côté vertueux du dessin humoristique qui dénonce une injustice.

Il y a un autre gag récurrent dans votre œuvre: le verre à moitié vide ou à moitié plein. Pourquoi êtes-vous fasciné par cette expression?

C’est un thème sur lequel je continue à trouver des nouvelles idées. Notamment avec le très grand verre à moitié vide et le petit verre à moitié plein [dans le nouvel album]. Je revois ce gag et je ris! Je suis trop bon public avec moi-même! C’est peut-être un danger. Il va peut-être falloir que je sois prudent. Si ça continue comme ça on va se voir dans quatre ans et je vais m‘écrouler en larmes de rire en voyant mes pages. Il y en a qui sont vraiment bien quand même…

Un extrait du nouvel album de Geluck "Le Chat parmi nous"
Un extrait du nouvel album de Geluck “Le Chat parmi nous” © Casterman 2020

Qui répondrait aux questions que vous vous posez si vous n’étiez pas là?

Si je n’étais pas là? Ce sont des questions qui resteraient sans réponse pour les siècles des siècles. Et c’est ça qui fait peur. Et on se dit “heureusement qu’on a croisé son chemin” (rires). Non seulement on n’aurait pas la réponse, et on ne saurait pas que la question pourrait être proposée. C’est une double absence. Et ça fait peur.

Vous faites dire au Chat: “Si on aime si peu dessiner on change de métier.” C’est une réponse à ceux qui vous accusent de dessiner de manière simpliste?

Vous pensez qu’il y a des gens qui disent des saloperies pareilles? Je ne peux pas le croire. C’est une double page où il y a des types dans des bagnoles, deux évêques et une gravure! Qu’ils aillent… C’est de l’humour autodérisionnel. Je sais que je ne suis pas aussi bon dessinateur que Tardi, Bilal ou Boucq, qui sont des virtuoses. [Mais] je trouve que ce n’est pas mal quand même. J’arrive à colorier sans dépasser. On est comme des perchistes. On franchit là où on a mis la barre.

Votre dessin a progressé depuis vos débuts. Il était au début tremblant et fin et maintenant il est beaucoup plus assuré et épais.

J’ai pu m’améliorer avec le temps. Le trait était un peu tremblant, parce qu’on était beaucoup plus jeune et je ne pouvais pas toujours payer la note de chauffage. Il faisait un peu plus froid dans mon atelier et je tremblais un peu. Non! Ce qui est drôle, c’est que le trait était volontairement tremblant. Je voulais lui donner un genre. Tout ce que je dessinais avant Le Chat était beaucoup plus assuré. J’ai voulu faire un truc un peu bizarre.

Affiche de l'exposition du Chat de Geluck au musée Soulages
Affiche de l’exposition du Chat de Geluck au musée Soulages © Musée Soulages

Quelle est la suite? Quid des statues?

Les statues sont immobiles. Certaines sont encore dans le jardin du fondeur, d’autres dans un hangar. Elles attendent enfin de pouvoir démarrer cette tournée en avril 2021. En attendant, j’ai trois toiles accrochées dans une exposition sur Picasso et la BD à Paris. Je prépare une exposition qui sera présentée le 24 octobre au musée Soulages de Rodez. Je vais y exposer une trentaine de travaux (dessins, toiles, objets) qui sont des hommages affectueux et insolents à l’univers du maître de l’outre-noir. Il y aura des expositions dans des galeries en Belgique, et il est question d’une grande exposition à Milan dans un lieu culturel, La Fabbrica del Vapore, mais on dépend de la crise sanitaire. Pour l’instant, son maintien est incertain. Cette année aura été très dense, et il n’y a pas de repos en vue!



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