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“c’est très difficile d’être un enfant dans un monde d’adultes”


Le scénariste Antoine Dole, créateur de la série jeunesse Mortelle Adèle, publie une nouvelle aventure de son héroïne, mais aussi un manga, Jizo. Deux récits conçus pour aider les plus jeunes à exorciser leurs peurs.

Depuis dix ans, l’héroïne des cours de récré, c’est elle: Mortelle Adèle. Gamine effrontée imaginée à l’adolescence par Antoine Dole, alias Mr. Tan, elle a rencontré un immense écho auprès des jeunes. La série s’est écoulée à plus de 3,9 millions d’exemplaires – et a dépassé depuis longtemps le cadre des librairies. 

Mortelle Adèle a désormais son propre magazine, des applications et son merchandising (sacs, mug, peluche, jeux de société, etc.) et une chanson d’Aldebert, Poussez-vous les moches. Le facétieux personnage revient ces jours-ci avec une nouvelle aventure, La Galaxie des Bizarres (Bayard), qui mêle humour et fantastique pour mieux parler des angoisses qui habitent au quotidien les enfants.

Les peurs enfantines sont également le sujet de Jizo (Glénat), manga écrit par Mr. Tan et dessinée par l’illustratrice japonaise Mato. Le scénariste y aborde la question du deuil à travers Aki, un jeune garçon introverti qui n’arrive pas à retrouver son chemin pour rentrer chez lui. Sur sa route, il croise Jizo, un étrange garçon sorti de nulle part qui va l’entraîner dans une aventure située aux frontières du fantastique, dans la lignée du Voyage de Chihiro.

Comme Mortelle Adèle, Jizo vise à aider les jeunes à exorciser leurs peurs et à trouver leur place dans un monde hostile. Un aspect essentiel de son œuvre qu’il a accepté de décrypter pour BFMTV.

Couvertures des deux nouveaux livres de Mr. Tan, "Mortelle Adèle" et Jizo"
Couvertures des deux nouveaux livres de Mr. Tan, “Mortelle Adèle” et Jizo” © Bayar – 2020 Mato, Mr Tan – Editions Glénat

Faites-vous des BD pour apprendre aux enfants à trouver leur place dans ce monde souvent si rude pour eux?

Les livres sont là pour ouvrir des possibles, et nous montrer la complexité de ce qu’on est, des émotions qui nous constituent. A travers les livres que j’écris, j’espère pouvoir montrer aux lecteurs qu’il faut célébrer tout ce qui les habite, et ne pas se conformer à ce que les autres attendent de nous. Leur montrer qu’il y a mille façons de se construire et d’inventer sa place dans ce monde. Ce qu’il y a de formidable avec les livres, c’est qu’ils ne vous disent pas qui vous devez être, mais ce que vous avez l’opportunité de devenir avec les ressources qui sont déjà en vous: ils éclairent les outils qui sont déjà en vous.

Vous avez imaginé Mortelle Adèle à l’âge de 14 ans à l’école alors que vous étiez victime de violences scolaires. Peut-on dire que Mortelle Adèle vous a sauvé la vie?

A travers Mortelle Adèle, j’ai appris l’importance de cultiver ce qui nous rend singulier. Ce qui nous rend différent des autres est ce qui nous permet d’accomplir des choses différentes, et donc de faire grandir le monde avec nous. Elle m’a montré la nécessité d’être fier de qui je suis, et de ne pas chercher l’approbation des autres pour me définir. Dans la majorité des cas, ce qui est destructeur dans le harcèlement scolaire, c’est sa capacité à mettre en doute notre identité: on se dit que quoi qu’on fasse, rien ne fonctionne aux yeux des autres. Il faut apprendre aux enfants à s’affranchir de cela, et à croire suffisamment en eux pour être capable de briller au milieu de l’obscurité que le harcèlement génère.

Comment est née La Galaxie des Bizarres?

La galaxie des bizarres est une grande métaphore de la cour de récréation, qui représente, pour un enfant, une grande partie de son univers. Les groupes d’amis sont des planètes, avec leurs coutumes, leur mode de vie, et les distances entre chacun peuvent parfois sembler infranchissables. Et puis il y a cette question de la menace, qui s’incarne dans le tome sous la forme de Jade, l’impératrice rose bonbon qui veut imposer un monde plein de paillettes à tous les enfants de cette galaxie. Adèle se dresse contre elle, et comprend qu’elle doit fédérer toutes les planètes autour d’elle si elle veut pouvoir l’affronter. C’est une façon de dire aux enfants qu’il leur appartient de choisir comment ils veulent vivre, et qu’ensemble, en conjuguant leurs différences, leurs bizarreries, ils ont la capacité de créer un monde où chacun d’entre eux pourra vivre en étant libre d’être ce qu’il a envie d’être, sans avoir peur du jugement d’une personne.

La désobéissance est au centre de Mortelle Adèle. Pourquoi désobéir est une bonne chose?

Les grands changements de notre société sont nés d’actes de désobéissance, de personnes qui, un jour, à un moment, ont dit non, ont refusé, ont désobéi. Je suis convaincu que la désobéissance est un outil qui, quand on sait le manier avec intelligence et au service d’une vision, peut contribuer à bousculer des trajectoires dans le bon sens. Je rencontre souvent des parents qui rigolent en disant qu’il n’y a rien de plus facile pour un enfant que de désobéir, mais je pense au contraire que c’est très difficile d’être un enfant dans un monde d’adultes, fait de règles, de chemins tracés et qu’il faut du courage pour savoir poser ses limites et redéfinir le monde dans lequel on souhaite grandir. 

Comment analysez-vous le succès de Mortelle Adèle?

Adèle est rentrée dans le cœur de millions d’enfants, à un endroit de leur enfance. C’est un cadeau immense que de pouvoir se conjuguer à un moment si intime de l’existence d’un individu, cet âge d’effervescence où naissent nos rêves, nos émotions. Quand vous grandissez, vous avez beau devenir adulte, c’est toujours l’enfant en vous qui s’exprimera à travers vos colères, vos manques, vos joies, c’est de cet enfant intérieur que l’on doit prendre soin toute notre vie pour être heureux et épanoui. Il y a des héros qui s’installent à ce moment de nous. Comment? Pourquoi? Je n’ai pas les réponses, c’est une magie qui nous dépasse. C’est ce qui est beau dans un succès, ce moment où on ne cherche plus à l’expliquer mais où l’on voit qu’il dit quelque chose de son époque, de la génération qu’il touche, de l’air du temps. Peut-être que la jeunesse de notre société a besoin de réinventer quelque chose du monde que nous leur construisons, et qu’Adèle leur dit que c’est possible d’être autre chose, qu’il y a des alternatives à ce qu’on attend d’eux.

Couverture de "Jizo", le nouveau manga de Mr Tan, le créateur de "Mortelle Adèle"
Couverture de “Jizo”, le nouveau manga de Mr Tan, le créateur de “Mortelle Adèle” © 2020 Mato, Mr Tan – Editions Glénat

Buffy contre les vampires est votre œuvre fétiche. Dans quelle mesure cette série vous a influencé pour Mortelle Adèle mais aussi pour Jizo ?

Buffy contre les vampires est une série très moderne, et qui, par le biais du fantastique, aborde les transformations et les métamorphoses de l’adolescence et du passage vers l’âge adulte. Tout dans l’univers de Buffy incarne nos peurs et notre impuissance face à une vie qui se déploie et dans laquelle il faut constamment trouver de nouveaux repères. Cette nécessité d’être en mouvement pour trouver son propre chemin et par extension sa place dans le monde qui nous entoure est un fil conducteur à tous mes livres.

Jizo parle de deuil, mais reste une histoire lumineuse. Comment avez-vous trouvé le bon équilibre?

En gardant espoir. Tout du long de l’écriture de cette histoire, j’ai gardé espoir. Accompagner un personnage, c’est lui tenir la main. Je me suis attaché à Aki, parce qu’il dit quelque chose de notre enfance à tous, de ce moment tant redouté où il faut dire au revoir, à notre enfance, à ce qu’on a été, à ce qu’on aurait aimé, à ceux qui disparaissent. Et jusqu’au bout j’ai voulu l’emmener à un endroit de sa trajectoire où il serait en paix avec ça. C’est comme ça que l’on passe au travers de la vie et de tout ce qu’elle a de difficile: en gardant l’espoir qu’il existe, quelque part, quelque chose de plus grand que nos douleurs.

Un planche de "Jizo", le nouveau livre de Mr. Tan, le créateur de "Mortelle Adèle"
Un planche de “Jizo”, le nouveau livre de Mr. Tan, le créateur de “Mortelle Adèle” © 2020 Mato, Mr Tan / Editions Glénat

Vouliez-vous parler des peurs enfantines avec Jizo?

Les peurs enfantines sont-elles vraiment différentes des peurs des adultes? Nous sommes tous peuplés d’un imaginaire fait de monstres, de sorcières effrayantes, de démons divers… Ils changent simplement de noms et de formes. Ce qui ne change pas, depuis l’enfance, c’est ce que les contes et les livres nous racontent: ils sont là pour nous dire que l’on peut tuer les dragons, les monstres, les créatures qui nous effraient, ils nous aident à trouver en nous les ressources nécessaires, le courage, l’amour, la force pour affronter la vie et ce qu’elle a d’implacable et de dur. Alors je crois que, dans le fond, c’est que j’ai souhaité faire avec Jizo: écrire un récit sur la façon d’affronter nos douleurs et de nous libérer d’elles pour aller de l’avant. Ecrire une histoire qui nous apprendrait à allumer des étoiles dans le ciel le plus noir, pour toujours parvenir à trouver un chemin.

Pourquoi ces histoires d’enfants introvertis découvrant des mondes parallèles et fantastiques (Little Nemo, L’Histoire sans fin, Le Voyage de Chihiro, etc.) plaisent-ils autant aux enfants?

J’imagine qu’elles rendent ce monde acceptable. Les enfants ont à grandir dans un monde violent, incertain, effrayant par bien des aspects. Le fantastique est un moyen d’aborder nos peurs, [et] l’imaginaire une occasion de s’y confronter par l’absurde, par l’extrême, par le démesuré. Si je reprends l’exemple de la série Buffy: Son petit-ami veut la dévorer et elle doit sauver le monde d’une apocalypse démoniaque au moins une fois par semaine, qu’est-ce qui est grave après ça? On se dit que si elle y arrive, alors on peut être capable de gérer un chagrin d’amour, de s’engueuler avec sa famille: sur l’échelle de Buffy, on est loin de la fin du monde. Je pense que ces œuvres nous rassurent, parce qu’elles nous montrent que l’on est capable de tout affronter quand on sait ce que l’on doit combattre.

Un planche de "Jizo", le nouveau livre de Mr. Tan, le créateur de "Mortelle Adèle"
Un planche de “Jizo”, le nouveau livre de Mr. Tan, le créateur de “Mortelle Adèle” © 2020 Mato, Mr Tan / Editions Glénat

Quels sont vos projets?

Le dessin-animé Mortelle Adèle rentre en production dans les prochains mois, et nous travaillons également sur un projet musical avec le chanteur Aldebert et la comédienne Dorothée Pousséo. C’est intéressant de voir comment Mortelle Adèle se déploie différemment d’un univers à l’autre, et le champ d’exploration que nous offre chaque support pour étoffer son message, sa personnalité, sa philosophie. C’est une récréation qui ne s’arrête jamais, on s’amuse vraiment beaucoup à la faire vivre! Chez Glénat Manga, je travaille sur une nouvelle collaboration avec Mato, parce qu’après Jizo nous avions tous les deux envie de continuer notre exploration sensible du folklore japonais. La forêt d’Aokigahara au Japon est un lieu de mystères, auquel nous voulons donner un sens. Mais pour en savoir plus, il faudra attendre 2021!

Mortelle Adèle et la galaxie des Bizarres, Mr Tan (scénario) et Diane Le Feyer (dessin), Globulle (Bayard Éditions), 112 pages, 13,90 euros (également disponible en coffret, édité en tirage limité, 24,90 euros).

Jizo, Mr Tan (scénario) et Mato (dessin), Glénat, 240 pages, 10,75 euros.



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